Nous avons des gros a-priori sur les ânes. Ils seraient têtus et stupides. Il n’en n’est rien, affirme Nicolas, ânier sur les hauteurs de Saint Julien-Chapteuil, les ânes sont des animaux très fins, très intelligents, et ils savent s’adapter à des personnes différentes. La preuve ? Depuis des millénaires ils portent bravement des marchandises sur leur dos, et depuis peu, avec l’engouement croissant pour la randonnée (le récit de Robert-Louis Stevenson de son voyage dans les Cévennes avec l’ânesse Modestine continue de faire des émules, 130 ans plus tard), les ânes transportent les bagages de randonneurs, les accompagnant de leur présence placide sur le chemin mythique du Stevenson. 

Le mouvement qui pose

On marche pour faire une pause, penser, respirer, découvrir de nouveaux paysages, se reconnecter à soi ou à ses compagnons de voyage. En solo, en duo ou en famille, qu’est ce que ça apporte de plus de partir avec un âne ? 

En fait, c’est assez bluffant comme la présence d’un âne change la dynamique. Les sacs ne sont plus un sujet, le rythme devient plus régulier, plus lent, mais surtout la relation prend une place importante. Les personnes qui reviennent de randonnée parlent de moment de partage et même de communion ; il n’est pas rare qu’elles aient la larme à l’oeil avant de quitter leur complice de quelques jours. Certaines sont fières d’avoir relevé un défi, d’avoir vécu une aventure qui les a fait sortir de leur confort. Pour d’autres, c’est carrément thérapeutique ; en rupture, en burn-out, dans des histoires compliquées, traversant une crise…  elles ont retrouvé leur centre.

Des familles reviennent plus soudées ; elles ont partagé des moments forts, et l’animal a fait figure de tiers symbolique qui a facilité les relations. 

Quand le lien est créé, plus besoin de l’attacher à la pause, l’âne fait la sieste avec les randonneurs…

L’âne est une éponge émotionnelle

Nicolas, avant qu’on lui donne deux ânes qu’il n’attendait pas, était plutôt un homme de cheval, comme son père, voltigeur et dresseur. Ces nouveaux quadripèdes apparus dans sa vie l’ont rapidement conquis. 

« Un âne, c’est un enfant de 6 ou 7 ans évolué. Il a une mémoire phénoménale et sait entrer en relation. On dit du cheval que c’est une éponge émotionnelle, mais l’âne l’est dix fois plus« . Comment ça se traduit ? L’âne est comme un reflet de nous : « Si tu es stressé.e, ou perturbé.e, tu n’en feras rien. Quand il se bloque, qu’il ne veut plus bouger, ce n’est pas parce qu’il est têtu, c’est qu’il cherche à te comprendre.

En clair : « L’âne a besoin d’un cadre clair, sans violence. D’être rassuré sans tomber dans la guimauve. » Nicolas joint le geste à la parole : il mime les plateaux d’une balance ; « Il faut trouver le juste milieu.Travailler avec un âne c’est une thérapie en fait…  » 

Cet homme sait de quoi il parle, il est moniteur-éducateur, c’est un professionnel de la relation. 

Et Peggy, sa compagne, est de la même eau.  » L’accueil et les animaux, c’est notre boussole à tous les deux ».

Nicolas et Peggy

L’Âne n’est pas une application téléphonique

Au lieu de faire partir leurs randonneurs depuis le parking du Monastier-sur-Gazeille, au début du Stevenson, Nicolas et Peggy insistent pour qu’ils viennent la veille du départ dans leur ferme, où ils dormiront une nuit dans la roulotte ou sous tente. Ainsi, ils prennent le temps de mettre les gens à l’aise, tranquilles. Ils font connaissance, transmettent des astuces qui faciliteront l’aventure… et cassent les stéréotypes sur les ânes. (Non, on ne tire pas pour faire avancer son âne ! On se pause, on se détend, et si besoin on le pousse délicatement.)

