Travailler autrement, Entreprendre, EPOQUE
Le 10 septembre 2026
Quand j’explique que je travaille dans une entreprise où chacun développe sa propre activité, où nous sommes tous salariés et où les décisions se prennent collectivement, la réaction est presque toujours la même : « Attends… tu es salariée ou bien tu es entrepreneure ? »
La réponse est simple : les deux. Et même davantage, puisque je suis aussi associée de cette entreprise coopérative.
Cette entreprise s’appelle Pollen SCOP. C’est une coopérative d’activité et d’emploi (CAE) implantée entre la Haute-Loire et l’Ardèche. Nous sommes une soixantaine d’entrepreneur·es à y exercer des métiers très différents. Pédologue, artisan, formatrice, consultante, plombier… Nous n’avons pas les mêmes clients, ni les mêmes journées, mais nous partageons une même entreprise et une même conviction : il est possible d’entreprendre autrement.
L’entrepreneuriat n’est pas forcément une épreuve en solitaire
Entreprendre peut faire rêver. Être libre, choisir ses projets, donner du sens à son travail… Mais derrière cette image séduisante se cachent des réalités moins visibles : l’isolement, les démarches administratives, la précarité, ou encore la difficulté à concilier vie personnelle et vie professionnelle.
Les coopératives d’activité et d’emploi proposent une autre voie. Elles permettent de développer sa propre activité tout en bénéficiant de la sécurité du salariat et de la force d’un collectif.
Concrètement, chaque entrepreneur conserve son autonomie : il choisit ses clients, fixe ses tarifs, construit son offre. Mais il n’est plus seul pour gérer son entreprise.
Cette promesse d’accompagnement a convaincu Mariette lorsqu’elle a choisi de changer de vie.
Mariette SCHIFFERER
Formatrice en communication et médiatrice, elle est entrepreneure, salariée de son entreprise au sein de la coopérative Pollen Scoop dont elle est associée.

En 2016, après avoir quitté un emploi salarié exercé dans un fonctionnement déjà très collectif, elle décide, à 50 ans, de se lancer comme formatrice en Communication Non Violente. L’envie est là, mais les doutes aussi. « J’avais peur de la solitude et toute la partie administrative m’inquiétait. J’avais vu un ami perdre un gros client du jour au lendemain et je mesurais la fragilité de l’entrepreneuriat. »
Pollen lui offre alors un cadre pour tester son activité sans brûler les étapes. Pendant deux ans, elle construit progressivement son réseau, affine son offre et trouve ses premiers clients. Aujourd’hui, elle intervient notamment auprès de crèches et de leurs équipes de direction, bien au-delà du territoire où elle vit. « Comme je suis formatrice, mes clients ne sont pas forcément à côté de chez moi. Je vais là où les besoins existent. »

Entrepreneur, salarié… et associé
Le statut peut sembler paradoxal. Pourtant, il repose sur trois dimensions qui se complètent.
Entrepreneur d’abord. Chacun développe son activité à son rythme. Gilles, spécialiste des sols et auteur de plusieurs livres, anime des formations à destination des jardineries tout en continuant à accompagner les agriculteurs et jardiniers dans la compréhension et la gestion de leurs terres. Comme tous les membres de Pollen, il est accompagné dans le développement de son projet, sans jamais perdre son indépendance.
Salarié ensuite. Les entrepreneur·es de la coopérative bénéficient d’un contrat de travail et des droits qui l’accompagnent : protection sociale, retraite, assurance chômage, mutuelle d’entreprise…Cette sécurité change concrètement la vie. Lorsque Maxime est devenu papa en janvier 2026, il a pu prendre un congé parental. Une situation banale pour un salarié… beaucoup moins pour un indépendant.
Associé enfin. À Pollen, une personne égale une voix. Les grandes orientations de la coopérative sont discutées et votées collectivement. Ici, le pouvoir ne dépend pas du capital détenu mais de l’implication de chacun.
Ce fonctionnement demande du temps, de l’écoute et parfois des débats. Mais il crée aussi un fort sentiment d’appartenance. La coopérative n’est pas un prestataire de services : c’est notre entreprise.
Mutualiser pour mieux entreprendre
À Pollen, chacun verse une contribution proportionnelle à son activité. En retour, les entrepreneur·es bénéficient d’un accompagnement personnalisé, d’un service comptabilité et paie, d’outils de gestion, d’un organisme de formation certifié Qualiopi et, surtout, d’une équipe sur laquelle s’appuyer.
Cette mutualisation permet aussi d’aller plus loin. Répondre à un appel d’offres est plus facile lorsque l’on représente collectivement une entreprise de près de trois millions d’euros de chiffre d’affaires que lorsque l’on est seul derrière son ordinateur.
Les plus petites activités bénéficient du même accompagnement que les plus développées. C’est l’un des principes fondateurs de la coopération : la solidarité n’est pas réservée aux plus gros.

