17 septembre 2009
Regard (N°6 : les chibottes de Vals)
La valse des chibottes
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Elles se cachent le long du Dolaizon, entre Vals-près-le-Puy et Saint Christophe, et se concentrent sur la rive gauche du vallon, au pied de la falaise basaltique du Crousas (photo ci-contre). Ces drôles de huttes en pierres sèches dressent leur tête chauve au milieu de la
végétation et on se demande bien qui les a construites et qui pourrait en sortir : quelque braillard Ligure sorti tout droit de la préhistoire, un berger valladier du Moyen-Âge venu surveiller ses moutons ou un ponot du XVIIè émergeant d’une nuit passée à la dure au milieu de ses vignes ? Est-ce la vision de ces constructions purement en pierre qui appelle dans notre inconscient le souvenir lointain dunéolithique, l’âge de « la pierre nouvelle », rendant du coup beaucoup moins intéressantes des origines plus récentes ? Le mystère, en tout cas, a plané un temps, notamment grâce à – ou à cause de – notre célèbre historien local, Albert Boudon-Lashermes (1882 – 1967), à qui on ne saurait certes pas reprocher son excès d’enthousiasme vellave, mais qui a quand même orchestré la valse historique de ce qu’il a appelé les « chibottes »…
Cabanes Ligures ? Rien n’est moins sûr !
Autrefois appelée tsabana, ou tsabone, pour cabane, l’objet de notre mystère devient chibotte au début du XXè siècle, sous l’impulsion de Boudon-Lashermes qui s’inspire du terme médiéval chabotte. Les chabottes étaient au Moyen-Âge de simples masures très rudimentaires, mais, problème, pas forcément construites comme les chibottes actuelles. Qu’importe, notre historien chausse ses bottes de sept lieues et voilà nos tsabanas chabottées en …chibottes ! Ensuite, emporté par l’élan de l’époque et par sa passion pour le Velay, il attribue leur construction aux Ligures, peuple qui vivait en Gaule et en Europe depuis la préhistoire, avant les Celtes et les Gaulois. Las, si les Ligures ont laissé leur nom à la Loire (liger), ce qui fait de nous des altiligériens, tout semble prouver que les chibottes sont beaucoup plus récentes. Mais ne boudons pas Lashermes pour autant : de nombreux savants avaient eux aussi, dans d’autres régions et à propos de constructions similaires, franchi cet improbable pas dans le temps.
Des cabanes de vignerons
Jusqu’au XIXè siècle, les alentours du Puy et, en particulier, le vallon de Vals, étaient couverts de vignobles. De nombreux ponots avaient alors besoin d’un habitat simple et économique sur place, au milieu de leurs vignes (ci-contre, la grande chibotte des Vignerons de Vals). Ils s’y rendaient le week-end et y dormaient parfois, en été. Les chibottes de Vals sont connues car elles offrent une grande concentration sur un petit territoire. C’est d’ailleurs parce qu’elles semblent toutes avoir été construites au même moment et de la même façon que l’hypothèse d’une origine lointaine est douteuse : si leur construction s’était étalée sur plusieurs siècles, on pourrait en effet « tracer » différentes époques à travers leur diversité, on verrait des « anciennes » et des « récentes », or elles sont toutes issues d’un même mouvement de construction que l’on situe entre les XVIIè et XIXè siècles. On pense en fait qu’elles ont été à la mode un temps, puis abandonnées ou transformées, notamment en « maisons de vignes » qui en ont parfois gardé la base. Il reste malgré tout trente-deux chibottes à Vals.
Une construction économique, solide et originale
Vu leur fonction « secondaire », les chibottes ont été construites à l’économie avec les pierres volcaniques sorties du sol lors du dérochement des champs de vignes. La technique reste néanmoins très étonnante : la voûte, dite en encorbellement, ne nécessite pas de cintre à la construction. Il n’y a pas de clé de voûte qui ferait tout effondrer si on l’enlevait. Les pierres, plates, sont empilées les unes sur les autres,
inclinées vers l’extérieur pour l’écoulement de l’eau. Celles du dessus recouvrent aux deux tiers celles du dessous et dépassent en surplomb dans le vide central. Au fur et à mesure que l’on monte ainsi, le vide central se referme et diminue jusqu’au sommet, la pression des pierres du dessus « autoclavant » celles du dessous. Il suffit alors de boucher le trou qui reste en haut avec une grande lauze plate. L’autre originalité de la construction
réside dans la technique de la « double peau » : autour du parement intérieur, on construisait le parement extérieur, en pierres quelconques, avec d’énormes blocs à la base. Le tout-venant remplissait l’espace entre les deux parements. L’eau, guidée vers l’extérieur par l’inclinaison des pierres du parement intérieur, s’écoulait alors entre les deux parements et disparaissait dans le sol. Quant aux encadrements des entrées, ils étaient taillées dans des blocs basaltiques.
