Entre ombre et lumière

Un nouveau chemin au départ d’Aiguilhe en direction du Mont Saint-Michel, le GR300, nous invite à nous pencher sur le sujet même de cet itinéraire particulier, à savoir l’archange Saint Michel. Ou plutôt, à prendre de la hauteur…

On en conviendra aisément, tous les grands sites dédiés à Saint Michel sont perchés, juchés, dominants. Il n’est qu’à voir la configuration du Mont Saint-Michel, celle de notre familier Rocher d’Aiguilhe ou encore celle de l’abbaye Saint-Michel-de-la-Cluze en Italie… À figure prestigieuse, maison d’exception !

 

 

© Philippe Kaeppelin, avec l’aimable autorisation de la famille Kaeppelin. © Photo : Laurence Barruel.

Détail du retable de Tuili, Maître de Castelsardo.

Mais au fait, Saint Michel c’est qui ?

Figure largement mentionnée dans les écrits religieux, l’archange Saint Michel est présenté comme le maître des armées célestes, conduisant les anges dans le combat divin contre le dragon, image de Satan. Très tôt vénéré, son nom d’origine hébraïque signifie « qui est comme Dieu », signe de son indiscutable importance dans la hiérarchie angélique. Le plus souvent représenté sous les traits d’un guerrier ailé équipé d’une longue lance, il tient parfois dans la main gauche une balance, attribut de sa seconde mission : peser les âmes lors du jugement dernier.

Dans notre calendrier, il est fêté le 29 septembre, quelques jours après l’équinoxe d’automne. Messager divin non issu d’un être humain, il est le saint patron des maîtres d’armes, des policiers, des commerçants, des pharmaciens, des fabricants de balances. Sans oublier (excusez du peu)… celui de la France.

Toutes ces qualités ne semblent pourtant pas lui monter à la tête : son attitude n’est ni triomphante, ni belliqueuse. Plutôt consciencieuse, réfléchie. Sur le retable de Tuili (1498-1500), son visage très doux reflète même une certaine pitié pour le monstre qu’il est en train d’occire… Dans la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe, la magnifique représentation qu’en a fait Philippe Kaeppelin, tout en rondeur pleine de tendresse, semble nous interroger du regard.

Quelle est cette ombre qu’il me faut percer ?

Essayons de cheminer au-delà des apparences, avançons d’un pas plus subtil, guidés par cette troublante dissonance entre la violence du traitement et l’apparente absence d’émotion de son dispensateur. La tâche est pourtant d’importance : il s’agit d’empêcher les forces du mal de recouvrir le monde ; ni plus, ni moins. La tentation est grande d’y voir un écho à la vision que nous avons de notre monde actuel, chahuté dans une dualité bien/mal un peu trop évidente. Mais en y regardant d’un peu plus près, on s’aperçoit que sur les représentations de Saint Michel, le dragon/Satan est certes tenu en respect, mais il n’est jamais totalement éliminé. On le voit même figurer au côté de l’archange lors de la pesée des âmes, l’assistant dans son travail pour emmener celles des pêcheurs vers les profondeurs de l’enfer. Le message semble alors différent : le rôle de Saint Michel n’est pas de supprimer le mal, mais plutôt de le contenir pour lui éviter de déborder, jusqu’à trouver l’équilibre lumières/ténèbres, redonnant ainsi son unité au monde. Exit l’opposition systématique, le calcul est simple : 1+1 = 1.

Maîtriser ou apprivoiser ?

Faisons encore un pas : s’agit-il vraiment pour l’Archange d’éviter tout débordement ? Il ne semble pas vraiment s’acharner. Être de lumière, il se concentre posément sur sa mission. On imagine qu’il va transpercer dix fois, cent fois, mille fois avec patience son alter ego de ténèbres, pour lui laisser in fine une place à son côté. Ne serait-il pas plutôt mû par la volonté d’apprivoiser sa part sombre, ses incertitudes, pour reconnaître les limites à ne pas franchir et celles à dépasser ? Pour laisser enfin émerger un être complet qui n’a plus peur de ses doutes…

La figure intemporelle de Saint Michel ne pourrait-elle pas nous inspirer dans notre vie quotidienne ? Oserons-nous prendre le temps de peser la part des choses – bonnes ou mauvaises – pour apprendre à les re-connaître, les apprivoiser et accepter pleinement notre nature humaine ?

