Il m’arrive lors de mes nuits debout de réfléchir à des questions simples, du genre : pourquoi tant de richesses privées accumulées chez quelques-uns et tant de difficultés économiques au quotidien pour le plus grand nombre?

Permettez-moi d’émettre
et de contrôler les ressources monétaires d’un pays
je me moque de celui qui écrit ses lois.
» M.A. Rothschild (1744-1812).

1 % de la population mondiale (soit 75 millions d’individus) détient près de 50 % de la richesse patrimoniale privée accumulée de par le monde*.

Du moins s’agit-il de ce qui est mesurable en terme monétaire. D’autres nombreux aspects de la vie sociale, culturelle et politique du groupe social des très riches ne se traduisent pas en espèces comptabilisables mais contribuent à leur notoriété, à étendre leurs réseaux d’influence et asseoir les pouvoirs de ces détenteurs de l’extrême richesse. Mais on peut se demander ce qu’ « extrême » signifie ? La valeur de l’ISF en France est-elle pertinente ? L’assiette (ce qui est évalué) est-elle juste ? Est-ce, comme aux États-Unis, le « one billion dollars » ?

Cet indicateur, « 1% de la population … détient 50% des richesses… », tout significatif qu’il soit, masque une réalité encore plus sombre. Je veux parler de la face obscure des pouvoirs économiques, de ces masses de capitaux en fonds d’investissement, fonds souverains, fonds de pension et autres holdings de la finance mondialisée, impossibles à cerner avec précision car naviguant aux confins de l’économie financière informelle, voire parallèle**, quand elle n’est pas illégale. Les affaires des LuxLeaks ou des Panama Papers ne sont que des amuse-gueules d’un repas beaucoup plus indigeste ; le temps que vous lisiez cet article, il aura été échangé dans le monde financier numérique l’équivalent de 100 Mds €.

Mon interrogation ne porte pas sur la légitimité de cette insolente richesse : elle est majoritairement acceptée, sinon acquise, par la construction démocratique du pouvoir populaire (une personne = une voix) et la validation des fonctions de la propriété privée comme moyen d’orienter les biens et services inventés, produits et mis sur le marché.

Mon interrogation porte plutôt sur la capacité de cette accumulation privée à permettre, ou pas, la gestation d’un ensemble de réponses efficaces et justes aux difficultés de nos sociétés, et à relever, ou pas, les défis d’aujourd’hui et à venir.

Vers un développement durable, équitable et moralement acceptable

Travail dominé et/ou revenus partagés ?
Économie productiviste et/ou économie circulaire ?
Croissance quantitative et/ou rationalité durable ?
Consumérisme exacerbé et/ou coopération et /ou frugalité ?
Si, demain, ces questions cruciales obligent à repenser la répartition des revenus et des patrimoines selon une proportion plus équitable que le traditionnel éventail misère-pauvreté-situation acceptable-richesse, alors il y aura changement du paradigme de la propriété. Il ne pourra plus être affirmé que la propriété est la raison première de l’investissement, le parangon de l’efficacité économique ou la cause essentielle de la mobilisation des acteurs économiques, voire politiques.

Il ne me parait pas acceptable que la valeur de l’ordre démocratique soit éliminée au profit du seul pouvoir financier. L’équité dans la répartition des revenus est aussi une question de morale.

Au moment où l’ONU envisage d’augmenter le seuil de pauvreté de 33 % soit 2,10 € par jour par personne (c’est énorme, ne trouvez vous pas ? Ha ces pauvres, ils en veulent toujours plus…), ne serait-il pas envisageable que cet organisme délimite un plafond à la richesse « acceptable » ?

Les sociétés démocratiques, assemblées au plan mondial, ne devraient-elles pas négocier un droit international limitatif de l’enrichissement individuel et des sociétés privées ? Bien évidemment, le droit devra être accompagné de la puissance adéquate, juridique et contraignante, pour le faire respecter.

Si un riche banquier du XVIIIème siècle pouvait se gausser des lois (voir citation de M.A. Rothschild), les oligarchies financières du XXIème siècle pourront-elles continuer de se moquer d’une fédération mondiale des états de droit ?

Et vous ? qu’en pensez vous ?

* Données issues des travaux de l’ONU, de l’OCDE et de l’ONG OXFAM. ** le « shadow banking », finance de l’ombre souvent hors du système bancaire est légal mais incontrôlé par les autorités publiques.