Un patrimoine unique
Les chibottes n’existent qu’à Vals et Michelle Condemine, responsable du Centre culturel de Vals et maire adjointe à la culture et à la communication, en a bien conscience : il faut absolument valoriser ce patrimoine ! Le problème est que sur les trente-deux chibottes encore debout, la commune n’en possède que six (ci-contre, une magnifique chibotte privée). Le projet public du « Parcours des chibottes » a bien été
ressorti des cartons mais, comme le dit Michelle, « on ne peut pas envoyer les gens visiter des chibottes privées ! Pour l’instant, on restaure celles qui appartiennent à la commune. »
Les jeunes du Centre de Formation aux Techniques du Bâtiment de Bains (le CFTB) en ont restauré deux et ils ont bien travaillé (voir ci-contre). « Ils ont aussi construit la magnifique chibotte qui est devant le Centre culturel », rappelle Michelle, qui reste optimiste : « Les deux versants du Dolaizon sont désormais déclarés Zone d’Aménagement Différé, une zone non constructible avec droit de préemption de la Mairie sur toute vente de terrain comportant des chibottes. Le projet du parcours est lourd et on n’y arrivera pas seuls, mais on y arrivera ! » On pourra alors dénicher plus facilement les petits bijoux d’architecture et d’histoire locale que sont ces étonnantes chibottes.
Hubert Brunel








































8 Commentaire(s)
Bonjour,
quel bel article ! J’ai appris plein de choses, moi qui croyait connaître ces tsabana ! Les photos sont superbes aussi ! Bravo tonton !
17 septembre 2009
Merci pour ce superbe reportage, illustré de très belles photos sur les Chibottes de VALS PRES LE PUY. J’attends avec impatience de voir le nouveau numéro de STRADA.
18 septembre 2009
toujours de trés belles photos…Tu devrais en proposer pour la 1ere page des prochains strada.
18 septembre 2009
Je suis très engagé personnellement dans ce projet au coté de Michèle et de la municipalité de Vals. D’ores et déja des réunions avec la DIREN et le Conseil Général ont déja eu lieu, et d’autres sont à venir très prochainement afin de déterminer les tâches de chacun. Je suis très optimiste quant à la réalisation de ce beau projet.
Marc BOLEA
Conseiller Général LE PUY_SUD-OUEST
21 septembre 2009
Bonjour et merci pour le magazine STRADA la vie d’ici que je lis avec grand plaisir et qui me permet de rester en contact avec notre merveilleuse région…
Honnetement, nul besoin de parcourir le monde en ces temps de crise et prise de conscience écologique.
» Le bonheur est dans le Pré vert.. »
Luc BELLON VALS PRES LE PUY.
24 septembre 2009
Quel plaisir de retrouver mon enfance,quand avec tante Claude, et mon amie Nicole nous marchions sous une chaleur torride pour découvrir au bout du monde ( nous avions 12 ans !!! en 1953 c’était encore la campagne, il y avait peu de maisons ) un refuge de fraicheur et de paysage insolite. Et nous imaginions les « Gaulois » ou les Gauloises faire la cuisine et vivre au milieu des bêtes féroces… Et l’on se faisait peur, juste ce qu’i fallait pour s’amuser. Ton écriture et ton humour m’ont replongée dans mon enfance merveilleuse et mystérieuse. Merci pour ce moment que tu m’as offert. Tante Brigitte
25 septembre 2009
photos magnifiques (qui auraient largement leur place sur le site internet de l’office du tourisme) images d’un autre temps où il faisait bon vivre dans cette vallée du Dolaizon, preuve vivante d’un passé, où l’homme était trés proche de la nature avec en prime une construction 100% écologique, continuez vos actions » il fait bon vivre en hte-loire », longue vie à Strada
13 octobre 2009
Bonjour. Je voulais vous féliciter pour le reportage sur cette petite cabane. Ca fait deux ans que nous vivons à vals ma femme et moi et nous avions craquer sur ces jolis tas de pierres.
19 octobre 2009
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