On entend dire par les bio sceptiques qu’il faudrait que les cultures bio croissent sous cloche pour être vraiment bio. Or, il ne faut pas confondre la présence de polluants environnementaux et les pesticides de synthèses étendus volontairement sur les cultures. Certes la France est le premier consommateur de pesticides sur les 28 pays européens et l’agriculture totalise à elle seule 90% des utilisations de pesticides mais ces derniers ne se déplacent pas d’un champ à l’autre comme des OGM* pourraient l’être par des agents pollinisateurs. Donc, pas de parano, ce que l’on appelle bio, c’est dire sans ajout de substances chimiques, est vraiment bio. Preuves à l’appui.

La différence entre les produits bio et non bio est bien réelle

Générations Futures** a comparé les teneurs en résidus de pesticides de fruits, légumes et céréales.

D’un côté des aliments non bio achetés  en supermarchés composant les repas types d’une journée d’un enfant d’une dizaine d’années. L’analyse parue en 2010 montrait qu’en 24h, un enfant était susceptible d’être exposé, uniquement par son alimentation, à des dizaines de molécules chimiques soupçonnées d’être cancérigènes ou perturbateurs endocriniens et en particulier à des pesticides avec 36 molécules différentes ingérées en une seule journée.

De l’autre côté, ces mêmes aliments issus de l’agriculture biologique ont été analysés. Résultat : 0 résidu de pesticides dans les fruits et légumes bio.

Franck Bourdelin, responsable qualité chez Celnat, nous a expliqué sa méthode de travail. Un échantillon est prélevé sur chacun des lots des matières premières reçues et transmis pour analyse à un laboratoire accrédité qui va rechercher les résidus de 150 molécules différentes : « En tenant compte de l’incertitude de mesures nous pouvons communiquer sur une teneur en résidus de pesticides organochlorés et organophosphorés inférieures à 0,015 mg/kg pour nos produits Bio. » Peut-on faire mieux ? Aujourd’hui on vise l’encadrement du PBO, une molécule de synthèse présente dans les produits de nettoyage des silos, et censée n’être jamais en contact avec les denrées alimentaires. Là aussi Franck Bourdelin nous fournit des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Tolérance PBO  en Agriculture conventionnelle : 10 mg/kg, Tolérance Celnat en PBO : 0,070 mg/kg.

Mais ce qui est bio n’est pas forcément éthique

On a envie de croire que les producteurs qui choisissent le bio ont forcément de bonnes pratiques. C’est un peu comme s’imaginer qu’une personne qui croit en dieu ne pourrait être partisan de la guerre, ou qu’une société coopérative pratique forcément un management humaniste. Depuis que le bio est devenu un marché international, s’y engagent des entreprises qui produisent à l’étranger du bio labelisé mais qui n’ont aucun scrupule pour exploiter la main d’oeuvre ou épuiser les nappes phréatiques.

Acheter des produits locaux

En général, quand on connait le producteur, on peut l’interroger sur ses pratiques. A défaut de manger une nourriture exempte de pesticides, on sera sûr d’avoir fait fonctionner l’économie locale, on aura privilégié le circuit court, on aura maintenu une activité agricole dans notre paysage, et rappelons que de nombreuses petites exploitations produisent bio mais ne cherchent pas à le faire certifier compte tenu du coût des démarches.

L’idéal serait donc une consommation locale et bio…

* En matière d’OGM aussi, les labels protègent le consommateur avec la fixation de seuil de tolérance. < 0,9 % des produits transformés pour le label AB.
** L’association GF est lanceuse d’alertes sur des sujets de société comme les pesticides dans l’alimentation, les OGM, les gaz de schistes. Elle est à l’origine de diverses publications, recherches et actions juridiques.