Une maison entre ciel et lac

Rivières lacs et forêts donnent parfois à la Haute Loire un air de Canada

A la pointe du village de Lavalette, la maison de Marie-Hélène et Didier est un peu hors du monde. Cet hiver, quand nous la visitons, un brume légère flotte au-dessus de l’eau. Les berges laissent apparaitre la terre brune, signe que le niveau est bas. Des zones prises par le gel strient le lac de cordons pâles. Le calme est enveloppant.

Il faut rouler jusqu’au bout de la route, nous a-t-on indiqué. Nous nous garons là où le goudron finit, contre la dernière maison. Les murs sont en pierre, rien ne la différencie des autres bâtisses du village que nous venons de traverser mais le numéro correspond. On nous ouvre, nous entrons, et là, waouh. Nous sommes sur le lac et dans le ciel. Happés par le paysage. Comme si, en pénétrant dans la maison, nous avions franchi une frontière invisible entre les mondes. Nous nous attendions à entrer dans une pièce et nos sens nous disent que nous sommes dehors. Serait-ce un effet d’optique ? Je serais prête à parier qu’il y a plus de lumière et d’espace à l’intérieur de la maison qu’à l’extérieur. Quelle est donc cette magie ? Deux murs d’angle sont largement vitrés du sol au plafond. Pourtant le pignon vitré est orienté au nord, précise notre hôte. Incroyable.

Marie-Hélène a hérité cette maison quand elle était en ruines. « C’était un peu la poubelle du village. » Elle se souvient des détritus entassés entre ses quatre murs où poussaient de grands arbres sous un toit effondré. Comme toutes les maisons des environs, pas d’ouverture au nord, ou de modestes fenestrous pour ne pas laisser pénétrer le froid. Qu’en faire ? C’est la rencontre avec un architecte qui va faire basculer l’histoire. Bernard Barbalat est sous le charme du lieu, se souvient Marie-Hélène. Plus tard, il demandera à revenir pique-niquer avec sa famille un fois l’an dans cet endroit magnifique.

Il voudrait que le projet architectural permette de le saisir dans sa globalité. C’est lui qui imagine les deux pans de mur vitrés sur trois niveaux, même si nous sommes en Haute-Loire, même si les murs sont au nord, même si le projet est porté par une jeune femme de 20 ans. Nous sommes dans les années 80, Marie-Hélène est alors célibataire, elle assume seule ce chantier étonnant.

Il se déroule une dizaine années entre le début du chantier et son habitabilité. Pendant un temps, le pilier qui fera l’angle entre les deux parties vitrées intrigue. Il s’élance seul vers le ciel, dans un équilibre téméraire et fragile, et son allure inspire au bâtiment, entre ruine et chantier, le surnom de « La chapelle ».

C’est une maison chargée des liens et d’événements familiaux. Le décès du père, parti trop tôt, mais qui avait anticipé l’avenir possible de ses 10 enfants en achetant des ruines à une époque où personne n’en voulait. Cette famille nombreuse, c’est une force. On se serre les coudes, on s’entraide. Les weekends et les vacances rassemblent les courageux pour trier les pierres. L’oncle de Marie-Hélène, maçon, construit la maison, un peu paniqué à l’idée de se lancer dans cet ouvrage audacieux qui semble défier les lois de la gravité. Trois des frères de Marie-Hélène sont menuisiers-charpentiers. L’un assemblera la charpente, un autre réalisera les premières baies vitrées. Un des beaux-frères, garde forestier, déniche l’arbre sur pied dans lequel sera taillée la poutre qui traverse la maison sur une douzaine de mètres, elle a été amenée au trinqueballe, tirée par un tracteur. « Je suis reconnaissante pour toute l’aide que m’a apportée ma famille », insiste l’initiatrice du projet, qui confie aussi sa fierté : « Je travaillais semaine et weekends, avançant les travaux en fonction de mes moyens. Cette maison, je l’ai vraiment gagnée. Elle a aussi demandé des efforts à Didier ». Son mari arrive un peu plus tard dans l’histoire, ‘après le carrelage et la cuisine’. Il est alors directeur de la base de voile de Lavalette. Il découvre la maison en canoé, la trouve « sympa », sans imaginer qu’il épousera un jour sa propriétaire et qu’ils élèveront ici leurs 4 enfants.

Le couple quitte parfois la pointe du lac pour des vacances sous d’autres latitudes, mais à chaque fois qu’ils rentrent chez eux ils remercient leur chance : « Qu’est-ce qu’on est bien chez nous ! ». Ils apprécient le calme, la beauté des lieux, ne se lassent jamais du paysage, des levers et des couchers de soleil, des couleurs de chaque saison, et du silence qui impressionne leurs enfants quand ils reviennent passer quelques jours.

