Connaissance de soi, ETRE BIEN
Le 23 octobre 2026
Accompagnement : jusqu’où peut-on aider ?
Quand quelqu’un que l’on aime traverse un burnout, une dépression, une maladie, un deuil, une addiction ou une période de grande détresse psychologique, on ne veut pas le laisser tomber. Alors on est là. On écoute, on rassure, on accompagne, on cherche des solutions, on fait à sa place. Et parfois, lorsque l’autre ne semble plus capable de tenir debout, on commence presque naturellement à tenir pour deux. Le problème, c’est que cela peut durer. Et sans vraiment savoir à quel moment la frontière a été franchie, la souffrance de l’autre finit par organiser aussi notre propre vie. Alors une question, inconfortable mais essentielle, mérite d’être posée : jusqu’où peut-on aider quelqu’un que l’on aime sans finir par s’épuiser avec lui ?
Aider n’est pas sauver
On pourrait être tenté de croire que si nous faisons tout correctement, l’autre ira mieux. C’est là que peut apparaître ce que l’on appelle communément le syndrome du sauveur. Ce n’est pas un diagnostic médical mais une posture dans laquelle nous nous sentons responsables de l’état de l’autre, de son apaisement, parfois même de son rétablissement.
Le sauveur devient inconsciemment celui qui surveille, anticipe, organise, protège, rassure sans cesse et tente de maintenir l’autre à flot. Malgré une belle intention, il peut finir par occuper tout l’espace autour de la personne malade ou en souffrance. Or, soutenir quelqu’un ne signifie pas prendre en charge tout ce qu’il traverse. Même très fragilisé, l’autre reste une personne à part entière, avec son rythme, ses choix, ses ressources et ses besoins. Il y a donc une différence fondamentale entre « je suis là avec toi » et « je dois te sortir de là ». Dans le premier cas, je soutiens et j’aide à chercher les ressources adaptées. Dans le second, je risque peu à peu d’endosser une responsabilité qui, en réalité, ne m’appartient pas entièrement, tout en m’épuisant à vouloir maîtriser quelque chose qui ne dépend pas totalement de moi.
Ne pas se mettre en position de sauveur est aussi une manière de se préserver. En laissant à l’autre ce qui lui appartient, on garde davantage de recul, d’énergie et une disponibilité plus juste. Ne pas sauver, ce n’est pas moins aider. C’est aider autrement. Et souvent, mieux.
Quand celui qui aide commence lui aussi à aller mal
À force de regarder celui qui souffre, on peut finir par ne plus regarder celui qui aide. Or, si vous accompagnez un proche en difficulté, vous avez vous aussi des limites physiques, émotionnelles et psychiques. Dans les accompagnements, c’est souvent un point que je vois arriver tardivement : la personne a tenu, compensé, anticipé, absorbé… jusqu’au moment où son propre équilibre commence à lâcher. Le sommeil se dégrade, la vigilance devient permanente, la charge mentale augmente, la fatigue s’installe. Et parfois, le corps finit par dire ce que l’on n’a pas encore réussi à s’autoriser à penser : je ne peux plus continuer comme ça. Ce n’est d’ailleurs pas anecdotique : 47 % des personnes aidant régulièrement un proche âgé vivant à domicile déclarent au moins une conséquence de cette aide sur leur santé, physique ou psychique.*
Alors quelques questions peuvent servir de boussole : est-ce que vous dormez encore correctement ? Est-ce que vous avez encore une vie en dehors de cette situation ? Pouvez-vous dire non sans culpabiliser ? Êtes-vous devenu·e la seule personne sur laquelle votre proche s’appuie ? Et surtout : si rien ne change dans six mois, pouvez-vous continuer ainsi ? Si la réponse est non, cela ne signifie pas qu’il faut abandonner l’autre. Cela signifie probablement qu’il faut changer votre manière de l’aider.
Le bon positionnement aidant/aidé
– Une première question peut déjà transformer la relation : « De quoi as-tu besoin de ma part ? » Être écouté ? Réfléchir ensemble ? Recevoir une aide concrète ? Nous cherchons parfois tellement vite à résoudre le problème que nous oublions de vérifier ce dont l’autre a réellement besoin.
– On peut aussi progressivement passer du « faire pour » au « faire avec ». Plutôt que d’appeler systématiquement un professionnel à sa place, rester à côté pendant qu’il le fait. Plutôt que d’organiser toute la suite, demander : « Quelle serait la première petite étape que tu pourrais faire aujourd’hui ? » L’objectif n’est pas de retirer son aide. C’est d’aider l’autre à retrouver ses propres appuis.
– Parfois, il faut accepter de dire : « Je veux continuer à être là, mais je ne peux pas être la seule personne à porter cette situation. ». Chercher d’autres relais — famille, amis, professionnels de santé, associations ou structures spécialisées — n’est pas abandonner. Une seule personne ne devrait jamais devenir tout le système de soutien d’une autre.
– Aider quelqu’un que l’on aime, ce n’est pas le porter jusqu’au bout du chemin. C’est marcher à ses côtés, lui tendre la main lorsqu’il trébuche et chercher d’autres mains lorsque les nôtres ne suffisent plus. Comment puis-je continuer à être là pour toi sans cesser d’être là pour moi ? C’est probablement l’une des questions les plus difficiles à se poser. Et peut-être l’une des plus essentielles.
- Source : Dossier de la DREES, n°122, 2024. Perte d’autonomie : quels effets sur la santé des proches aidants ?
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Posté par Léticia GRANGER