Alternatives, Ecolothique, EPOQUE
Le 14 octobre 2025
Forêts, un parcours de résilience
Sur les pentes de la Madeleine, entre Retournac et Beauzac, une poignée d’amateurs éclairés auscultent leur forêt. Claude, Gaspard, François, Gilles, Carl, Noémie et Jacques sont des membres de l’association Forêts des Sucs. Ce groupement yssingelais milite pour une sylviculture alternative.
Ils ont débardé eux-mêmes cette parcelle difficile de monoculture de douglas
Ils ont débardé avec leurs petits bras, parfois un Unimog des années 50, un cheval de trait, ou une brouette à chenille prêtée par des adhérents. L’association souhaite démontrer qu’on peut transformer un désert biologique en forêt diversifiée, résiliente, en utilisant des méthodes de sylviculture ‘douces’.
« La plantation était très serrée et rien ne poussait sous les douglas. Nous avons terminé avec une période charnière d’éclaircissement, et maintenant ça commence à pousser… »
Association Forêts des Sucs
Aujourd’hui, le petit groupe est venu constater la régénération et inventorier, plein d’espoir, la forêt renaissante.
Forêts des Sucs a identifié les arbres à couper pour laisser de la place et permettre à d’autres de croitre. Ils ont conservé quelques spécimens plus faibles pour concentrer les parasites et les champignons. Ils ont été attentifs à la mixité des espèces et des âges.
Pendant 3 ans, les défenseurs des bois ont prélevé précautionneusement 30 m3, soit environ 20 % des arbres existants. Un ratio qui semble gagnant.

Le soleil entre dans le sous bois. Quelques genêts et ronces sont présents, ils favorisent le développement d’autres végétaux en les protégeant au début de leur croissance. Des dizaines d’essences nouvelles sont apparues naturellement : frênes, sureaux, houx, peupliers, érables champêtres, chênes, bouleaux, alisiers blancs, saules marsault, noisetiers, merisiers… : une diversité extrêmement encourageante. Même les oiseaux ont réinvesti ces lieux qu’ils avaient désertés. Leur chant joyeux est en phase avec l’humeur des visiteurs.


Pourquoi planter du douglas en monoculture est une erreur ?
Cette parcelle qu’un sympathisant a donnée à l’association est un bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire en matière de plantation. En l’occurence de la monoculture de pin Douglas, une plaie pour le sol, on va vous expliquer pourquoi.
Les avantages d’abord. Le douglas était l’essence à la mode dans les années 80. Il a la qualité de pousser vite et sans entretien. De plus, son coeur, de couleur rouge, répond à la norme de classe III, c’est à dire qu’il présente un degré de résistance naturelle et durabilité bien apprécié en construction.
Mais à l’état juvénile, le douglas ne résiste pas aux champignons et aux insectes, Il faut être patient avec lui… Un autre handicap du douglas, et des résineux en général, c’est qu’il épuise le sol sur lequel il croît, notamment quand il se présente en monoculture. Généralement, les forêts de douglas sont abattues lorsqu’elles atteignent environ 50 ans, alors qu’elles n’ont pas eu le temps de rendre au sol ce qu’elles y ont puisé. Au contraire, elles ont produit une litière d’aiguilles acidifiantes qui résiste à la décomposition, altère la vie organique du sol, et perturbe le cycle de génération d’humus. Or, sous nos latitudes, il faut 7 siècles pour obtenir 15 à 20 cm de terre à partir d’une roche nue. Et sans terre, pas de forêt.
Enfin, le douglas est gourmand en eau, donc pas adapté au changement de climat.
« Il faut diversifier les essences et proscrire les coupes rases qui détruisent le biotope et participent à l’érosion du sol »
Forêts des Sucs
Les douglas de la forêt de la Madeleine, oubliés pendant 40 ans, ont poussé très haut, mais très serrés. Du coup les fûts sont étroits, peu intéressants à l’usage. Certains mesuraient « jusqu’à 40 mètres de haut mais avec un diamètre de seulement 10 cm ». Comme des asperges.
Voici la liste non exhaustive des arbres et autres plantes recensées lors de cette sortie par Gaspard Vernet et Gilles Joly
- Arbres : douglas (essence principale issue de la plantation et maintenant de la régénération naturelle), frênes (seconde essence sur site), Sureaux noirs, houx, peupliers, érables champêtres, chênes, jeunes Hêtres, alisiers blancs, Sorbier des oiseleurs, Saules Marsault, noisetiers…
- Autres plantes : fusain, digitale, genêts à balais, ronces, chardons, orties, gaillet gratteron, Alliaires, Herbe de Saint Benoît (Benoîte = Geum urbanum), thé d’Europe (Véronique officinale), Clématite sauvage (Clematis vitalba), églantiers, Chèvrefeuille ligneux (Camerisier à balais) dont les baies, toxiques, ressemblent à celles (comestibles mais fades du Ribes alpinum (groseilles sauvages), Troène commun, framboisiers…







La réalisation de trouées lumineuses récentes montre les végétaux en début d’installation depuis la strate herbacée. Des résineux aux troncs élancés dépourvus de branches sur une bonne hauteur sont le signe d’une croissance serrée (d’où élagage naturel), et maintenant dégagés.
Une autre photo ci dessus montre des arbustes pionniers : Noisetier, Saule Marsault, parfois Sureau noir, Sorbier des oiseleurs, etc. Ils sont déjà âgés. Les résineux ont encore des branches basses, signe d’une clairière de longue date, ou bien des restes de la dynamique de reconquête forestière.
La roche-mère à nu est exposée aux facteurs climatiques qui la fragmentent plus ou moins vite, superficiellement, voire profondément. Elle devient support des fines particules de poussières et de vie (algues unicellulaires, spores divers, pollens). Les diverses espèces de Lichens incrustés sont le début d’un humus, puis de mousses. L’humus grossit au fil des apports jusqu’à favoriser le début d’un sol. Il évolue avec la végétation, toute la biologie riche d’un sol, d’un biotope, d’un écosystème.
La végétation s’étage depuis ces espèces pionnières, puis herbacées, buissonnantes, arbustives, arborées, jusqu’à un stade plus ou moins dense dit « climax ». Une harmonisation « stable » s’installe entre les espèces (ici peut-être celui de la « Hêtraie-Sapinière ») sauf évènement provoquant une clairière, voire un retour au stade minéral. Le cycle recommence si les conditions le permettent. Cette évolution, de la roche mère à un sol de forêt (suffisant en épaisseur soit quinze à vingt cm), peut prendre environ 7 siècles sous nos climats tempérés ( dans le cas d’un sol horizontal favorisant la sédimentation).
Le respect des sols devrait rester présent dans les esprits, particulièrement dans toutes les activités érosives: vigilance sur les écoulements des eaux, travaux avec gros engins tassant les sols ou les ravinant, les ébats motorisés dits « nature » très ravageurs et autres loisirs irresponsables, au regard de cette conscience de la Vie dont nous dépendons. Gilles Joly et Gaspard Vernay, pour l’association Forêts des Sucs
Rejoindre une sylviculture douce
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Posté par Strada Muse