Entre Vals près Le Puy et Saint Christophe sur Dolaizon, au bord du chemin de découverte des chibottes – huttes de pierres sèches encore debout après 3000 ans – un nouvel ouvrage en pierre sèche est en cours de réalisation. Les artisans de ce mois d’avril sont  les élèves du collège Georges Sand d’Yssingeaux en CAP Paysager. Objectif de la formation, mettre en valeur une particularité du paysage : les murets séparatifs et de soutènements sont nombreux dans la région, et l’association Ranu raraku particulièrement active pour remettre au goût du jour un savoir faire ancien : la technique ingénieuse de construction en pierre sèche, c’est à dire sans utilisation de liant, est un savoir qui fait partie des métiers d’art rares, alors que des constructions de milliers de kilomètres de long en sillonnent nos campagnes.

Les avantages de la pierre sèche ? ils sont multiples ! 
Les murs et murets en pierre sèche servent de niches écologiques à la faune et la flore.« On a fait l’erreur de transposer l’agriculture extensive des plaines dans les vallées du Massif central, alors que si l’on maintient et que l’on rénove nos murs, murets et taillis, alors on crée de la biodiversité » explique Manuel Duveau, murailler formateur de l’association Rano raraku et lauréat 2014 du prix « Métiers d’art et Patrimoine bâti » au Salon International du Patrimoine Culturel de Paris.
Les terrasses qui  transforment les pentes en gradins presque horizontaux permettent aussi un travail plus aisé des sols et augmentent les surfaces cultivables.
Les murs maintiennent l’humidité coté amont et agissent comme des capteurs solaires coté aval, ils offrent ainsi un plus grand choix de cultures et de la précocité. Ainsi, sur une terrasse orientée au sud, ou à l’intérieur de rares jardins clos de pierres, on peut voir par chez nous, même à des altitudes élevées, des végétaux typiques des régions méditerranéennes.

Franck Delcroix, également murailler formateur de l’association, a travaillé il y a une vingtaine d’années avec Pierre Rabhi, il est donc fortement sensibilisé aux questions environnementales, mais pas seulement. « Les constructions en pierre sèches sont durables. Elles ne consomment pas d’autre énergie que celle du travail manuel. Elles sont réalisées avec les matériaux naturels, trouvés sur place, le plus  souvent de simples pierres des champs. » Précisons que certains de ces ouvrages datent de l’époque romaine. « Ce savoir-faire est classé au patrimoine mondial culturel immatériel  par l’UNESCO. Nous vivons un contexte très favorable à l’essor de la pierre sèche en Haute-Loire actuellement. Quelques communes, encore trop rares, comme Chilhac ou Vals près le Puy ont bien compris l’importance de la conservation de ce patrimoine local et de son savoir faire«
Cette connaissance empirique des anciens répond aux exigences des ingénieurs contemporains. Les murs de soutènement satisfont à une double contrainte toujours d’actualité : prévenir l’érosion des terrains en retenant la terre tout en laissant passer l’eau. Ils font aussi office de coupe-feu.
C’est un savoir spécifique, qui ne fait ni vraiment partie des métiers du bâtiment, ni de ceux du paysage,

Les différentes étapes de construction d’un mur en pierres sèches
Pour chacune des étapes, on commencera par  choisir avec soins les pierres les mieux appropriées, en fonction d’éléments géométriques : la taille, la forme, le fruit…

1- Le curage
C’est la mise à niveau du sol. Pour un mur de soutement, comme la terre à tendance a pousser le mur, on adossera celui ci avec une légère pente (le fruit) .
La surface de portance du mur est décaissée sur une profondeur de 15 cm à l’arrière et  10 cm à l’avant du mur, avec une prise au sol de 80 cm à 1m50 pour un sommet de mur en général inférieur à 60 cm.

2- Les fondations
Elles sont constituées de gros blocs épais et longs

3- Le bâti
Il comprend le parement (la partie visible) et le calage (la partie invisible). Ce doit être un ensemble cohérent avec un ensemble de liaisons en tout sens, une sorte de jeu de tetris tridimensionnel où les pierres sont régulièrement croisées pour assurer la répartition des masses. Ainsi on alterne boutisses et paneresses.
Les boutisses, – pierres qui boutent, qui s’enfoncent dans le mur-  maintiennent la cohésion de l’ouvrage ; leur meilleur côté sert de parement. On les choisit trois fois plus larges que profondes.
Les paneresses, trois fois plus profondes que larges, laissent voir leur longueur et leur hauteur.
On cherchera à obtenir un joint vif, c’est à dire le moins d’espace possible entre les pierres, quitte à utiliser parfois la massette et le têtu pour tailler une pierre récalcitrante, de shistes, de granit, de calcaire, de gneiss, de grès mais ce ne sera pas possible avec le basalte, très dense, qui oblige à travailler l’acuité de l’oeil. Le calage s’effectue aussi avec des pierres de plus petites dimensions.

4- Finition
Le chapeau du mur peut être de pierres plates posées horizontalement (couvertine) ou disposées sur la tranche, le hérissonage.

 

 

 

 

Quand on est une femme

Dans le groupe je remarque deux femmes, et j’ai envie de leur demander comment on s’en sort dans la technique de la pierre sèche quand on est une femme ?
Anne Lise Blaise représente l’ELIPS, École Locale et Itinérante de la Pierre Sèche…, elle me répond que le fait d’être une femme n’est pas un handicap dans ce domaine, d’ailleurs le doyen des muraillers de France est une femme de 75 ans qui continue d’enseigner aujourd’hui. Le manque de force est compensée par la connaissance de l’ergonomie, l’utilisation de techniques appropriées – on manipule des pierres de plus de 150 kg avec un levier, pour les déplacer on les fait tourner… 
et qu’en dit Amandine, élève en CAP Paysager ? « Je trouve ce module intéressant, on apprend que chaque pierre à sa place. A l’école nous avons appris à monter des murs avec des lauzes. Ici, quand c’est trop lourd, on travaille ensemble… » Effectivement, on est rarement seul sur un chantier alors, lorsque que l’on est confronté(e) à une grosse pierre, on s’y met à plusieurs. l’union fait la force.

Stages d’intiation tout public, visites guidées
association Rano raraku
14, Place de la Halle 43000 Le Puy-en-Velay
06 51 54 73 77

 

 

DSC02751DSC02752

DSC02753 DSC02754 DSC02757 DSC02806 DSC02807 DSCF1243 DSCF1247 DSCF1252