Ce que Corona m’a apporté :

> Il a enrichi mon vocabulaire et précisé la signification de mots ou expressions
Pandémie, confinement, asymptomatique , distanciation sociale, dystopie, maladie auto-immunitaire, masque FFP1 …

> J’ai découvert le printemps en passant mes journées dans le jardin, j’ai vu les bourgeons s’ouvrir, les oiseaux faire leurs nids et même entendu et vu l’herbe pousser.

> Je crois acquérir une nouvelle « conscience » du monde et de ma place. Toujours je me suis senti un passager sans réelle puissance autre qu’influencer les occupants (mes filles) du carré que j’occupe dans ce TGV de la vie. Le nez à la fenêtre je regardais le monde avec l’émerveillement des paysages d’un monde défilant à grande vitesse. Les excès, les beautés, les merveilles, les troubles, les malheurs, les injustices, les fracas, les découvertes n’étaient que des bonnes histoires, des événements occupant un temps qui passe mais que je ne veux justement pas sentir passer, valorisant, pour ne pas trop penser, l’immédiat, l’instant présent, l’instinct, la réaction immédiate.
C’est peut être cette solitude forcée aujourd’hui qui a déclenché un sentiment de culpabilité exacerbé par cette une loi martiale planétaire. Sa soudaineté nous démontre la folie d’un monde mal géré, mal entretenu. Une prise de conscience du danger de la bêtise des populations malades de consommation. Le cynisme des vendeurs de « rêves clef en main ». La paralysie des sociétés démocratiques condamnées à satisfaire une majorité xénophobe obsédée de pouvoir d’achat de besoins trop souvent bien superflus et encouragée par les mêmes qui garantissent leur emploi, leur servitude. Je ne vois plus le monde avec les mêmes yeux, je cherche des coupables mais je ne trouve que moi. Tous ceux qui sont présentés comme les responsables ne sont que le reflet de cette masse dont je suis. Politiques, financiers, industriels, syndicats ne sont que l’émanation des désirs d’irresponsables qui votent, achètent, adhèrent.
Le Corona et toute la misère qu’il abat sur ceux qui perdent leurs amis, ceux qui en porteront les séquelles, ceux qui en souffriront, c’est ma faute. Mea culpa, Méa Culpa, MEA CULPA.
Je ne suis plus capable de regarder une série ou lire un livre au delà de la page 4. Seul le livre de Pierre Rabi m’a permis d’atteindre la page 50. Les infos sont devenus des bulletins heure par heure du grand malade qu’est devenu l’humanité. Ce matin on annonçait qu’aux vues des nouvelles admissions à l’hôpital et le nombre de morts, nous serions peut être sur un début de plateau donc une croissance moins forte de la pandémie.

> Mais le plus étonnant, c’est le dérèglement de mon imaginaire. Il y a quelques années j’ai rencontré une personne qui a toute la cohérence d’un monde que je ne faisais que frôler. J’appréciais son engagement créatif dans le monde avec conscience et bienveillance, son élégance naturelle, sa voix, son regard, ses idées. La brutalité du discours du Président répétant que nous étions en guerre m’a soudain mis en face de la versatilité de nos vies, de l’illusoire confort de ma bulle rassurante. M’est apparu avec violence que j’étais amoureux de cette femme, complètement amoureux, éperdument amoureux d’elle. Elle occupait en permanence mon esprit que je tentais de distraire en découvrant la magie du printemps. Regarder germer des petites graines plantés devant la fenêtre de la cuisine mais je pensais à elle. Je suis parti dans une folie épistolaire en lui envoyant messages et mails sans aucune retenue. Lui montrant sans pudeur que je l’aimais. J’étais redevenu l’adolescent impatient et maladroit que j’ai sans doute été. Elle m’a tout de suite remis à ma place en me précisant qu’elle avait un amoureux. Ce qui est plus gentil que me dire qu’elle ne m’aimait pas et n’avait aucun désir à mon encontre. Elle ne répondait pas à mes messages en prétextant qu’elle ne les avait pas vus, ce qui me permettait de garder la face car je me rend compte du harcèlement que je lui imposais.
J’essaye d’analyser toutes ces « découvertes » sur moi, sur ma vie.
Me considérant comme relativement équilibré, je suis persuadé n’être pas le seul a avoir subi cette manifestations de « folie douce ». Est-ce que je recherche un gourou ? une personne à qui je puisse tout donner pour tout lui prendre, sa conscience, son magnifique sens de la vie et du réel, son éveil, son corps que je serre contre moi dans mes rêves pour m’endormir.

Je me suis livré là, comme jamais je ne pourrai le faire sans l’anonymat de cette page. Certes cela n’a rien a voir avec un magazine des bonnes pratiques où chaque ligne a du sens. Mais ne sommes nous pas dans une situation incroyable ou peu de choses ont du sens ? Ou peut être qu’au contraire toutes les choses ont un sens : double, unique, interdit, giratoire… Vivre n’a pas besoin de permis et pourtant il y a tant de codes. Strada serait il un « Code Rousseau » de la vie ? et le Corona un déclencheur de conscience.

Bises à tous les détraqués.

Yo