C’était une habitude, le petit noir du matin à la terrasse d’un bistrot. La Covid ,qui nous en a privé pendant de longs mois, nous a fait mesurer l’importance de ces lieux. La terrasse d’un bar dans la fraicheur d’une matinée d’été c’est déjà du bonheur ; rajoutez un bon café, le journal, le calme quand le monde du boulot ’s‘agite autour de vous’ avec le bonjour amical du patron… tout est dit.

Le bar offre un documentaire à ciel ouvert sur les gens qui passent et ceux qui comme vous sont assis, un documentaire au ralenti sans sensationnalisme. C’est aussi un lieu de rencontre, de mixité, de brassage social, une occasion de discuter, de connaitre des gens ‘autres’, qui ne font pas partie de notre entourage de travail, de loisir, de culture. Comment parler des bars sans évoquer tous ces personnages, toutes ces rencontres improbables qui font le charme de ces lieux ?

Gégé. Retraité SNCF, le béret noir rivé sur la tête toujours un peu bougon, intarissable, toujours une anecdote, une proposition pour refaire le monde.

Gérard. Le fidèle de 16h, toujours à la même table avec Marie sa compagne. L’oeil vif, plaisantant gentiment avec les uns les autres en buvant sa bière. Une bière, jamais deux.

Jean-Louis. Discret, jovial, toujours la plaisanterie aux lèvres.

Marcel, le même prénom que mon père, qui allait avoir 90 ans et était fier de sa forme.

Et lui, cet inconnu parisien. Présent chaque matin, toujours impeccable. Son chien, un cousin à Milou, compagnon fidèle, assis sur la chaise à côté. Je l’ai toujours vu seul, je l’imagine aisément retraité, séparé ou veuf.

Ce groupe d’anciens qui tous les vendredis, jour de marché, sans s’être donné rendez vous, se retrouvent autour d’un petit blanc, échangent les nouvelles de la semaine, évoquent quelques anecdotes, prennent des nouvelles des uns et des autres.

A cela il faudrait rajouter les patronnes et patrons de bars, une seconde famille pour certains, un peu thérapeutes pour d’autres, ne serait-ce que par l’oreille qu’ils prêtent aux clients.

Rachel Santerne, psychologue, auteure de Une vie de Zinc, le bar ce lien social qui nous unit, raconte : « (…) nous sommes tombées sur un homme qui vivait dans la rue et qui, tous les matins, venait boire un café et lire le journal dans un bistrot du quartier. Il était pour une heure dans sa journée un être humain comme les autres (…) »

Texte et photos Lucien SOYERE  lucien_portrait_strada1-233x350