Belle leçon que nous donne ce « super-héros », à méditer sur son chemin, en toute humilité mais avec ténacité !

 

A lire 

Livre de sylvain Tesson

 

 

 

 

« Sur les chemins noirs » de Sylvain Tesson.

Un voyage à pied (« né d’une chute » nous dit l’auteur), des Alpes Maritimes à la Manche, en passant par les chemins de l’ultra-ruralité « pour s’extraire du monde ». Un texte / chemin de traverse qui – sans faire directement mention à Saint Michel – entre en parfaite résonance avec le propos de cet article.

 

En chemin avec Saint Michel sur le GR300

En chemin avec saint Michel sur le GR 300

Fort de sa situation, de son histoire et de ses perspectives d’avenir, Saint-Michel d’Aiguilhe se veut aujourd’hui le promoteur des patrimoines et des territoires michaéliques au travers de l’itinérance, dans un esprit européen marqué. Avec l’inauguration du GR 300 en octobre dernier et la création d’un Réseau Européen des Sites et des Chemins de Saint-Michel, voici de beaux exemples d’échanges et de coopération citoyenne !

Depuis 2007, le GR300 relie le nord de l’Allier à Clermont-Ferrand sur un axe nord-sud autrefois emprunté par les pèlerins désireux de rejoindre la Via Podiensis au départ du Puy-en-Velay. L’aventure prend aujourd’hui un nouveau tournant avec la volonté de développer le Chemin de Saint-Michel au départ d’Aiguilhe jusqu’au Mont Saint-Michel : près de 900 km dédiés à l’archange, au travers de lieux emblématiques ou plus modestes, offrant au marcheur matière à combler ses yeux et son âme !

Basée à Aiguilhe, l’équipe du Réseau Européen des Sites et des Chemins de Saint-Michel entend fédérer les lieux dédiés à l’archange en Europe, participer à leur valorisation et à leur rayonnement au travers d’actions concrètes, à l’image de la mise place du GR300. En octobre 2019, le Réseau et l’asso Autour de Saint Michel d’Aiguilhe ont organisé à Aiguilhe les premières Rencontres Européennes des Destinations de Saint-Michel, l’occasion d’inaugurer le GR300, ou plus précisément son départ…

Elle ne ménage ni ses efforts ni son temps pour mener à bien ses objectifs (notamment celui de reconquérir la mention « Itinéraire Culturel du Conseil de l’Europe »), en faisant de Saint-Michel d’Aiguilhe le point central de ce réseau de coopération international.

Sébastien Falcon, régisseur passionné du Rocher Saint-Michel, nous donne les clefs du choix de ce lieu.

  • D’abord une volonté de positionnement : Saint-Michel d’Aiguilhe est situé au carrefour géographique de nombreuses routes et chemins historiques ; sa reconnaissance en tant que point d’ancrage du réseau des sites michaéliques est donc naturelle.
  • Un lien historique fort ensuite : construite à l’approche de l’an mil sur un site géologique exceptionnel, la chapelle Saint-Michel a toujours fait écho à la volonté de développer les pèlerinages et chemins, offrant la protection de l’archange à ses visiteurs.
  • Enfin, un avenir résolument tourné vers le collectif, porté par l’essence fédératrice de ce lieu. Celui-ci fait d’ailleurs partie d’une SEM (Société d’Économie Mixte) depuis le 1erjanvier 2020, offrant ainsi un nouveau souffle aux travers d’actions conjointes, permettant de lui construire solidement un avenir touristique et culturel.

Ainsi, fort de sa situation, de son histoire et de ses perspectives d’avenir, Saint-Michel d’Aiguilhe se veut aujourd’hui le promoteur des patrimoines et des territoires michaéliques au travers de l’itinérance, dans un esprit européen marqué. Avec l’inauguration du GR 300 et Un bel exemple d’échanges et de coopération citoyenne !

Le GR 300 en détail

Les lieux michaéliques en Europe