Le Fumoir est une sorte de cabinet de curiositĂ©s. Son initiateur, Bernard Turle, sâamuse Ă donner Ă voir des associations fertiles, graves ou drĂŽles, parfois fumeuses. Des oeuvres Ă©clectiques font. liens avec les histoires un peu foutraques du lieu (on ne spoile pas). Quant Ă lâinstallation.Cochon Charbon, elle joue avec les.variations.de.couleurs.(de peau).entre.sarcasme et facĂ©tie.
ProgrammĂ©e en off du festival dâAuzon, cette expo-installation temporaire vous livre une raison de plus dâaller faire un tour dans la citĂ© mĂ©diĂ©vale du Brivadois cet Ă©tĂ©.
INTERVIEW
STRADA  Bernard Turle, vous avez ouvert une galerie Ă AuzonâŠ
Bernard TURLE Le Fumoir nâest pas une galerie permanente. Chaque annĂ©e, le 1er dimanche dâaoĂ»t, lâassociation AuzonToujours organise Arts dans le village. Des artistes et artisans investissent les rues, les caves, les granges dâAuzon. Le Fumoir est lâun de ces espaces temporaires dâaccueil de la culture. Il sâassocie Ă©galement Ă dâautres activitĂ©s culturelles de la Petite CitĂ© de CaractĂšre. Par exemple, lâinstallation Cochon Charbon sâinscrit comme en « off » du festival dâAuzon 2026 (2 /22 aoĂ»t).
SA DâoĂč vient le nom : Fumoir ?
BT Câest le terme employĂ© dans les actes de propriĂ©tĂ© du lieu. JusquâĂ la fin du  XXe siĂšcle, câĂ©tait un saloir et prĂ©cĂ©demment çâavait Ă©tĂ© un fumoir. On y salait et fumait saucissons et jambons.
SA Le « Cochon » du titre de lâexposition a-t-il un lien avec cela ?
BT Câest lâun des liens, oui. Il en existe dâautres. Jâaime les histoires que racontent les maisons. Or, dans ces murs vivait jadis une dame qui avait une truie, quâelle promenait en laisse [sans rapport avec le PornocratĂšs de FĂ©licien Rops !]. Câest en hommage Ă elle que lâune des premiĂšres expositions du Fumoir, Cochonailles, prĂ©sentait de la charcuterie en laine, exĂ©cutĂ©e par Aiguilles et Pinceaux, un groupe dâAuzonaises qui, Ă leur maniĂšre, perpĂ©tuent une tradition dâactivitĂ© liĂ©e au textile dans les campagnes dâantan : Ă Auzon, câĂ©tait plus spĂ©cialement la passementerie.
Et il y a un troisiĂšme lien : la LĂ©gende du Cochon dâAuzon. Au Moyen-Age, les Anglais assiĂ©gĂšrent la forteresse. Les habitants Ă©taient affamĂ©s. Il ne restait plus quâun cochon. Une bergĂšre proposa de ne pas le tuer mais de lâengraisser avec ce qui restait comme maigre pitance. Ceci fait, on le laissa Ă©chapper. Le voyant dĂ©bouler, rose et dodu, les Anglais sâexclamĂšrent : « Si leurs cochons sont si gras, câest quâils ont de quoi tenir un long siĂšge ! » Et ils dĂ©campĂšrent.
SA Hormis la rime, pourquoi associer charbon et cochon ?
BT Cette annĂ©e, nous ouvrons la cave du Fumoir, doublant la surface dâexposition. Or, cette cave a, par le passĂ©, servi de soute Ă charbon, il en restait des morceaux : ils sont exposĂ©s⊠Lâune des histoires que racontent les maisons des environs, câest celle des mines, dont la Taupe, entre Auzon et Sainte-Florine. Le thĂšme du festival dâAuzon 2026 est « Couleurs, MouvementsâŠÂ ». Jâai tout de suite pensĂ© au noir du charbon. Le noir, pour certains, nâest pas une couleur, pour dâautres il les englobe toutes ; en Occident, il est plutĂŽt nĂ©gatif, ailleurs il peut ĂȘtre signe de puissance, positif. Le noir, comme thĂšme, est dâune richesse infinie. Jâaime la formule de Bachelard : âLe noir est le refuge de la couleurâ. Dâun point de vue artistique, la notion de ânoirâ est inĂ©puisable : le noir est une âcouleurâ profonde comme la roche du promontoire sur lequel est posĂ© notre village mĂ©diĂ©val. Le noir est contour : Ă la Renaissance, il sert de fond Ă des portraits, fait contraste avec la peau rose des modĂšles europĂ©ens.