Les baies vitrées

Les premiers vitrages étaient en bois exotique, d’une épaisseur qui ne se fait plus, seulement 35 ou 40 millimètres

Le double vitrage a perdu au fil du temps son gaz d’argon. Au final,« on avait l’impression d’avoir un frigo dans la pièce ». L’entreprise familiale Durieux, de Saint-Romain-Lachalm, sollicitée pour reprendre l’ensemble, a préconisé un traitement graphique des façades plus sobre. Les trois niveaux sont toujours soulignés par trois hauteurs de vitrages. Mais les rythmes sont allégés pour une plus grande surface vitrée. Baies coulissantes au rez-de-chaussée. Châssis fixes d’un seul tenant au 1er étage. Une partie fixe et une partie équipée d’oscillo-battant au 2ème étage. L‘ensemble a encore gagné en luminosité avec des profilés plus fins en façade. « Les caissons des volets roulants ont également été adaptés sur mesure pour venir occulter la dalle de maçonnerie présente à chaque étage. Un effet vitré ‘toute hauteur’ », précise le fabricant-installateur.

Évidemment, la performance thermique est au rendez-vous :

« Toutes les menuiseries sont en aluminium, gamme Installux 32TH, fabriquées chez nous dans nos ateliers à Saint-Romain. C’est une gamme à rupture de pont thermique : à l’intérieur du profilé un sertissage de barrettes polyamide coupe le froid extérieur. Le coefficient thermique est de 1,5 U windows pour la partie fixe, et le double vitrage est à faible émissivité, coefficient Ug AA.

La difficulté technique sur ce projet était double.

    • L’intégration harmonieuse des volets dont les caissons existants étaient noyés dans la maçonnerie,
    • Le travail en hauteur sur échafaudage : le dernier étage est à 7 mètres de haut. »

Jonathan Grange, commercial chargé du projet chez Durieux Fermetures.

L’Isolation

« À 850 mètres d’altitude, au bord du lac, il fait plus doux qu’au Chambon et qu’à Saint-Jeures, constatent les habitants, en général la végétation a trois semaines d’avance. » Dans la pièce principale, le choix fut donc de ne pas isoler les murs de 57 cm d’épaisseur, mais de les garder tels quels, en pierre apparente, pour préserver le cachet d’authenticité. Mais à l’étage, les murs sont doublés. Et le bois est omniprésent ce qui rend l’atmosphère très chaleureuse.

Le choix de la couleur

La maison n’est pas seulement lumineuse. Elle est gaie. Marie-Hélène aime les couleurs qui rappellent la chaleur et l’impétuosité de l’Amérique latine. L’escalier bois est entièrement peint en jaune, ainsi que les marches et la rambarde.

La cuisine

C’est drôle. En allant chercher des idées pour sa boutique de décoration sur un salon parisien, Marie-Hélène flashe sur une cuisine fabriquée en Haute-Loire par les meubles Brun, aux Villettes. Elle aime la position du plan de cuisson décalée du linéaire. Mais quand les artisans arrivent pour la poser… ils s’aperçoivent qu’il n’y a pas de plafond pour accrocher la hotte. La mezzanine a dû être un peu agrandie. Pas de mal. Les meubles en orme forment un joli ensemble avec l’esthétique attendue.

Le plan de travail resté quelques années en mélaminé pour des raisons économiques (on n’obtient pas tout de suite un rendu de rêve, remarque avec sagesse la décoratrice) a été remplacé très avantageusement par un granit noir griffé proposé par Granit et Meubles de l’Emblavez, à Beaulieu.

Le chauffage

Un insert bois avec double carlingue a été équipé d’une ventilation astucieuse mise au point par Didier. Il a percé les murs de pierre afin d’avoir des sorties d’air chaud un peu plus loin dans la pièce et à l’étage. L’ extracteur, placé dans la buanderie, est silencieux. L’habillage est facilement démontable pour accéder aux bouches d’aération.

Appoint avec dalle au sol électrique, rarement utilisé mais apprécié lorsque le thermomètre extérieur affiche -10°C.

 Le jardin zen

« C’est un coin de nature que je trouve très ressourçant ». Ici, la propriétaire a recréé un jardin d’inspiration japonaise. Du gravier blanc, des pierres, de l’eau, des plantes

   

Évolution

On a agrandi la maison à la naissance des jumeaux. Passer de 3 à 4 enfants n’est pas anodin. Ce qui était une terrasse au sud a été élevé d’un étage abritant deux chambres. Pour que les nouvelles chambres profitent de la luminosité du salon, la double porte est agrémentée de vitrages qui ont été peints sur commande.

Une piscine est venue compléter la terrasse nord, à l’abri du vent entre deux murs de pierre.