UN HONNÊTE HOMME DANS LA MONTAGNE

La voix est grave et sonore, le regard tantôt malicieux, tantôt faussement étonné mais toujours passionné, le geste en accord, le savoir encyclopédique, les explications limpides, soutenues par de solides principes … Le discours part d’un mot, n’importe lequel ….et vous emporte au fil des siècles et des époques, au fil de l’histoire des hommes ou de celle de la Terre, et vous ne pouvez plus l’arrêter… Voilà Jean de Seauve, retraité de l’enseignement depuis 1999, retiré à Champagnac-le-Vieux, un ancien bourg situé à 900 mètres d’altitude, à la jonction haute de la montagne et de la plaine…

De l’histoire à la géologie… Pour lire la suite de l’article, cliquer sur les trois points suivants

L’histoire a été le premier centre d’intérêt de Jean. Une véritable passion, soutenue par une mémoire prodigieuse, une curiosité tous azimuts et un souci constant de comprendre les hommes et les époques. Dans une conversation avec lui, l’histoire pointera toujours le bout de son nez, que ce soit la grande, la petite ou l’histoire religieuse, pour laquelle il a un faible.

Vous apprendrez un tas de choses sur tout, en vous disant toutes les cinq minutes « Ah, ça, il faut que je le retienne !  » ou « Tiens, je n’y avais pas pensé ! ». Car Jean sait rendre l’histoire passionnante, et on comprend pourquoi lorsqu’il déclare, plein de malice « Il a fallu que j’arrive en Fac pour m’endormir à un cours d’histoire ! » Avec lui, en effet, pas de jargon obscur ni de langage d’initié. « J’ai adoré mon métier et j’ai eu la chance de ne jamais enseigner à des élèves qui me ressemblaient. » On comprend : enseigner à des personnes non intéressées a priori a constitué pour lui un défi ravigotant et l’a obligé à rendre l’histoire intéressante.

Mais… quel rapport entre l’histoire et la géologie ? Simple curiosité ?  » Et bien, explique-t-il, qui dit histoire dit homme. Mais comment comprendre les hommes sans comprendre les sols sur lesquels ils vivent ? Et comment comprendre les sols sans la géologie ?  » Jean s’est donc mis assez tôt à la géologie, en autodidacte, et surtout en mettant les mains dans la terre :  » Demandez à un paysan de vous parler d’un de ses champs, il y plongera les mains. Le géologue doit faire la même chose : la géologie se fait sur le terrain ! « 

…en passant par Racine et Mozart

Il n’y a encore pas si longtemps, Jean vous récitait par cœur la totalité de la scène III de l’acte I de Phèdre…

 » Mon cher Racine « , comme il l’appelle,  » est le seul qui puisse dire une chose par les mots, une autre par l’image évoquée et une troisième par la musique ». Et d’enchaîner, en douceur :  » Le jour n’est pas plus pur / que le fond de mon cœur « , les yeux brillants et la main dessinant une vague, mais non sans faire remarquer qu’il s’agit là d’un vers composé uniquement de monosyllabes. Tiré de la scène III. Quant à Mozart, il ne peut plus l’écouter en raison de problèmes auditifs.  » Mozart me remontait le moral quand j’en avais besoin, mais je me suis fait à son absence : la vie à Champagnac compense… « 

Il est vrai que les voisins sont attentifs et discrets et la nature environnante accueillante et reposante. Peut-être même un peu plus que cela : d’un côté, la marée des grands bois sombres et mystérieux qui ondulent vers la Chaise-Dieu ; de l’autre, la grandiose ouverture vers le Cézallier et les Mont-Dore qui s’élèvent à l’horizon par-dessus la Limagne de Brioude : Jean, passionné par le Moyen Age d’un côté, et grand admirateur de l’idéal de l’honnête homme du XVIIème siècle – l’homme ouvert à tout – de l’autre, n’aurait pas pu choisir meilleur point d’observation et de réflexion pour ses vieux jours…

Hubert BRUNEL