Je suis toujours admiratif de l’aisance, de la grâce et de l’efficacité qui se dégagent des gestes économes et précis des travailleur manuels. Ces gens là, quels que soient leurs métiers, sont des créateurs de concret, nos faiseurs de confort, les artistes qui décorent notre environnement ou des personnes qui nous soignent. Pour lire la suite de l’article, cliquer les points suivants 

Il se trouve qu’aujourd’hui cette activité est dévalorisée au profit du travail intellectuel, la noble activité, et donc la mieux rémunérée dans notre société !

Et pourtant ! Qui pourrait prétendre qu’en amont des gestes qui conduisent à une œuvre matérielle, il n’y a pas un raisonnement purement intellectuel sur sa faisabilité, la projection par la pensée de son image et une réflexion organisée sur l’ordre des opérations à engager ! Ensuite seulement, un merveilleux outil, la main, prolonge la pensée.

Dans une société ou un ébéniste gagnerait autant qu’un chirurgien et un maçon autant qu’un enseignant, y aurait-il alors autant de postulants pour des professions dites intellectuelles[1] ? Pour s’en faire une idée, regardons qui sont les soi-disant bricoleurs du week-end.

–         Il y a d’abord nombre d’employés et d’agents de productions, repus d’activités répétitives et de travail en miettes. Ils aspirent à retrouver une fierté et un intérêt pour le travail en réalisant une œuvre complète ; c’est souvent par nécessité économique, mais en contrepartie, c’est généralement un vrai bonheur qui sanctionne le résultat !

–         Il y a ensuite la cohorte des intellectuels, cadres et ingénieurs, enseignants et professeurs, administratifs et chercheurs…  Ils participent à la construction de leur maison, aménagent leur intérieur, cultivent un jardin, travaillent ou sculptent le bois ou la pierre, construisent un bateau, peignent, cuisinent… Occupations de loisirs certes, mais ne sont-elles pas avant tout des activités choisies, bien différentes de celles que les contraintes de la vie leur ont imposées ?

–         Il faut enfin observer les activités manuelles et intellectuelles des retraités, leurs engagements divers et variés, et les talents qu’ils révèlent. Ils sont les dépositaires d’une culture technique et humaine le plus souvent inutilisée par les employeurs et la société ; à quand des emplois de fin de carrière pensés pour les seniors ?

Le choix initial d’une activité relève aujourd’hui moins de goûts, de dispositions et de talents que de la recherche d’un hypothétique statut social ou niveau de revenu que le marché de l’emploi ne garantit plus !

La frontière entre les cols bleus et les cols blancs devient floue. Le chercheur par exemple, profession intellectuelle par excellence, doit savoir aussi réaliser des systèmes pour mener à bien ses expériences et vérifier ses théories (cf.  Georges Charpak et son programme éducatif La main à la pâte). Et sur le plan esthétique , si des mathématiciens admirent la beauté de leurs équations on ne peut pas rester insensible devant des installations industrielles, des réseaux de tuyauteries qui évoquent de mythiques orgues ou le travail d’un conducteur d’engins de travaux publics qui façonne un paysage !

Enfin, qui n’a pas lu ces derniers temps que de talentueux économistes ont pu, pendant des années, professé doctement des théories qui nous ont amenés à la crise ? Le menuisier qui réalise une porte, lui, ne peut pas se tromper sinon la porte ne se ferme pas. Qui est alors celui qui a le mieux anticipé ?…

Plus sérieusement, on peut se demander si toujours plus d’études et un niveau moyen de connaissances intellectuelles constamment croissant, sont une garantie d’employabilité et un passeport pour un métier épanouissant et rémunérateur. Certains sociologues en doutent.[2]

LA



[1] En remarquant au passage,  que pour devenir expert dans chacune de ces disciplines  il faut, en ordre de grandeur, les même temps de formation et d’expérience …

[2] L’intelligence de la main par Marie Duru-Bellat