Combat d’arrière garde

 

Il m’a dit : « C’est un combat d’arrière-garde. »

Ca signifiait quelque chose comme ton discours n’est pas d’actualité ; tu t’agites pour rien, il n’y a pas besoin ; les femmes ça fait quelques décennies que leur cause est entendue.

Ha oui ? Faut-il rappeler qu’en entreprise, les femmes sont encore payées en moyenne 27 % de moins que les hommes et 10 % de moins à poste identique ? Que lorsqu’un enfant arrive, le déséquilibre du partage des taches ménagères portées en moyenne à 80 % par les femmes augmente encore ? Qu’elles sont scandaleusement sous-représentées dans les sphères de pouvoir financiers, politiques et économiques ?  et que dire des femmes malmenées, agressées ? Elles seraient une sur dix à avoir subi des violences conjuguales*. Alors ce « combat d’arrière-garde » me donne plutôt envie de monter au créneau, de vous l’écrire en première ligne, et d’ouvrir des brèches dans la pensée dominante par des points de résistance…

Ne vous y trompez pas, dans ce numéro de votre magazine, toujours tourné vers le bien-vivre, pas d’article féministe ni d’action d’éclat. Il sera tout de même question des nuisances des sites industriels d’éoliens… alors qu’il n’est pas écologiquement correct de pointer du doigt une solution dite de développement durable.

 

 

STRADA La vie d’ici, printemps 2012

 

 

 

Vous trouverez aussi un sujet sur le collectif Parce qu’on est là : un groupe assez extraordinaire de femmes courageuses qui s’échappent du cadre de l’hôpital psychiatrique pour faire partager leurs lectures.

Il y a d’autres postures, moins visibles, qui demandent du courage au quotidien. Celle toute bête de se lever le matin, quand on rêve d’une heure de sommeil de plus ; celle de servir avec le sourire le p’tit dej’ aux enfants, alors qu’on aurait parfois l’envie d’oublier qu’on est parent ; celle d’aller donner un coup de main à un ami, quand on aurait justement besoin de se reposer sur quelqu’un ; celle de relever une réflexion discriminante de notre hôte alors que ce serait sûrement plus poli de la boucler.

Bizarrement, ces modestes engagements nous redonnent de la pêche. Comme si, en titillant nos limites, dans l’action ou dans la réflexion, on gagnait en capacité à mener notre vie, à lui trouver un sens.

Alors quoi ? Du courage mes amis ! Investissez votre espace, questionnez vos a-priori, et essaimez vos idées ! C’est la bonne saison pour le faire.

 

Joëlle ANDREYS – printemps 2012

 

* sources des données chiffrées : Observatoire National Des Inégalités, décembre 2011- Institut National d’Etudes Démographiques 2008 – Enquête Nationale sur les Violences Envers les Femmes en France janvier 2001.