On apprend à faire les soins, à panser, à prendre les pieds, à bâter correctement. On finit par une petite randonnée où on expérimente la traversée d’un ruisseau, les descentes, le positionnement sur la route… 

Il ne s’agit pas de vendre une prestation mais d’offrir une belle histoire dans laquelle l’âne sera respecté. « Pas question de vendre des bons cadeaux, d’autoriser une randonnée-surprise..  Je ne veux pas faire subir ça à un âne ! s’insurge Nicolas. Au contraire, il fait le maximum pour que ses clients entrent en relation avec leur âne. Chacun a son tempérament. « Un animal ce n’est pas une application téléphonique, tu vois ce que je veux dire… »

Au retour, même topo, Nicolas et Peggy prennent le temps du debriefing. Des amitiés se nouent parfois, des liens qui durent. 

La vie d’ânier à TATâNE

Toujours moniteur-éducateur, Nicolas garde de la disponibilité pour son activité saisonnière, une micro entreprise du nom de TATÂNE. 

De ces deux premiers ânes, Nicolas a beaucoup appris. De ses collègues âniers aussi. Il s’est tourné vers ceux qui travaillent sur le chemin de Stevenson, par curiosité, et dans l’idée au départ, de se faire un peu d’argent de poche. Plus collègues que concurrents, les âniers l’ont magnifiquement accueillis et lui ont transmis leurs savoirs. Ils travaillent ensemble de façon associative pour améliorer l’accueil de l’âne sur le Stevenson, former les nouveaux hébergeurs, réparer les parcs communaux… Ses premiers ânes sont devenus des compagnons de randonnée fiables, rejoints par une quinzaine d’autres. « J’ai appris énormément de choses : à retaper ma maison grâce aux conseils d’un ancien, la mécanique aussi… J‘installe des clôtures, je monte à cheval, je ferre les ânes…« 

Peggy était directrice d’un centre d’accueil, elle a pris un travail de maraichère dans une petite exploitation dans le Meygal.

Elle aime aussi préparer des produits naturels de soins de beauté  pour tous, les clients de la chambre et table d’hôte mais surtout pour les ânes ! Elle crée des baumes à base de cire d’abeille, d’huile, de macérats de plantes qui soignent leurs petits bobos, et éloignent les mouches.

Elle gère la location de la roulotte – dans laquelle ils ont habité pendant 3 ans avant d’aménager la ferme –  prépare les petits déjeuners et participe à l’accueil. Comme leur fils, 8 ans, elle participe à la vie avec le troupeau d’âne, les soins, le changements de pré.. Ils connaissent tous les chemins autour, les raccourcis par les merveilleuses gorges de la Gagne et de l’Aubépin… 

Quand se finit la saison des randos, les ânes partent débroussailler les berges du Rhône vers Montélimar avec le troupeau d’une amie paysanne de Saint Front, Emilie Ducroux.

La petite famille s’octroie quelques jours de vacances bien méritées, vont visiter leurs nouveaux amis, mais a plaisir à rentrer chez elle .  » On est bien chez nous ! Chaque jour on admire le paysage, on savoure la bonne énergie de cette maison, qui est restée une ferme. On ne travaille pas beaucoup à l’extérieur, on prend le temps d’apprendre à faire les choses soi-même. On aime notre mode de vie simple, une chouette vie qui nous correspond. »

Ce qui nous anime c’est que les gens se sentent bien ici,  sans chichi, dans la plus grande simplicité.

ATÂNE

Location d’ânes bâtés d’avril à octobre à partir d’une journée, en été 5 jours minimum. sur le dhemin de Stevenson et des variantes plus tranquilles par La Régordane ou le GR 72 . Il existe également des boucles au départ de la ferme dans le Meygal, le Mezenc et le Gerbier de jonc. 06 81 28 49 10

Chaque jour on se dit :  Quelle vue  ! Comme on est bien ! Quelle bonne énergie dans cette maison !

AUTRES LOUEURS d’ÂNES www.chemin-stevenson.org/louer-un-ane/

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