Micro électricité, rivière
Rivière / Micro-hydroélectricité, renouvelable mais pas durable.
Lanceur d’alerte : micro hydroélectricité, renouvelable mais pas durable! Si l’on part du constat que l’eau est un bien commun, nous sommes responsables de nos actions sur l’eau au regard des générations futures. Il convient de préserver cette ressource qui est vitale pour bon nombre d’espèces sur notre planète. Qu’elles soient animales ou végétales.

La micro hydroélectricité représente les petites productions électriques sur les cours d’eau, 5 kW à 100 kW. Généralement il s’agit de barrages qui créent une hauteur de chute d’eau suffisante pour entraîner une turbine ou bien d’un court-circuit d’une portion de rivière par un canal de dérivation ou une conduite forcée.  Est-ce une énergie renouvelable ? Oui. L’hydroélectricité est une énergie renouvelable, ça, tout le monde le sait. Elle utilise le cycle de l’eau. A ce titre, elle se renouvelle au fil de l’eau. Est-ce une énergie verte ?Non. L’hydroélectricité n’est pas une énergie verte car elle n’est pas durable contrairement à ce qu’on nous martèle. Une énergie durable est une énergie qui « répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs ». C’est là où le bât blesse.

Attention danger

Chez nous, en Haute Loire, les rivières et zones humides de montagne sont encore relativement préservées mais ce sont des milieux fragiles.

Elles jouent un rôle important de château d’eau pour une partie de la France. Elles rendent aussi des services gratuits à notre société : stockage naturel de l’eau en hiver, restitution en été, filtrage des pollutions, nettoyage de l’eau… Lorsqu’une micro centrale est installée sur un petit cours d’eau, elle a des conséquences très importantes sur celui-ci. 

Les milieux naturels des ‘têtes de bassin’ sont des zones vulnérables, à protéger pour maintenir à la fois une quantité et une qualité d’eau, aussi pour les territoires situés en aval. 

Le fait de perturber l’écoulement de l’eau, de modifier son débit, induit des perturbations qui peuvent à terme détruire certaines espèces qui vivent près du cours d’eau. Le réchauffement de l‘eau par le passage dans la turbine et sa retenue peut générer le développement d’algues qui vont étouffer le cours d’eau. Ainsi la quantité de de nourriture pour les poissons, les modifications physico-chimiques de l’eau, la limitation de la continuité écologique peuvent empêcher la reproduction des espèces, et chez nous, il s’agit notamment des truites fario.

Des microcentrales hydroélectriques financées par tous qui rapportent à quelques uns

Il faut savoir que les projets de microcentrales sont avant tout des placements financiers. En France, l’hydroélectricité est un modèle économique sous perfusion, ne reflétant pas la réalité : sans les aides de l’état, sans les subventions, les microcentrales ne seraient pas économiquement viables et ne seraient même pas envisagées ! On est bien loin de l’image d’Epinal de l’hydroélectricité… Les microcentrales au nom de la transition énergétique sont un alibi des porteurs de projets pour placer leur argent avec un retour sur investissement qui se retrouve dans peu d’autres secteurs.

L’énergie la plus verte est celle qu’on ne consomme pas

Les changements climatiques montrent malheureusement les effets de notre production et consommation énergétique. Aujourd’hui produire de l’énergie pour continuer à consommer plus ou autant n’est pas la solution. La solution réside dans l’économie d’énergie. Consommons en éco-responsables !

Le Préfet de Haute Loire a rendu un avis défavorable au projet de micro centrale sur le Pontajou. Il reste trois projets en Haute Loire sur lesquels il doit trancher : l’Auze à Yssingeaux et Saint Jeures, La desge à Chanteuges et la Gazeille au Monastier. 

Bonus : usine hydroélectrique sur l’Auze

Le projet d’usine hydroélectrique sur l’Auze. Lieu : Pont du Fraysse Communes : Yssingeaux et St Jeures 800 000 euros d’investissements

Descriptif du projet  :

Les eaux de l’usine MCHE seront dérivées au moyen d’un seuil de 1,20 mètre de hauteur maximum au-dessus du terrain naturel (pour une hauteur de chute d’eau de 0,95 m à l’étiage) vers un canal de 700 mètres de longueur de deux mètres de large sur 1,50 de profond, puis vers une conduite forcée de 290 mètres de longueur. Les eaux seront ensuite restituées à la rivière en aval des installations par un canal de fuite d’environ 35 mètres.

La MCHE en elle-même sera composée d’un local en dur d’environ 70 m2 (10 m x 7 m) pour une hauteur au-dessus du terrain naturel d’environ 7 mètres. Il sera situé en rive gauche du cours d’eau, à hauteur de la future zone de restitution des eaux turbinées.  

Problèmes spécifiques d’usine hydroélectrique sur l’Auze
  • Non respect d’une zone humide : le lieu d’implantation de la centrale est en plein milieu d’une zone humide sur une parcelle dont le règlement du PLU d’Yssingeaux interdit toute construction. Le permis a été logiquement refusé par la mairie d’Yssingeaux. Il a été accordé par le Préfet sous réserve des autorisations au titre de la loi sur l’eau.
  • Condamnation du chemin d’accès unique au Hameau du Rochain.
  • Destruction du cours d’eau : 80% du débit de la rivière détourné sur un tronçon court circuité de plus d’un kilomètre.
  • Mise en danger potentielle des riverains en dessous de la retenue en cas de de rupture de celle-ci.
  • Atteintes sur la biodiversité : notamment la truite fario espèce protégée : 22 frayères détruites
  • Non prise en compte d’espèces présentes sur le site et protégées au niveau national, comme les chiroptères (chauve souris) et les odonates (libellules). La loutre, autre espèce protégée est également présente sur l’Auze.
  • Des subventions publiques pour des dommages collectifs et des bénéfices privés

La microcentrale permettrait de produire annuellement environ 700 MWh, pour un revenu annuel estimé à 100 000 euros au bénéfice quasi exclusif de la société GEFA. Du fait des contraintes d’exploitation liées aux étiages de la rivière et de la baisse prévisible des débits liés au dérèglement climatique, l’installation ne fonctionnerait que 130 jours par an environ, soit 3100 heures, ce qui est peu pour une installation de ce type. pour info, une éolienne produit l’équivalent de 20 micro centrales. 

Photo Françoise QUINTIN
Photo Françoise QUINTIN

Françoise Quintin habite en bordure de l’Auze. Informée d’un projet de micro-centrale privée de production hydroélectrique sur cette rivière par un voisin, elle s’est particulièrement documentée sur ce projet qui peut impacter directement son quotidien. Des pêcheurs et des associations environnementales locales partagent son inquiétude.