Alternatives, Ecolothique, EPOQUE
Le 10 septembre 2026

Après un incendie, l’urgence n’est pas toujours de couper et de replanter.
Nous l’avons appris de nos erreurs. Avant toute intervention, il faut observer ce qui repousse naturellement, évaluer l’état des sols et déterminer quelles espèces sont capables de se régénérer. Une forêt brûlée n’est pas nécessairement une forêt morte : la nature peut parfois reprendre ses droits, à condition qu’on lui en laisse le temps.
Lorsque des plantations sont nécessaires, il importe de ne pas reproduire les modèles fondés sur la monoculture.
Il faudrait privilégier une diversité d’essences, en associant feuillus et résineux, et en tenant compte des caractéristiques du sol et des évolutions attendues du climat. Cette diversification peut renforcer la résilience des forêts, améliorer la qualité des sols et contribuer à maintenir leur humidité. Elle limite également la propagation des maladies, des ravageurs et des incendies.
La reconstitution d’une forêt ne peut pas non plus se réduire à une opération ponctuelle.
Elle doit s’inscrire dans le temps, avec un calendrier de plantations et de suivis réguliers, par exemple à intervalles d’environ cinq ans. Il s’agit de vérifier la reprise des jeunes arbres, d’accompagner la régénération naturelle et d’adapter les interventions aux évolutions du milieu.
Les industriels du bois objecteront qu’une forêt diversifiée est moins performante économiquement.
Leurs équipements sont souvent conçus pour des coupes rases, tandis qu’il est plus simple et plus rentable de gérer des peuplements homogènes que des parcelles composées d’essences variées. Mais cette logique de rendement à court terme pose une question fondamentale : quelle gestion forestière pourra-t-on encore envisager si nous n’avons plus d’arbres capables de résister ?
La mortalité des arbres français a été multipliée par 1,5 à 4 chez les neuf espèces les plus communes, dont le hêtre et l’épicéa commun, entre 2015 et 2023. Selon une étude du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement publiée le 26 juin 2026, les principaux facteurs associés à cette mortalité sont la taille des arbres, la compétition entre les arbres et l’accumulation d’anomalies climatiques.
L’après-incendie est donc l’occasion de repenser notre modèle forestier.
Replanter vite et à l’identique ne suffira pas. Il faut accepter une gestion plus patiente, plus diversifiée et davantage fondée sur l’observation des écosystèmes. La question n’est plus seulement de savoir combien de bois une forêt peut produire, mais quelle forêt nous voulons transmettre aux générations futures.
INQUIETUDES DANS LES ENTREPRISES DU BOIS

« Les massifs forestiers souffrent : stress hydrique, sécheresse à répétition, les arbres meurent sur pied, les bois morts sont attaqués par des insectes… Il va y avoir un problème de récolte car les bois de qualité ne seront plus là. Nous aurons de moins en moins de bois à offrir à la consommation. Cela nécessite une remise en question : comment pérenniser le bois, et pérenniser nos entreprises ? Il nous faut anticiper car la sylviculture se regarde à l’échelle d’une génération, minima 40 ans, et un chêne, pour qu’il arrive à maturité c’est 150 à 200 ans.
Nous entrons dans une nouvelle ère ou il faut gérer la ressource et repenser les modes de sylviculture. Comment ? Je n’ai pas la réponse.«
Sébastien Dursap est fondateur et dirigeant de Wood by D, Wood » comme bois, « D » comme Dursap, qui rassemble 4 activités du bois : scierie, raboterie, négoce, emballage. En 2025, dans un nouveau bâtiment zone de Groumessonne à Yssingeaux, il développe une activité de fabrication de carrelets en chêne, des pièces de bois lamellés collées de haute qualité qu’il vend principalement à des menuiseries. « Nous allons chercher la quintessence de ce que la nature nous propose ».
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Posté par Joëlle Andreys