Une aventure collective
J’ai moi-même découvert le monde coopératif il y a une dizaine d’années, lorsque j’ai créé un magasin bio en milieu rural : Cœur d’artichaut à Tence, membre de la coopérative GRAP. J’avais moins de trente ans. Je savais que je voulais entreprendre, mais je ne connaissais rien aux coopératives ni à l’entrepreneuriat.
Ce que j’y ai trouvé a dépassé mes attentes.
J’ai appris progressivement à gérer une entreprise. J’ai pu vivre de mon métier tout en déléguant les tâches administratives les plus complexes. Et surtout, j’ai découvert qu’il était possible de prendre des décisions à soixante-dix personnes. Oui, c’est possible.
Aujourd’hui encore, ce magasin emploie trois personnes dans un village de 3 000 habitants. C’est une fierté.
Depuis, j’ai rejoint l’équipe de la coopérative Pollen comme accompagnatrice de projets. Chaque jour, j’accompagne des femmes et des hommes qui souhaitent vivre de leur activité sans renoncer à la sécurité, à la coopération ou au partage.
Leurs métiers sont très différents, mais leurs motivations se ressemblent souvent. Ils veulent entreprendre, bien sûr. Mais ils veulent aussi appartenir à une entreprise qui place la démocratie, la solidarité et l’entraide au cœur de son fonctionnement.
À l’heure où le travail indépendant se développe et où beaucoup cherchent davantage de sens dans leur vie professionnelle, les coopératives d’activité et d’emploi dessinent une autre manière d’entreprendre. Une manière qui ne repose pas sur la compétition mais sur l’entraide et une idée finalement assez simple : on peut construire son propre projet sans avoir à le porter seul.
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TÉMOIGNAGES
Gilles Domenech
Saint Pierre du Champ (43)
Formateur et consultant en cultures sur sols vivants
Terre en Sève, au sein de Pollen Scop

Qu’est-ce qui t’a fait choisir une coopérative plutôt qu’une entreprise individuelle ou une société ?
En ce qui me concerne j’ai été en EURL pendant plus de 10 ans avant de rejoindre la CAE. En 2016 déjà je m’étais posé la question du changement de statut, je me disais que ce statut pourrait alléger la pression administrative et me permettre de rejoindre un réseau d’entrepreneurs. Mais le déclic a été en 2018 lorsque pour des raisons de santé, je n’avais pu m’occuper de renvoyer à temps mon BPF, je me suis alors dit que rejoindre Pollen serait le plus simple pour être dans les clous au niveau de la formation, d’autant qu’à l’époque se mettait en place le datadock pour les organismes de formation et que j’étais en retard sur ma mise en conformité. Mais une fois dans la coopérative, au delà de tous ces avantages d’ordre plutôt administratif, ce qui est riche c’est de faire partie d’un réseau d’entrepreneur.es, d’avoir un.e accompagnant.e à qui parler, de pouvoir partager des pratiques entre formateurs…
Qu’est-ce que tu n’aurais probablement pas tenté si tu avais été seul ?
Depuis 2018, si j’avais été seul, je n’aurais pas répondu à divers appel d’offres, j’aurais probablement dû arrêter mon activité de formateur car les label datadock puis qualiopi m’auraient été inaccessibles à cause d’un administratif trop lourd.
Je n’aurais pas non lancé une activité de ventes en ligne de semences d’engrais qui a été rendue possible par la présence d’un autre semencier au sein de Pollen qui a été à la fois fournisseur des semences et colocataire du local d’ensachage tant que l’activité a été dans Pollen SCOP.
Qu’est-ce qui est parfois plus compliqué dans une coopérative ?
Pour moi le plus compliqué est de devoir avancer tous les frais professionnels avec l’argent familial alors que ces frais sont parfois bien plus élevés que mon salaire mensuel et la coopérative ne consent pas encore à me faire des avances suffisantes en période de forte activité. Un autre point délicat est l’importance de l’accompagnant.e : si ça se passe bien avec lui ou elle c’est une ressource très importante, si ça se passe mal ça peut au contraire plomber la motivation à faire partie de la CAE, heureusement à Pollen il y a plusieurs accompagnants ce qui limite les risques à ce niveau-là !
Maxime Vial
Vals près le Puy (43)
Conseil agricole formations et vente de semences
VIAL PRAIRIES au sein de POLLEN SCOP

