Pierre Arditi lit ce qu’il aime

Le seul art qui vaille est celui de vivre. Une chaise, une table, et lui, Pierre Arditi. Sa voix, et des textes d’aujourd’hui qu’il aime, admire. J’ai tellement aimé les lire, dit le comédien, que j’ai eu envie d’en faire profiter les autres.

Un ensemble de textes « attachant, insolent, surprenant ». Il offre ici, en joueur-lecteur, des mots qui le font vivre. Un rendez-vous idéal avec un comédien remarquable ! Un moment unique et d’excellence dont vous sortirez enchanté, d’un bain de littérature, d’émotion et d’esprit. Après un succès au Théâtre du Rond Point à Paris, Pierre Arditi prend la route avec ce nouveau format intimiste et exceptionnel, il sera au Théâtre du Puy en Velay le lundi 18 novembre à 20 h. Textes de Jean-Michel Ribes, Philippe Delerm et Yasmina Reza. Une production Becker’s Prod

L’interview de Pierre Arditi par STRADA

STRADA: Avez vous toujours aimé lire ?

Pierre Arditi : Non. J’ai toujours aimé qu’on me lise les choses, en réalité je lisais très peu, des bandes dessinées. Tante Denise lisait, à mes soeurs et à moi, les bouquins d’un romancier populaire Paul d’Ivoi. Il y avait un héros qui s’appelait Cigale, et un autre Lavarède. Elle nous racontait leurs aventures avec force détails, force voix, des fois ça nous fichait la frousse et on disait « alors qu’est ce qu’il va se passer ?» et elle nous répondait «  vous le saurez demain.»
Ce que je m’amuse à faire, d’une certaine façon, c’est un peu prendre la place de ma tante Denise et raconter à des enfants, parfois à de vieux enfants comme moi, un certain nombre de choses auxquelles je tiens ou que j’aime en espérant que je vais les distraire et les amuser.
Aujourd’hui je lis toujours des banques dessinés mais beaucoup d’autres choses bien sûr des romans, des essais…

STRADA : Parlez nous de vos choix pour votre spectacle ‘Arditi lit ce qu’il aime’

Pierre Arditi   : J’ai choisi des textes assez caustiques de Jean Michel Ribes, de Philippe Delerm et de Yasmina Reza.

Yasmina Reza ? Yasmina écrit magnifiquement, elle a une langue extraordinaire et elle aussi est caustiquement desespérée. J’aime les gens qui rient de ce dont qu’il faudrait sans doute pleurer. STRADA :La diction doit être particulière pour ces textes où les points sont rares ? Pierre Arditi : Quand on commence une phrase de Yasmina Reza on ne sait jamais comment on va la finir et dans quel état… On est entre Tchekhov et… une acidité parfaitement bienvenue. Encore une fois, c’est l’acide qui nous permet de franchir ce qui nous fait souffrir.

Philippe Delerm ? C’est pareil : il a une causticité tout à fait formidable. Il joue avec les expressions, les poncifs, des petites phrases qui ont l’air totalement anodines et qui disent qui nous sommes sans que nous le sachions nous même.
Je lis des extraits de ‘Je vais passer pour un vieux con et autres petites phrases qui en disent long.’ C’est absolument jubilatoire. Sous dehors anecdotiques ils disent parfaitement ce que nous sommes et les tics de nos vies et de nos comportements.

Jean-Michel Ribes ?
Ribes, c’est Ribes. Lui aussi est caustique : il utilise ce qu’il appelle le rire de résistance. Encore une fois, compte tenu de tout ce qui nous tombe sur la tête, la seule parade à tout ça c’est de se marrer. Il n’y en a pas d’autres. On vit dans une tragédie permanente mais si on sait prendre la vie en la tournant en dérision, peut être on souffre moins. Se tordre les côtes de rire permet de vivre mieux.

STRADA  : Vous publiez ce mois ci un livre : Le goût de ma vie.

Pierre Arditi  : C’est une espèce de promenade, un peu impressionniste, à travers un certain nombre de goûts, qui sont les miens, en particulier le goût de la vie évidemment, un matériau précieux, la preuve c’est qu’il m’anime. Une promenade à travers mon amour du vin, de la nourriture de la bonne chair.
Quand je bois un verre de vin, immédiatement je voyage… soit au pays de mon enfance, de mon adolescence, soit au pays d’une géographie paysagère, de régions, de lieux où je me suis trouvé, où j’ai vécu, où j’ai aimé, où j’ai souffert, et en même temps une géographie humaine, des gens que j’ai croisés qui ont fait ou qui font partie de ma vie encore.

STRADA  : C’est une sorte de bilan ?

Pierre Arditi  : Non. Au fond, ce sont des auto portraits dans des circonstances, des conditions différentes avec des points communs, des coups de gueule, des hommages à des gens que j’aime, une nostalgie de ce que j’ai pu être et que je ne suis plus. Quelque chose de personnel qui en même temps passe par l’épicurisme. Je suis un épicurien donc Je prends le parti non seulement de l’être mais aussi de le défendre.

STRADA  : Vous êtes aussi intéressé par l’économie et l’environnement. Vous avez cosigné il y a un an une tribune parue dans Le Monde appelant le gouvernement à une action « ferme et immédiate » face au danger du réchauffement climatique. Quelle est votre position ?

Pierre Arditi  : Je n’ai pas signé un appel pour sauver la planète mais pour sauver des vies humaines. Ce n’est pas à l’économie que je m’intéresse, c’est à l’hôpital public, un service public majeur et fondamental, qui fait qu’à un moment on vit ou bien on meurt. Les urgences sont complètement dévastées, les services saturés, l’hôpital public n’a plus les moyens de remplir sa mission. Ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est une question de considération.  Je parle de l’hôpital public mais je pourrai parler des forces de l’ordre qui en prennent plein la gueule et des enseignants qui ont des métiers absolument majeurs, ils vont former les femmes et les hommes de demain. Cette femme directrice d’école… ce n’est pas acceptable. (NDLR : le suicide de la directrice d’école de Pantin le 21 septembre 2019.) Alors qu’est ce qu’on fait ? On fait l’autruche, on ne regarde pas ou alors est ce qu’on s’occupe du bonheur des gens ? Je pense qu’il faudrait se poser cette question là.

STRADA : Vous êtes un homme engagé ?

Pierre Arditi  :  Je ne veux pas être irresponsable. Je me sers de mon nom, si ce n’est pas en prestation c’est en proposition. Pour un certain nombre de problèmes, je suis un titilleur de prise de conscience.

Propos recueillis le 4 octobre 2019