Il était un village niché au creux d’un vallon, bercé par le murmure du ruisseau tout proche. Si ce n’était le paradis, du moins il y faisait bon vivre, bien à l’abri des vents.

 

Site de traitement des matériaux inertes, contiguë à la déchèterie. En bleu le toit du local où se trouve la déchiqueteuse qui fait tant de bruit : ce local n’est pas fermé sur les côtés. Le déchiquetage du bois devrait être déplacé sur la nouvelle ZA qui arrive à 250 m de nos maisons. Avec cette photo on a une idée du paysage qui nous attend !

 

Après son apogée avec 72 âmes dans les années 1900, le Cros fut presque déserté et sa maison de la Béate s’écroula. Les fées restèrent pourtant à son écoute et toutes les bâtisses revivent aujourd’hui. A mi-chemin entre Monistrol et Sainte-Sigolène, les deux groupes d’habitations qui composent le village abritent entre 25 et 30 personnes sans compter les jardiniers, les prend-l’air et les méditatifs qui s’y rendent régulièrement pour s’adonner à leurs passions.

Cette vie simple est pourtant menacée. Aujourd’hui des tractopelles vrombissent et « bipbipent » à longueur de journée car la déchèterie s’est installée, tout près, dans le dos du village. D’abord discrète, mais grassement nourrie de tous nos déchets, gourmande, ventrue, voilà qu’elle s’étale encore et encore et toujours plus.

A présent on voudrait glisser une ZA entre les deux groupes d’habitations, à moins de 300 mètres en surplomb des maisons. Là, face au Lisieux et à la Madeleine, les arbres agoniseront dans un fracas toujours renouvelé. Bien sûr, il faudra du bois pour alimenter les nouvelles chaudières mais franchement la déchiqueteuse à longueur de journée c’est un bruit insupportable. Combien de litres de gasoil pour aboutir à un chauffage écologique ? La forêt laissera place à quoi au fait ?  Des artisans ?

Il est à craindre que la déchiqueteuse ne s’installe pour toujours. Qu’il faille toujours plus d’espace : des parkings, des routes, des ronds-points, des stations-service, des points de restauration, du goudron.

En tout cas les chevreuils devront changer de promenade, les vers luisants ne pourront concurrencer la lumière crue des lampadaires au garde-à-vous sous une lune pâle et morne.

Et nous dans tout ça ? Rien que d’ égoïstes humains, attachés à leur petite vie tranquille, qui s’opposent au progrès ? Certes non, des femmes et des hommes conscients que le développement est inéluctable, mais pas forcément une industrialisation à outrance. Fiers de leur patrimoine, soucieux d’écologie et décidés à protéger leur environnement, enracinés dans leur petit coin de Haute-Loire, ils ont soif de sérénité et de bien vivre.

par Thérèse Bernard – Habitante du Cros