Du 05 août 2026 au 05 août 2026

Est-ce que nous allons manger demain ?

Stéphane Linou a la bonne humeur contagieuse et un sourire de bon vivant. Et pour cause ! Il est un des pionniers du mouvement locavore en France. Mais s’il prône la relocalisation de la production et de la consommation, ce n’est pas (seulement) pour se régaler et valoriser l’art français de bien manger. Au cœur de sa démarche, une analyse des enjeux de sécurités que contient la plus vieille question du monde : est-ce que nous allons manger demain ?

Entretien avec Chloé Landriot, pour les Résiliateurs.

Tu as une drôle de manière de faire passer ton message : tu proposes aux gens d’organiser des défis locavores ! Peux-tu nous expliquer en quoi ça consiste ?

Stéphane Linou : C’est un stress test. On imagine un confinement de 51 km autour de l’assiette, et dans ce rayon-là, on doit réaliser un repas de fête local, chic (très bien présenté) et pas cher (moins de 9,50 euros par personne, pour les ingrédients). Et moi, j’arrive avec le pinard ! Pour les plus exigeants, je propose la version COP21, qui ajoute la contrainte carbone à ce défi. Il s’agit de rester en-dessous d’1,2kg d’éq.CO2 par personne.

On dirait que c’est bon pour la santé du territoire, des gens et du porte-monnaie ! Mais quel rapport avec la sécurité ?

Stéphane Linou : Nous avons inventé l’agriculture et les villages au Néolithique et nous avons organisé nos vies autour de la recherche de sécurité alimentaire. Des siècles durant, la majorité de notre alimentation a été produite localement. Mais de nos jours, nos territoires sont sous perfusion, ravitaillés par le ballet des camions. Avoir des producteurs locaux est notre assurance-vie en cas de rupture d’approvisionnement. Nous l’avons vu au moment du Covid : nous nous sommes tournés vers eux, car quand nous sommes en insécurité, nous nous tournons vers les repères locaux qui (r)assurent.

Une rupture de l’approvisionnement alimentaire, ça risque vraiment d’arriver ? Même chez nous ?

Stéphane Linou : Oui, c’est ce que j’avais imaginé en 2008 lorsque j’ai lancé le mouvement locavore en France. J’avais alors fait le pari de ne me nourrir pendant 1 an que dans un rayon de 150 km autour de mon assiette. À l’époque, je m’étais basé sur l’hypothèse d’une pandémie grippale qui bloque les chaînes d’approvisionnement… Mais d’autres causes que j’évoque dans mon livre-enquête (comme des cyber-attaques sur la chaîne logistique) peuvent faire cesser le ravitaillement. Même chez nous, cela peut arriver : à l’heure actuelle, le rural est incapable de nourrir les ruraux. Les territoires se sont trop spécialisés.

On emploie de plus en plus l’expression « résilience alimentaire ». Peux-tu nous expliquer quels sont, selon toi, les critères qui définiraient un territoire alimentairement résilient ?

Stéphane Linou : Pour l’instant, un tel territoire n’existe pas. Il faudrait une production en quantité suffisante, diversifiée, associée aux outils de transformation, avec des acteurs locaux (restauration collective, entreprises, particuliers, distribution) qui flèchent leur consommation. Il faut que les gens cuisinent, qu’ils aient un minimum de stock chez eux. Il faut qu’ils soient conscients et préparés. La résilience, c’est la souveraineté alimentaire ajoutée à la préparation des populations.

 

Cette question a-t-elle de l’écho auprès des élus locaux ? As-tu déjà vu mettre en place des actions ou des outils qui favorisent la sécurité des populations sur le plan alimentaire, à court, moyen ou long terme ?

Stéphane Linou : Cela fait vingt ans que j’en parle et que je conseille les élus et les techniciens. Mais depuis le Covid, les oreilles se tendent davantage. Par l’intermédiaire de l’Institut Supérieur des Elus, je donne des formations qui sont de plus en plus demandées, visant à inscrire le risque de rupture d’approvisionnement alimentaire dans les Plans Communaux de Sauvegarde. Au printemps dernier, la commune de Biriatou (dans les Pyrénées Atlantiques) a été la première commune de France à le faire. Autre nouveauté : je suis maintenant sollicité pour aider à intégrer ce risque dans les PAT (Projets Alimentaires Territoriaux).

 

 

 


Voici comme promis dans le magazine la vidéo qui explique les défis locavore en moins de 5 minutes !


Stéphane Linou animera une formation pour les élus des communes de Saint Germain Laprade, Lapte et quelques autres communes de Haute-Loire début janvier.

CONFÉRENCE GRAND PUBLIC

Résilience alimentaire et sécurité nationale, sommes nous prêts à une pénurie alimentaire sur le territoire ?

