A l’automne 2025, on m’a demandé d’animer un atelier pour faire face aux propos discriminants.

En effet, à l’heure où les discours haineux s’expriment de plus en plus ouvertement et de façon décomplexée, un groupe de personnes aux pensées progressistes constatait avec effroi leur silenciation face aux propos fascistes. Certains n’osent plus aller au club de foot, pourtant fréquenté depuis des années, parce que leurs co-équipiers ont des propos ouvertement racistes, et qu’ils ne supportent plus de rentrer chez eux avec la culpabilité de n’avoir pas su réagir. D’autres, pour préserver le bon voisinage, laissent passer des remarques queerphobes (anti LBGTQIA+). Nombre d’entre elleux subissent ou sont témoins de sexisme sur leur lieu de travail ou dans la rue et ne savent pas comment réagir. Il leur a donc paru essentiel de se former collectivement pour retrouver leur pouvoir d’agir sans pour autant rompre le dialogue ni se mettre en danger. 

C’est pourquoi, avec l’association L’audacieuse, je propose désormais des espaces d’entrainement, utilisant le jeu et l’intelligence collective pour que se positionner, poser ses limites et/ou venir en soutien deviennent des automatismes. Il s’agit d’ateliers pour muscler sa répartie mais aussi permettre le dialogue et l’échange d’idée en vue de déconstruire des croyances et de ne plus rester coi.te.s face à des situations injustes. Ce sont des espaces pour réfléchir ensemble à des stratégies et s’entrainer à les mettre en œuvre. 

Je ne suis pas experte dans la répartie anti-fasciste. J’offre simplement des espaces pour que l’on progresse ensemble.

Je me sers des outils du Théâtre de l’Opprimé et d’autodéfense verbale pour libérer la parole, faire groupe et réfléchir ensemble à des solutions. 

Après avoir posé un cadre de non jugement, de respect et de confidentialité, nous prenons un temps d’interconnaissance, de mise en mouvement et de partage de situations vécues. Ensuite nous partageons des techniques (respirations, questionnement, répartie) puis nous mettons en situation pour nous entrainer à ces techniques. Chacun.e sélectionne alors les techniques avec lesquelles il/elle/iel est le plus à l’aise et les utilise plusieurs fois pour que ces réactions deviennent des réflexes. En effet, en état de choc le cerveau a trois façons de réagir : attaquer, fuir ou rester figé. L’idée de ces ateliers est d’enrichir la base de données de réactions possibles et de s’entrainer à les mettre en œuvre puisque, comme tout muscle, les chemins neuronaux ont besoin de répétition pour se consolider et s’activer de façon automatique.

Au cours de la dizaine d’ateliers que j’ai animé, j’ai pu constater à quel point il est difficile de poser ses limites. 

Il me semble pourtant que c’est la base pour le respect de nos droits individuels et collectifs. Les « on ne peut plus rien dire », « oh, ca va, c’est de l’humour », « encore une hystérique », « de mon temps on ne se prenait pas autant le chou » ont fait leur œuvre. Au point qu’il en devient fatiguant de simplement dire « non », « ça me blesse », « tes propos/actes sont discriminants et c’est interdit par la loi » parce qu’il faut se justifier ou passer pour un.e rabat joie. Alors un des exercices que je propose souvent est de trouver comment marquer sa limite de façon claire et la faire respecter. L’avantage d’être à plusieurs dans les ateliers c’est que chacun.e partage sa technique : en soupirant, en parlant, en donnant une carte (voir le site tesrelou.fr), en levant les yeux au ciel ou carrément en partant. 

Une très bonne technique que l’on a tendance à oublier est aussi de faire appel au collectif : demander de l’aide aux personnes autour pour argumenter à plusieurs, faire scandale pour dénoncer et renverser le camp de la honte, changer de sujet de conversation en parlant avec autrui ou se mettre à l’abri dans un groupe d’allié.e.es.

Une fois la limite posée il peut être souhaitable de l’expliquer. 

Je dis « peut-être » parce qu’il y a des situations où ça ne sert à rien, parce que l’autre n’est pas à même d’échanger, qu’on peut se fatiguer à argumenter alors qu’on est en état de choc et parfois même se mettre en danger. C’est pourquoi il est important de savoir lire notre état émotionnel et celui de la personne en face pour éviter les échanges stériles/dangereux. Quand les signaux sont au vert, on peut se lancer dans les échanges. 

Dans les mises en situations vécues lors des ateliers, j’ai remarqué l’envie des participant.e.s de convaincre à tout prix, le besoin de faire changer d’avis en un échange. Je rappelle donc souvent que faire société prend du temps, qu’il faut avant tout dialoguer, essayer de se comprendre, trouver ce qui fait commun, créer de l’empathie, et parfois accepter de laisser des points à l’autre sans quoi chacun.e rentre chez soi encore plus convaincu.e de ses idées. Souvenons-nous que les personnes discriminantes le sont de par leur vécu ou par ignorance, par peur de l’inconnu, peur cultivée par certains médias qui ciblent des communautés à longueur de journée généralisant des faits isolés. 

Ainsi, une des stratégies que je recommande est le questionnement, pour pousser la réflexion des gens jusqu’au bout, un peu comme les enfants peuvent faire avec leur « pourquoi ? ». 

muscler sa répartie face aux discours discriminants

Pour cela on peut faire répéter la personne, s’assurer qu’elle soit consciente de ce qu’elle dit et que c’est discriminant, lui demander pourquoi elle dit ça, sur quoi elle se base, qu’est-ce qu’elle a vécu dans sa vie qui la mène à cette réflexion. On peut aussi lui demander comment elle vivrait les choses si elle ou un.e de ses proches était à la place de la personne ciblée, pour susciter de l’empathie. On peut aussi bien sûr apporter des arguments factuels, historiques, chiffrés mais ceux-ci sont difficilement entendues sans une attitude de dialogue. 

Ayant moi-même subi du harcèlement, je sais à quel point réagir à des propos/comportements qui vont contre nous, nos valeurs et celles de la République n’est pas chose aisée, d’autant plus en essayant de garder son calme et en étant à l’écoute, mais je crois à la force de l’entrainement collectif. 

Je crois à la force de l’entrainement collectif. 

PARTICIPER À UN ATELIER

Une date par mois en rotation à Brioude, Le Puy et La Chaise-Dieu. Si vous souhaitez participer, écrivez à asso-laudacieuse@proton.me

POUR RESUMER, face aux discours discriminants :

  • Rester calme
  • Poser ses limites et les faire respecter
  • Se faire aider en sollicitant l’entourage
  • Éventuellement expliquer sa position
  • Créer un échange au lieu d’essayer de faire changer d’avis
  • Questionner

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