Alternatives, Associations, LES UNS LES AUTRES
Le 11 septembre 2026
Compostelle, le film avec Alexandra Lamy, met en lumière un jeune délinquant qui part “faire le chemin”, dans l’espoir d’un nouveau départ. (+ lien vers brève compostelle mel) Rassemblant plus d’1,2 millions de spectateurs depuis sa sortie en avril 2026, c’est l’un des plus gros succès de l’année.
Quelques mois plus tard, quel est l’impact de ce succès phénoménal sur les projets de l’association SEUIL qui organise des binômes de marcheurs ? Nous avons rencontré Bernard Belledent, membre du conseil d’administration et Jean-Michel Tony, responsable des marches au départ du Puy-en-Velay.

L’association SEUIL a été fondée par l’écrivain marcheur Bernard Ollivier au début des années 2000 afin d’accompagner des jeunes mineurs en situation d’exclusion vers l’insertion. Comment ? Grâce à la marche sur le chemin de Saint-Jacques. C’est aujourd’hui une réussite exemplaire qui sert de socle à l’histoire du film Compostelle.
Avant la sortie du film de Yann Samuell, l’association connaissait une croissance régulière mais mesurée, depuis, c’est une accélération sans équivalent. Elle reçoit jusqu’à dix candidatures de personnes désireuses de devenir accompagnants chaque jour contre deux auparavant. Et côté jeunes qui souhaitent s’élancer sur le chemin, c’est cent quarante demandes qui ont été reçues en mai. Deux fois plus que ce que l’association avait prévu de réaliser sur l’année entière.
Cette sursollicitation est-elle conjoncturelle ou bien va-t-elle durer ? L’avenir le dira, mais l’équipe sait déjà qu’il lui faut augmenter ses capacités d’accueil avec l’objectif de 10 marches supplémentaires chaque année. Ce sera possible avec l’acquisition d’un second gîte au Puy-en-Velay en 2027 afin de permettre plusieurs départs simultanés.

Des projets d’insertion inédits pour la Haute-Loire
/Si le cœur d’activité de l’association reste la marche, sa mission d’insertion nécessite un travail d’accompagnement qui va au-delà. Ce que l’on appelle dans l’équipe le « post marche ». Une fois le jeune ou la jeune remis sur les rails, comment faire pour qu’il ou elle puisse réellement tracer sa propre route, se former, trouver un emploi et s’engager dans une vie stable ?
C’est en Haute-Loire que cette continuité commence à s’écrire en partenariat avec d’autres acteurs locaux de l’insertion. Le GEIQ Hôtellerie Restauration, le CFA de Bains, l’Umih, l’association La Renouée, l’ADEPAPE 43 entre autres acteurs, sont réunis par SEUIL pour imaginer un centre d’insertion autour des métiers de l’hôtellerie-restauration, à destination plus particulièrement des jeunes filles victimes de violences sexuelles. Si ce projet voit le jour, ce sera au cœur du territoire Cayres-Pradelles, dans une auberge qui accueillera aussi les pèlerins de Saint-Jacques.
La boucle est bouclée ! Insertion, dynamisation du territoire rural, accueil, un cercle vertueux qui pourrait ensuite essaimer dans d’autres départements.

De nouveaux partenaires grâce au film, et après ?
Il s’agit là d’un exemple déjà bien avancé parmi d’autres projets menés tambour battant par Bernard Belledent et ses équipes. Le film Compostelle a permis d’avancer beaucoup plus vite. C’est un outil pour ouvrir les portes, faire connaître les actions de l’association, ses beaux résultats… et ainsi tenter de rallier de nouveaux partenaires.
Si le Rotary du pays de Lignon a remis un chèque de 500 euros à l’association, les jeunes ne sont pas en reste : des élèves de 1ère du Lycée la Chartreuse ont choisi de reverser les bénéfices de leur spectacle de fin d’année à SEUIL. D’autres partenariats sont espérés.
Après la marche, tracer la route de l’emploi
Si le cœur d’activité de l’association reste la marche, sa mission d’insertion nécessite un travail d’accompagnement qui va au-delà : ce que l’équipe nomme le « post-marche ». Une fois le ou la jeune remis sur les rails, comment faire pour qu’il ou elle puisse réellement tracer sa propre route, se former, trouver un emploi et s’engager dans une vie stable ?
C’est en Haute-Loire que cette continuité commence à s’écrire, au cœur du territoire Cayres-Pradelles. Pour concrétiser son projet d’auberge solidaire, SEUIL s’appuie sur un partenariat avec la coopérative Villages Vivants, garantissant une maîtrise foncière éthique et pérenne du lieu.
Face à l’accueil de publics fragiles, l’association avance en toute transparence pour rassurer les habitants et les élus. L’obtention de l’agrément LVA (Lieu de Vie et d’Accueil) auprès du Département permettra d’accueillir des adolescentes venues de tous les départements de France pour les former aux métiers de l’hôtellerie restauration. Une opportunité sur ce carrefour touristique car l’établissement pourra accueillir pèlerins de Saint-Jacques et nombreux randonneurs du territoire qui aujourd’hui ne trouvent pas toujours facilement à se loger tout en dynamisant le territoire.
Autour de SEUIL, le GEIQ Hôtellerie Restauration, le CFA de Bains, l’Umih, la Renouée et l’ADEPAPE 43 sont déjà prêts. Il ne reste plus qu’à valider l’implication des pouvoirs publics _ en écho à l’engagement attendu du Département, la Région est sollicitée sur le volet de la formation professionnelle _ pour faire de cette auberge un modèle national en matière d’impact social et territorial.
Le film va maintenant s’exporter en Europe ; des sorties en Allemagne, en Suisse et en Pologne sont envisagées. Les expérimentations altiligériennes pourraient un jour, qui sait, dépasser les frontières ? Une illustration du pouvoir des histoires sur notre réalité.



