A l’école du temps… libre

Retour aux rythmes convenus, soutenus, pas toujours bienvenus. C’est la rentrée.
Plus possible de reporter certaines tâches au lendemain ou aux calendes grecques. A propos de grec, savez-vous que le mot ‘école’ vient de Skholé ? Skholé n’a rien à voir avec des heures de colle punitives, mais signifie au contraire temps libre. Eh oui. Il fut un temps où l’école était une chance inouïe réservée aux personnes les plus fortunées* qui profitaient de leur oisiveté pour apprendre sur le monde et sur eux-mêmes. Cela m’évoque deux choses.

D’abord que l’école, comme tout ce qui n’est pas exclusivement consacré à une activité alimentaire, peut être un temps de liberté pour perfectionner sa réflexion, lâcher les automatismes de ses pensées, redevenir créatif… Après l’acquisition d’apprentissages de base et de prérequis culturels et sociaux, l’enseignement ne devrait pas servir à faire rentrer dans un moule mais apprendre à mieux sortir des cadres.

Ensuite, que prendre le temps parfois de se gratter le coude, de traîner, de rêvasser…, bref, accepter que rien n’avance, c’est peut-être cela qui fait avancer les choses. Peut-être qu’il n’y a parfois juste rien à faire, si ce n’est observer des pensées vagabondes, inutiles et flânantes. Des pensées en liberté…

On a tous nos moments, d’hyperactivité ou de désoeuvrement. Si, comme moi, en matière de procrastination, il vous arrive de vous prendre pour un maître Jedi, déculpabilisez. Cette rentrée, autorisez-vous de temps à autre à être un peu cancre. Pour paraphraser Picabia** : tourner en rond, c’est permettre à la pensée de changer de direction.

Joëlle ANDREYS

* Dans le monde, encore 258 millions d’enfants et de jeunes ne sont pas scolarisés.
**« Notre tête est ronde pour permettre à la pensée de changer de direction. » Francis Picabia

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