Le 10 janvier 2022 à 18h30, Maison Pour Tous de Chadrac


Défi locavore

Le 7 janvier : le restaurant municipal de Saint-Germain Laprade proposera un menu du 100 % local, pour 300 personnes.


TOUR DE FRANCE Locavore, un repas local, chic et pas cher

Le défi locavore :

 – Se fournir dans un rayon de 51 km,

– Réaliser 3 plats bien soignés et, si possible, originaux,

– Démontrer que cela coûte moins de 9,50 euros par personne,

– Communiquer la préparation des plats, les coûts et les noms des paysans-nourriciers concernés,

– Calculer le coût carbone du repas (le calculateur vous sera fourni).

Ce sera le dimanche 9 janvier 2022.

Pour participer : 06 68 35 00 74 avant le 20 décembre.

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AQUARELLE EN PLEINE NATURE : 3 jours de création autour de Saint-Front

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AQUARELLE EN PLEINE NATURE : 3 jours de création autour de Saint-Front

🎨 Stage aquarelle en plein air avec Laurent Berset : 3 jours pour respirer, créer, s’émerveiller

Et si vous preniez enfin le temps… de ralentir, d’observer, et de peindre la beauté des paysages de Haute-Loire ?

Cet été, Laurent Berset vous propose un stage d’aquarelle en extérieur, accessible à tous les niveaux, dans un cadre naturel inspirant autour de Saint-Front, à seulement 30 minutes du Puy-en-Velay.

Pendant 3 jours, vous apprendrez à capturer l’instant :
Croquis, carnet de voyage, composition, aquarelle, encre, ou contenu hybride.

Le programme :
8h : rendez-vous au point de départ
8h30 – 12h : croquis et aquarelle sur site
pique-nique sur place (repas à votre charge)
13h30 – 17h30 : reprise sur place ou changement de décor

Et si le temps se gâte : un atelier abrité permettra de continuer à créer.

À partir de 90€/jour (soit 270€ les 3 jours)
Minimum 8 personnes – sans pension complète

Prix pour l’accompagnement et l’enseignement, repas à votre charge. (Pique-nique 😉

📅 Dates au choix :
➡️ 4-5-6 juillet
➡️ 7-8-9 août

📞 Infos / inscriptions : 06 72 77 38 26
🌐 Plus d’infos : www.aquarelle-expedition.com

SAINT FRONT (43) De 08:00 à 17:30

Cochon charbon au fumoir

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Du 02 août 2026 au 23 août 2026

Expositions

Cochon charbon au fumoir

Le Fumoir est une sorte de cabinet de curiosités. Son initiateur, Bernard Turle, s’amuse à donner à voir des associations fertiles, graves ou drôles, parfois fumeuses. Des oeuvres éclectiques font. liens avec les histoires un peu foutraques du lieu (on ne spoile pas). Quant à l’installation.Cochon Charbon, elle joue avec les.variations.de.couleurs.(de peau).entre.sarcasme et facétie.

Programmée en off du festival d’Auzon, cette expo-installation temporaire vous livre une raison de plus d’aller faire un tour dans la cité médiévale du Brivadois cet été.

 


INTERVIEW

STRADA   Bernard Turle, vous avez ouvert une galerie à Auzon…

Bernard TURLE  Le Fumoir n’est pas une galerie permanente. Chaque année, le 1er dimanche d’août, l’association AuzonToujours organise Arts dans le village. Des artistes et artisans investissent les rues, les caves, les granges d’Auzon. Le Fumoir est l’un de ces espaces temporaires d’accueil de la culture. Il s’associe également à d’autres activités culturelles de la Petite Cité de Caractère. Par exemple, l’installation Cochon Charbon s’inscrit comme en « off » du festival d’Auzon 2026 (2 /22 août).

SA D’où vient le nom : Fumoir ?

BT C’est le terme employé dans les actes de propriété du lieu. Jusqu’à la fin du  XXe siècle, c’était un saloir et précédemment ç’avait été un fumoir. On y salait et fumait saucissons et jambons.

SA Le « Cochon » du titre de l’exposition a-t-il un lien avec cela ?

BT C’est l’un des liens, oui. Il en existe d’autres. J’aime les histoires que racontent les maisons. Or, dans ces murs vivait jadis une dame qui avait une truie, qu’elle promenait en laisse [sans rapport avec le Pornocratès de Félicien Rops !]. C’est en hommage à elle que l’une des premières expositions du Fumoir, Cochonailles, présentait de la charcuterie en laine, exécutée par Aiguilles et Pinceaux, un groupe d’Auzonaises qui, à leur manière, perpétuent une tradition d’activité liée au textile dans les campagnes d’antan : à Auzon, c’était plus spécialement la passementerie.

