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En Centrafrique, c’est le chaos total, un état inexistant, des affrontements inhumains entre communautés, des pillages, des assassinats, des tortures, des traitements cruels, inhumains et dégradants.

Le drame centrafricain nait le 24 mars 2013 à 5 h du matin. Une coalition rebelle à majorité musulmane – la « SELEKA » – prend le pouvoir dans un pays chrétien à 85%. L’ancien président François Bozizé s’enfuit et le chef rebelle Michel Djotodia s’autoproclame Président de la République. Le 5 décembre 2013, une milice qualifiée improprement de « chrétienne » fait son entrée dans cette crise : il s’agit des « Anti-Balaka » , s’opposant aux exactions contre la communauté chrétienne. Si bien que la crise, qui était au début militaro-politique, est devenue une crise interconfessionnelle.

Arnaud Yaliki, étudiant en Droits de l’Homme à l’Université Catholique de Lyon où il prépare un doctorat, engagé dans la domaine des droits de l’homme, témoigne de la souffrance de ses concitoyens. Il était présent au Foyer Rural d’Yssingeaux le 27 juin pour  une conférence sur la République Centrafricaine, les partis en présence, leur véritable identité et les solutions possibles. En voici un résumé. 

DU JAMAIS VU EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

La question fondamentale à laquelle nous avons essayé d’apporter une réponse est celle de savoir  en quoi cette crise s’est démarquée des précédentes ? Autrement dit, cette expression DU JAMAIS VU est elle justifiée puisque depuis son accession à l’indépendance en 1960, la Centrafrique a connu beaucoup de crises militaro-politiques (plus de 5 coups d’Etat !). 

Nous sommes en mars 2013. Une coalition constituée de cinq groupes rebelles dénommée SELEKA, alliance en Sango, renverse le Président François Bozize, et le chef rebelle Michel Djotodia s’autoproclame Président de la République. Les principaux acteurs de cette prise illégale de pouvoir se sont appuyés sur le sentiment de libération des Centrafricains de l’oppression de l’ancien régime, la volonté de promouvoir la justice mais surtout la réparation des dommages subis par les régions septentrionales dont sont issus les rebelles. Très vite, les actes qui ont suivi la prise de leur pouvoir démontreront qu’il existe un autre but que celui affiché officiellement. 

Ce qui s’est passé en RCA, c’est du jamais vu sur tous les plans : militaire, économique, social, religieux, administratif, sécuritaire.

Du jamais vu sur le plan militaire et sécuritaire. La RCA n’a jamais connu une telle crise où beaucoup d’étrangers mercenaires engagés dans la rébellion, et ont envahi le pays, pillant toutes les richesses dont dispose la population. Ainsi, ces militaires tchadiens  et soudanais n’ont aucune éthique de combat. Ils ne respectent pas les règles du droit humanitaire applicables dans les conflits armés : ils tuent atrocement, égorgent, violent, volent, exproprient illégalement la population de leur maison. C’est un véritable état de nature comme l’a théorisé Thomas Hobbes où l’homme est loup pour l’homme.

Du jamais vu sur le plan administratif. L’Etat n’existe plus. Tous les services publics les entreprises privées, les écoles, les hôpitaux, les banques, les institutions ont été non seulement pillées, mais aussi littéralement détruits. On se pose la question de savoir : ce qui pousse ces rebelles à effacer la mémoire du pays, à travers la destruction des documents administratifs et les archives brulées ? Ces actes accréditent la thèse selon laquelle, la volonté des rebelles de la séléka est de prendre le pouvoir, d’effacer toute la mémoire du pays, puis de l’islamiser. 

Du jamais vu sur le plan religieux. La RCA n’a jamais connu de tels actes où les rebelles s’acharnent systématiquement contre l’église catholique et les protestants, pillent et profanent, s’approprient les biens, (plus d’une centaine de véhicules ) et parfois tuent les propriétaires. Le cas de l’attaque de l’église de Fatima le 28 mai 2014, faisant des morts dont un prêtre qui cérémoniait est un exemple entre mille. Avec l’entrée des antibakala dans le conflit, des mosquées et des biens musulmans ont aussi été saccagés. 

Nous avons désormais deux protagonistes : les séléka à majorité musulmane, et les antibalaka, qualifiés improprement de milice chrétienne. Finalement, avec la déformation de l’information,l’expression de crise religieuse a remplacé la vraie raison de ce conflit qui est socio-politiques. Et donc, désormais, la crise est exploitée par les politiciens à des fins religieuses, laissant de côté le vrai problème qui est politique. 

Notons que plus de 6000 militaires étrangers ont été envoyés en RCA dont 2000 (Sangaris) qui sont les militaires français, 4000 (MISCA) qui sont les militaires africains  et quelques 800 militaires européens (Eufor). Malgré ces effectifs, la sécurité n’est toujours pas rétablie à Bangui et encore moins dans les autres villes. On se pose la question de savoir, si ces militaires sont dépassés par la gravité de cette crise ou s’il s’agit d’une absence de volonté politique à désarmer les miliciens. Dans cette hypothèse en quoi la crise profite-t-elle aux forces militaires engagées en RCA ? 

La crise est tellement grave qu’il serait judicieux que les autorités centrafricaines, avec l’aide de la communauté internationale, prennent des mesures efficaces en vue de la résoudre. C’est ainsi que, les forces militaires internationales engagées en RCA devraient effectivement désarmer les miliciens pour permettre un retour de la sécurité, condition sine qua none à la réussite des autres initiatives. 

Ensuite, réarmer les FACA (armée régulière) qui a été dissoute dès la rentrée des rebelles, puis organiser des élections libres et transparentes pour un retour à l’ordre constitutionnel. 

Enfin, permettre aux Centrafricains de savoir la vérité sur ce qui s’est passé, la traduction systématique des auteurs devant les juridictions compétentes et leurs condamnations afin de dissuader les personnes qui voudraient commettre encore de tels actes. Et surtout indemniser les victimes. 

Ces trois actions sont indispensables pour aboutir à la réconciliation nationale, qui permettrait aux Centrafricaines et Centrafricains d’oublier ce drame. Puisqu’avant de tourner une page d’un livre, on est censé la lire. 

Arnaud Yaliki   27/06/2014

 

L’association  GAA, GAA  Groupe d’Aide à Arnaud et à la Centrafrique , a été créée pour venir en aide à Arnaud Yaliki, qui, avec comme seule ressource une bourse mensuelle provisoire de la Fondation de France, tient, malgré les difficultés, à réussir ses études afin de rentrer servir son pays. Plus largement, l’association soutient les jeunes universitaires qui constitueront demain l’élite engagée du pays. Contact :  06 84 39 48 64   lfc.seneol@gmail.com