à propos de l’accord toltèque  » que votre parole soit impeccable « 

 

Au départ un peu gêné par l’injonction « que votre parole soit impeccable » – ça n’est pas pour rien que j’ai séché le catéchisme – j’ai laissé travailler les deux termes au fil des séances dans mon cabinet. De la parole il y en a, et impeccable. Ca m’a rappelé les nappes blanches des publicités pour la lessive, bref de la pure poésie. Alors voilà ce qu’il en a pensé le psy : 

Parler est toujours une prise de risque : le risque d’agir sur son existence et de la manifester.

La parole est un acte individuel de volonté et d’intelligence. C’est notre lien au monde. Par là nous traduisons quelque chose de notre être.

Nous sommes toujours autant parlés que parlant. Nous avons donc chacun la responsabilité de nous faire exister et de contribuer à faire exister ceux dont nous parlons (et ce dont nous parlons). 

Intimement chacun se nourrit de la parole d’un autre, et donc renvoi par sa parole ce qui est dicible de son expérience d’être.

Par nature nous sommes donc aliénés : pris dans un réseau de liens, construis et définis dans le bain du langage, depuis au moins notre naissance.

 Aller parler de soi à quelqu’un c’est aller perturber notre vérité, mettre à l’épreuve nos empreintes, prendre le risque de questionner le sens que nous avons bricolé autour de notre conscience de sujet.

 5 à 6 jours par semaine, je reçois des personnes qui prennent le risque de parler ou de se taire en présence d’un autre.

Je perçois l’être qui vient se confier et j’entends sa parole (et ce qui ne se dit pas). 

Ce que je perçois continue d’être le cœur de mon travail, ce que j’entends est mis à l’épreuve du lien qui se crée entre les quatre murs du cabinet.

 Ce que j’accueille c’est la vérité du discours, tout ce qui est dit est vrai puisque par définition c’est la traduction de la réalité éprouvée (plus ou moins douloureusement) par celui, celle ou ceux qui viennent consulter.

De façon intime je reçois ce qui sous-tend le discours, et c’est là le cœur du métier, 

ce que certains appellent l’intuition, qui probablement est seulement la capacité à se laisser gagner par la vérité d’un autre, sans perdre la sienne et en laissant la place à d’autres vérités possible encore. 

Dans ce lien qui se crée, et parce que l’on se parle, les histoires se disent et se refont.

Ca bouge, ça joue, ça coince moins. On sort d’une pensée qui emprisonne, on arrive à ne plus penser en rond. Ça n’est pas toujours impeccable, je ne suis pas monsieur propre ! Mais c’est déjà mieux qu’avant, On peut parler d’une sorte de mise à jour, d’un nettoyage…

 

Jean Nicolas JOYAU est psychologue-clinicien. Il reçoit dans son cabinet au Puy-en-Velay 3, av. André Soulier. Tél. 04 71 06 05 25