Questions à Jean-Michel Tony
Jean Michel TONY Association SEUIL – Responsable Secteur Sud
Quel est votre rôle dans l’association ?
En tant que responsable du suivi des marches éducatives, mon rôle est de faire le lien entre le jeune, son accompagnant, les services de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), les familles et la direction de l’association.
Concrètement, j’anime les stages de préparation et de retour, j’assure un suivi quotidien des binômes pendant toute la durée de la marche, j’interviens lorsque des difficultés surviennent, j’effectue des visites de terrain et je coordonne les échanges avec les partenaires éducatifs. Je participe également à l’évaluation des parcours et à la rédaction des rapports destinés aux magistrats et aux services éducatifs. Mon objectif est de garantir que chaque jeune puisse vivre cette expérience dans un cadre sécurisant, exigeant et porteur de reconstruction.
Quelle a été votre plus belle rencontre jusqu’ici ? Ou votre plus beau souvenir ?
Ce qui me marque le plus, ce ne sont pas des événements spectaculaires, mais les transformations que l’on observe chez certains jeunes.
Je pense notamment à ces adolescents qui arrivent convaincus qu’ils ne sont capables de rien, méfiants envers les adultes, enfermés dans des parcours de rupture. Après trois mois de marche, on les voit repartir plus apaisés, plus confiants et surtout capables de se projeter à nouveau dans l’avenir.
Le plus beau souvenir reste sans doute le moment où un jeune revient quelques mois après sa marche pour raconter qu’il a repris une formation, retrouvé un emploi, renoué avec sa famille ou simplement retrouvé le goût de construire quelque chose. À ce moment-là, on mesure que les milliers de kilomètres parcourus n’ont pas seulement changé un paysage : ils ont ouvert une nouvelle étape dans une vie.
Quel a été pour vous l’impact du film Compostelle sur la vie de l’association ?
Le film Compostelle a offert une visibilité exceptionnelle à l’Association Seuil. Il a permis de faire connaître notre démarche auprès d’un public beaucoup plus large, mais aussi auprès de nombreux professionnels de la protection de l’enfance et de la justice des mineurs qui ne connaissaient pas encore notre dispositif. Depuis sa diffusion, nous constatons une augmentation sensible des sollicitations de la part de nos partenaires sociaux, avec davantage de demandes d’information, de rencontres et de projets.. Cette reconnaissance contribue à renforcer notre crédibilité et nous encourage à poursuivre le développement de notre action.
Parlez-nous des projets de l’association pour la fin 2026 et surtout l’année 2027 ?
L’un des grands enjeux est de consolider notre présence sur le territoire. Nous souhaitons confirmer et développer les ancrages de nos antennes régionales, notamment au Puy-en-Velay, à Lille et à Rennes, afin de renforcer la proximité avec les services de l’ASE, de la PJJ et l’ensemble de nos partenaires.
Parallèlement, l’association mène une réflexion importante autour de l’après-marche. Nous savons que les trois mois d’itinérance constituent un formidable levier de remobilisation, mais nous souhaitons aller plus loin en imaginant des dispositifs capables d’accompagner les jeunes dans la consolidation de leurs acquis après leur retour.
En tant qu’individu ou petite entreprise de Haute-Loire, comment soutenir l’association Seuil concrètement ?
Le soutien de chacun est essentiel.
Association reconnue d’intérêt général, SEUIL peut recevoir des dons ouvrant droit à une réduction fiscale. Ces contributions permettent de financer directement l’accompagnement des jeunes, le matériel nécessaire aux marches, la préparation des séjours ou encore le suivi éducatif réalisé avant, pendant et après la marche.
Les entreprises locales peuvent également choisir de devenir partenaires en soutenant financièrement nos actions ou en relayant notre mission auprès de leurs réseaux.
Chaque don, quel que soit son montant, contribue à offrir à un jeune en grande difficulté une véritable opportunité de reprendre confiance, de retrouver des repères et de construire un nouveau projet de vie.
Chaque personne souhaitant effectuer un don peut se rendre sur le site web assoseuil.org
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Posté par Mathilde GIRAULT