Et il y a un troisième lien : la Légende du Cochon d’Auzon. Au Moyen-Age, les Anglais assiégèrent la forteresse. Les habitants étaient affamés. Il ne restait plus qu’un cochon. Une bergère proposa de ne pas le tuer mais de l’engraisser avec ce qui restait comme maigre pitance. Ceci fait, on le laissa échapper. Le voyant débouler, rose et dodu, les Anglais s’exclamèrent : « Si leurs cochons sont si gras, c’est qu’ils ont de quoi tenir un long siège ! » Et ils décampèrent.

SA Hormis la rime, pourquoi associer charbon et cochon ?

BT Cette année, nous ouvrons la cave du Fumoir, doublant la surface d’exposition. Or, cette cave a, par le passé, servi de soute à charbon, il en restait des morceaux : ils sont exposés… L’une des histoires que racontent les maisons des environs, c’est celle des mines, dont la Taupe, entre Auzon et Sainte-Florine. Le thème du festival d’Auzon 2026 est « Couleurs, Mouvements… ». J’ai tout de suite pensé au noir du charbon. Le noir, pour certains, n’est pas une couleur, pour d’autres il les englobe toutes ; en Occident, il est plutôt négatif, ailleurs il peut être signe de puissance, positif. Le noir, comme thème, est d’une richesse infinie. J’aime la formule de Bachelard : ‘Le noir est le refuge de la couleur’. D’un point de vue artistique, la notion de ‘noir’ est inépuisable : le noir est une ‘couleur’ profonde comme la roche du promontoire sur lequel est posé notre village médiéval. Le noir est contour : à la Renaissance, il sert de fond à des portraits, fait contraste avec la peau rose des modèles européens.

SA Donc, cochon, charbon… que voit-on dans l’installation… ?

BT C’est une sorte de cabinet de curiosités… Des œuvres – et de simples ‘choses’ – éclectiques qui tournent autour de ‘Cochon Charbon’. La plasticienne Carla van der Werf, qui travaille sur le passé, la mémoire, la géologie… montre des fusains et des modelages de mineurs… L’Italien devenu arlésien Federico Dix, qui expose à Paris, Venise et Florence, montre des photos où le N/n/oir domine. En hommage aux immigrés italiens qui sont venus travailler dans les mines du coin, Odile Bat apporte des touches vives avec son interprétation en laine de la nourriture italienne. Nathalie Titeux a exécuté, en métal de récupération, un puits et, en picassiette, un cochon (elle a des antécédents célèbres : le cochon est très présent en art depuis longtemps… Rops, Koons…).

SA Vous avez expliqué d’où vient le cochon, d’où vient le charbon. Mais où se situe l’articulation entre les deux ?

BT Le noir et le rose sont deux facettes différentes d’une même réalité. N’ oublions pas les cochons noirs… les sangliers… Pour un festival que j’organisais dans le Midi, j’ai écrit le livret d’un spectacle intitulé Rose-Nègre sur l’épopée de la musique noire américaine, avec des musiques de Roland Seilhès. L’installation poursuit donc en quelque sorte un travail entamé plus tôt sur les variations des couleurs de peau. Les Indiens ne parlent pas de nous comme des Blancs, ils disent : Roses. Pour Cochon Charbon, l’articulation a jailli d’une image. Le mineur a été victime, on en a aussi fait un héros. On trouve dans les greniers des pays miniers de vieilles cartes postales en couleurs, éditées autrefois à l’occasion de la Sainte Barbe, patronne des mineurs. Ce sont manifestement des mannequins qui prennent la pose, le visage bien rose. Ces images contrastent fortement avec les représentations de mineurs entassés dans l’ascenseur ou pliés en deux, pioche à la main, couverts de poussières noires (sans parler des trieuses, souvent oubliées par l’histoire officielle des mines). Leurs visages m’ont fait penser au blackface, la tradition théâtrale qui voulait qu’un comédien blanc se grime en Noir. A sa manière, le mineur est un blackface. Et aussi esclave que le Noir de la colonisation. Voilà d’où vient le souhait d’associer cochon et charbon : on aurait pu choisir comme titre ‘la chair et le charbon’ ou ‘le rose et le noir’.

SA Le Fumoir a beau être un espace modeste et temporaire, il résonne d’associations multiples et fertiles…

BT Comme un cerveau, un univers contradictoire et mystérieux mais savamment organisé ! Et avec l’ouverture de la cave, il approche peut-être d’une vérité profonde : celle de l’esprit du lieu ? L’esprit d’Auzon ? »

 

AUZON (43) Galerie Le Fumoir