J’ai intégré la Coopérative d’Activité et d’Emploi (CAE) POLLEN SCOP en 2019.
Après une première année d’expérimentation dans le cadre d’un CAPE (Contrat d’Appui au Projet d’Entreprise), mon activité s’est révélée suffisamment solide et viable pour s’inscrire dans la durée. J’ai ainsi signé un Contrat d’Entrepreneur Salarié Associé (CESA) en 2020, devenant par la même occasion associé de la coopérative.
Mon activité vise à accompagner les agriculteurs dans le renforcement de la résilience de leurs prairies et de leurs cultures fourragères face aux épisodes de sécheresse. Pour répondre à cet enjeu, je développe une approche globale et complémentaire qui s’articule autour de plusieurs axes : la formation, le conseil, la recherche et développement (R&D), ainsi que la récolte, la production et la commercialisation de semences prairiales.
Le fonctionnement de la coopérative me permet de réunir l’ensemble de ces activités au sein d’une seule entité dénommée VIAL Prairies. Je bénéficie également de l’accompagnement à distance de l’équipe de POLLEN SCOP pour les aspects comptables et stratégiques, ce qui me permet de me consacrer pleinement au développement de mon activité.
Devenir entrepreneur est un parcours complexe
Il nécessite de mobiliser des connaissances dans de nombreux domaines : juridique, fiscal, santé et sécurité, comptabilité, marketing, communication…. Le cadre proposé par POLLEN SCOP, ainsi que l’accompagnement dont je bénéficie, m’ont permis de développer mon activité sereinement, tout en limitant le nombre d’interlocuteurs et en simplifiant la gestion des différentes dimensions de mon activité.
Le Contrat d’Entrepreneur Salarié Associé (CESA) est un statut particulièrement original. Je suis à la fois salarié de POLLEN SCOP en CDI, entrepreneur/responsable du développement de mon activité et associé de la coopérative, dont je détiens des parts sociales.
Mon statut de salarié me permet de bénéficier d’une couverture sociale complète : congés, assurance chômage, retraite, protection en cas de maladie…. Par exemple, en début d’année, je suis devenu papa et j’ai ainsi pu bénéficier de plusieurs semaines de congés liés à la naissance et à la paternité.
En tant qu’entrepreneur, je conserve une réelle autonomie dans le développement de mon activité, dans la mesure où celle-ci doit rester compatible avec les intérêts et la pérennité de la coopérative.
Enfin, mon statut d’associé m’amène à participer activement à la vie et au fonctionnement de POLLEN SCOP. Les décisions collectives sont prises par l’ensemble des associés lors des assemblées générales, selon le principe « une personne = une voix ». En 2024, j’ai été élu membre du Comité Social et Économique (CSE) de la coopérative.
Cette triple dimension constitue pour moi une véritable force du modèle coopératif. La coopérative évolue et se développe grâce à l’implication de chacun de ses associés.
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Posté par Elodie Grand