Rencontre avec La Castaf 

Elle m’a attrapée dans la rue pour me dire : j’ai un message à faire passer. «  Faut leur dire de garder la pêche quoi qu’il arrive. Faut pas baisser les bras ! Et dire aux bien portants de ne pas laisser tomber les personnes malades, de ne pas en avoir peur. »

La Castaf ne regrette rien, écoutez-la chanter

 

La Castaf, comme on l’appelle, est forte en gueule. Les cheveux roses ou ras selon l’époque et les traitements, le verbe haut et la chanson facile, elle apparait sans complexe, sans retenue. On l’a connue en 1995, lorsqu’elle s’est installée à Queyrières pour monter une bistrot avec son mari cuisinier, dans ce village minuscule qui comptait déjà 2 bars (et un clandestin se disait il…). Bien que parfois malmenée par les autochtones qu’elle dérangeait par sa forte présence et son franc parler, elle a quand même fait sa place et trouvé son public. Avec le répertoire de la môme Piaf, quelques chansons d’auteurs et les récits d’une vie mouvementée et surtout bien racontée, la Castaf a puissamment chauffé l’ambiance du bistrot autour des repas concoctés sans faillir par son chéri. Finalement elle s’est mis dans la poche quasiment toute la population. « On me prends comme je suis et je prends les gens comme ils sont. Ni plus, ni moins. »

Le bar « Chez la Castaf » a du fermer avec l’apparition d’un premier cancer il y a 11 ans de cela. 11 ans qu’elle trimballe cette cochonnerie qui se balade dans son corps «  on me coupe des petits bouts, par ci par là, c’est plus un ventre, c’est un champ de mines, mais au moins grâce à ça j’ai perdu des kilos….» dit-elle en se poilant. Il n’empêche qu’à l’hôpital Léon Bérard, elle a pris une sacrée leçon de vie : « Les enfants cancéreux ont la pêche alors qu’il y a plein de vieux croutons qui se renferment sur eux-mêmes dès qu’il leur arrive une bricole. »

La Castaf, quand elle arrive à l’hôpital pour les soins, c’est en caleçon à fleurs, les ongles de toutes les couleurs et des rires plein la voix – Vous n’êtes pas malade vous, lui dit-on, vous êtes un rayon de soleil !  Sa recette ? Elle la donne bien volontiers : « Je m’occupe l’esprit, je m’occupe les mains… et surtout je ne cache pas ma maladie, j’en parle ». Entre autre chose, elle cherche gentiment des poux à son mari de 25 ans «  la maladie nous a rapprochés, et nous fait explorer d’autres façons de faire l’amour… »

Tout n’est pas rose pour autant – des amis se sont éloignés, d’autres l’ont arnaquée, elle qui a gagné deux fois au loto n’a plus le sou, elle est obligée de vendre ses affaires, de mettre ses bijoux au clou… – mais elle continue de clamer  qu’il ne faut jamais baisser les bras, que le temps qu’il nous reste à vivre, il faut le vivre à plein, et au présent – ne regarder ni devant, ni derrière mais là, ici, maintenant. Tiens, regarde cette plante, ça fait marrer Jean Marie, elle paraissait complètement morte, j’ai coupé, j’ai taillé, et voilà, elle est repartie, magnifique ! Et de conclure : Franchement, elle est pas belle la vie ?