SA Donc, cochon, charbon⊠que voit-on dans lâinstallation⊠?
BT Câest une sorte de cabinet de curiositĂ©s⊠Des Ćuvres â et de simples âchosesâ â Ă©clectiques qui tournent autour de âCochon Charbonâ. La plasticienne Carla van der Werf, qui travaille sur le passĂ©, la mĂ©moire, la gĂ©ologie⊠montre des fusains et des modelages de mineurs⊠LâItalien devenu arlĂ©sien Federico Dix, qui expose Ă Paris, Venise et Florence, montre des photos oĂč le N/n/oir domine. En hommage aux immigrĂ©s italiens qui sont venus travailler dans les mines du coin, Odile Bat apporte des touches vives avec son interprĂ©tation en laine de la nourriture italienne. Nathalie Titeux a exĂ©cutĂ©, en mĂ©tal de rĂ©cupĂ©ration, un puits et, en picassiette, un cochon (elle a des antĂ©cĂ©dents cĂ©lĂšbres : le cochon est trĂšs prĂ©sent en art depuis longtemps⊠Rops, Koons…).
SA Vous avez expliquĂ© dâoĂč vient le cochon, dâoĂč vient le charbon. Mais oĂč se situe lâarticulation entre les deux ?
BT Le noir et le rose sont deux facettes diffĂ©rentes dâune mĂȘme rĂ©alitĂ©. Nâ oublions pas les cochons noirs⊠les sangliers⊠Pour un festival que jâorganisais dans le Midi, jâai Ă©crit le livret dâun spectacle intitulĂ© Rose-NĂšgre sur lâĂ©popĂ©e de la musique noire amĂ©ricaine, avec des musiques de Roland SeilhĂšs. Lâinstallation poursuit donc en quelque sorte un travail entamĂ© plus tĂŽt sur les variations des couleurs de peau. Les Indiens ne parlent pas de nous comme des Blancs, ils disent : Roses. Pour Cochon Charbon, lâarticulation a jailli dâune image. Le mineur a Ă©tĂ© victime, on en a aussi fait un hĂ©ros. On trouve dans les greniers des pays miniers de vieilles cartes postales en couleurs, Ă©ditĂ©es autrefois Ă lâoccasion de la Sainte Barbe, patronne des mineurs. Ce sont manifestement des mannequins qui prennent la pose, le visage bien rose. Ces images contrastent fortement avec les reprĂ©sentations de mineurs entassĂ©s dans lâascenseur ou pliĂ©s en deux, pioche Ă la main, couverts de poussiĂšres noires (sans parler des trieuses, souvent oubliĂ©es par lâhistoire officielle des mines). Leurs visages mâont fait penser au blackface, la tradition théùtrale qui voulait quâun comĂ©dien blanc se grime en Noir. A sa maniĂšre, le mineur est un blackface. Et aussi esclave que le Noir de la colonisation. VoilĂ dâoĂč vient le souhait dâassocier cochon et charbon : on aurait pu choisir comme titre âla chair et le charbonâ ou âle rose et le noirâ.
SA Le Fumoir a beau ĂȘtre un espace modeste et temporaire, il rĂ©sonne dâassociations multiples et fertiles…
BT Comme un cerveau, un univers contradictoire et mystĂ©rieux mais savamment organisé ! Et avec lâouverture de la cave, il approche peut-ĂȘtre dâune vĂ©ritĂ© profonde : celle de lâesprit du lieu ? Lâesprit dâAuzon ? »
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5 gravure gardien de cochons fin XIXe et morceau de charbon (mine de Charbonnier)
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L’objet du dĂ©lit : pelle Ă charbon de mineur oreille de cochon (d’oĂč, en partie, le titre de l’expo-installation)
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mix cochon charbon : affiche I970, modelage Carla van der Werf, saucisson au crochet, porc en terre cuite, cartes postales Sainte-Barbe Ă la gloire du mineur (2e moitiĂ© XXe)Â
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modelage Carla van der Werf in situ
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trompe-l’oeil Carla van der Werf – Roche d’Auzon
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modelage Carla van der Werf in situ 2Â
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Federico Dix, Procession San Lazaro E, Rincon, La Havane, Cuba, pĂšlerin, photo support fluide grand format, dĂ©cembre 20I4Â
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Nathalie et François Titeux, Puits de mine, ferraille
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 La Basse-cour, huile sur bois, XIXe, et boulet de charbon
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Ventricules rose et noirÂ
100×50 cm
Pouf et charbon (30 kg, remonté de 600m sous terre, puits Bayard La Combelle)