I – Cet été, je tenais compagnie à un frère âgé, dans sa bergerie située en haute montagne, un lieu magique, immense cirque herbeux et dépouillé, baigné par un air d’une pureté extraordinaire, dans une lumière du sud encore amplifiée par la réverbération des glaciers.

La haute montagne, c’est bien connu, attire des randonneurs en quête d’émerveillements dans l’effort, mais aussi des mystiques de toutes obédiences en recherche d’absolu, tant ces paysages ont la vertu d’élever l’esprit, ou bien l’âme, selon la croyance. Pas étonnant donc qu’un groupe de religieuses – ces femmes sans âge, au visage encadré de blanc – ait élu domicile dans une bergerie toute proche. Pour lire la suite de l’article, cliquer sur les trois points suivantsElles passaient souvent devant la maison pour remonter le vallon herbeux qui conduisait à de hauts alpages et chaque fois nous saluaient aimablement. Avenant et curieux je les abordais.

–        Bonjour, qui êtes vous ?

–        Nous sommes des religieuses contemplatives invitées par votre voisine.

–        Viendriez-vous chez nous pour une soirée gaufres ?

–        Bien volontiers, mais pas avant 19 heures, après nos vêpres…

Alors que le soleil se cachait derrière les crêtes, trois religieuses frappaient à notre porte : Thérèse, suisse ; Maria-Christmas, polonaise ; et Anne-Josée, chinoise ; elles en excusaient deux autres, dont une Lituanienne… Toutes parlaient fort bien le français.

Notre conversation tourna d’abord autour des gaufres qu’elles ne connaissaient pas, et dont la cuisson sur un feu de bois dans un moule en fonte à six cœurs, les émerveillait. Puis nous les incitâmes à parler de leur vie :

–         Vous êtes venu à la montagne pour briser la monotonie de votre vie contemplative ?

–        Pas du tout ! Par la liturgie, chaque jour est différent ! Si nous sommes là, c’est pour nous émerveiller et louer Dieu !

–        !!!

Je me lançai sur un autre sujet…

–        Vous êtes vraiment une congrégation cosmopolite !

–        Oui et c’est une richesse ; chacune d’entre nous, par sa culture et ses traditions, nous fait découvrir une autre facette de notre Dieu.

–        !!!

Enfin, pour faire le malin, je me hasarde :

–         Je suis un miraculé !

–         Comment ça ?

–         Il y a un an j’étais hémiplégique et maintenant plus rien, que des broutilles !

–         Merci de nous l’avoir dit me disent-elles, nous allons beaucoup prier pour vous…

–         Mais c’est trop tard puisque je suis guéri !

–         Notre Dieu n’est ni dans l’espace ni dans les temps ; c’est aussi par nos prières que vous avez été guéri !

–          !!!

Cette surprenante réponse ( m’ouvrait à une nouvelle lecture de ) décryptait la fonction des religieux de tous bords qui consacrent leur vie à la prière. Une fois « nos sœurs » parties, j’étais vraiment perplexe et je m’interrogeais sur cette incroyable ingérence du surnaturel dans nos vies.

II – Quelques jours plus tard, autre rencontre…

J’étais à l’hôpital, au chevet d’un proche que nous aimions beaucoup et qui s’en allait en pleine conscience. Lui prenant la main je lui dis :

–        Nous pensons beaucoup à toi.

–        Je le sais, me répondit-il, je le sens.

Cette solidarité dans la peine atténuait ses angoisses et sa souffrance, cet accompagnement profane le réconfortait.

III – Je me rappelai alors de la pensée de ce président qui avant de disparaître, déclarait à ses concitoyens : « Je crois aux forces de l’esprit, je ne vous quitterai pas. »

A chacun son explication…

Légende photo : La montagne, comme ce paysage magique face à la Meije, attire des mystiques de tous bords. On y fait des rencontres étonnantes.