Le 25 mars 2026
Les Auteur.es de Lire en Arzon
Gardiens de la vie sur Terre, présences inspirantes, sources de connaissances, les arbres sont au cœur de la nouvelle édition du salon du livre de Craponne-sur-Arzon. « De l’Arbre au Livre » ce sont deux journées de rencontres tout public, de dédicaces, conférences, tables rondes, expositions, documentaires… Il y aura des futé.e.s dans la futaie !
Strada a demandé à certain.es invité.es qui habitent notre contrée de nous dire en quelques mots la relation privilégiée qu’elles et ils entretiennent avec les arbres.

Anne Sibran est romancière. Elle travaille, en coopération avec des scientifiques, sur la sensibilisation aux menaces qui pèsent sur les forêts primaires et les peuples qui les habitent. Elle vit une partie de l’année dans 8 hectares de forêt du Haut-Vivarais dont elle et son compagnon ont fait une aire protégée. En avril, Anne reviendra tout juste d’une immersion dans la réserve naturelle nationale de la forêt de la Massane.
Table ronde le vendredi 24 avril à 19h.
« D’abord depuis l’enfance, il y a cet élan profond vers les forêts. Et puis au fil des immersions, cette impression qu’il y a un lien profond entre la créativité et la forêt. La créativité est l’expression de la vie.
La forêt m’émerveille, parce qu’elle est pour moi un atelier de poésie d’instants où chaque être, chaque petite vie, apporte son timbre juste et bouleversant. Et dans ce sens, pour celui qui écrit, la forêt est un maître. Toutes les forêts. Je respecte infiniment le travail des naturalistes mais je me méfie des hiérarchies, forêt primaire, secondaire, tertiaire… La beauté est à tous les étages. Il faut juste prendre le temps de la bête ou de l’arbre qui pousse et s’arrêter pour regarder. Ce temps donné à la rencontre est décisif, essentiel pour l’avenir des forêts. Sinon on prend les forêts pour des choses et ça se passe mal pour elles… et ça se passe mal pour nous aussi. » Anne Sibran
Petite biblio : Je suis la bête, Gallimard 2007 (Prix SACD festival Impatience 2018) ; Dans la Montagne d’argent, Grasset 2013 ; Enfance d’un chaman, Gallimard 2017 (Prix écriture et spiritualité 2018) ; Le premier rêve du monde, Gallimard 2022 (Prix Guy Bédouelle 2023 et prix Lettres frontières 2023).
Corinne Royer est romancière. Un de ses lieux d’inspiration se trouve en lisière de forêt dans le parc naturel régional du Pilat. Dévoreuse de livres, raconteuse d’histoires, la liberté de la fiction est en elle depuis toujours. Du Chambon-sur-Lignon à la Roumanie, du monde scientifique au monde paysan, rien de ce qu’elle explore ne laisse indifférent. Son écriture absorbe tout, interroge tout. Auprès d’elle chaque jour, Woody, un berger australien dont le nom signifie « le boisé », et la nuit, une Chevêche d’Athéna venue se poser sur le Vélux au-dessous duquel elle écrit.
Rencontre le samedi 25 avril à 14h30.


« Les arbres forment toujours des refuges au sein de mes textes. Ils sont synonymes de cabanes et de possibles, un retour à l’enfance à l’abri des fureurs du monde. Mais ils sont aussi la métaphore d’une forme de résistance aux injonctions normatives et violentes de nos sociétés en permettant à chacun de se (ré) approprier des territoires qui – si l’on considère le mot forestare issu du bas latin (mettre dehors, bannir) donc par extension une proscription de culture et d’habitation – étaient autrefois réservés au seul usage de la classe seigneuriale. Ils sont donc à la fois lieu de repli et lieu de révolte. » Corinne Royer
Petite biblio : La Vie contrariée de Louise, éd. Héloïse d’Ormesson 2012, Prix Terre de France/La Montagne ; Ce qui nous revient, Actes Sud 2019, Pleine Terre Actes Sud, 2021 ; Ceux du lac Seuil 2024, prix du Roman d’Écologie 2025.
Corinne Pradier est auteure, reporter indépendante et marraine de « Lire en Arzon ». Sur les marches d’une petite chapelle, à l’âge où le secret de l’avenir s’étendait devant elle, plus qu’un vœu elle fit le serment d’une vie passée à écrire. Tendre l’oreille aux confidences, tisser des liens entre celles et ceux qu’elle rencontre est « sa première nature ». Elle est l’auteure d’une quinzaine d’ouvrages aux thématiques et formes éclectiques. La Haute-Loire est son lieu d’enfance et d’ancrage.

Le frêne, un arbre de rien
« Je poursuis le tracé d’une lignée de pradier, nom donné à l’ouvrier gagé pour prendre soin des prairies, enclore, arroser, épierrer. Auguste, mon grand-père paternel, né à Freycenet-Latour, nourrit toute sa vie ses bêtes en effeuillant les frênes, ces arbres de rien dont le bois souple et résistant permettait de saisir les outils à pleine main. Il ignora tout comme moi qu’Homère avait choisi ce bois pour tailler le javelot d’Achille, le plus terrible de ses guerriers. Pour les Grecs, le frêne était l’arbre de Poséidon, dieu de la mer et des séismes. C’est lorsque notre monde tremble et menace de sombrer, que l’on se surprend à vouloir comprendre ce qui nous entoure et ce dont nous sommes faits. » Extrait de l’ouvrage Mon grand large, du photographe Vincent Jolfre.

Pierre Présumey est issu par sa mère d’une longue lignée d’instituteurs ardéchois. Son père fut médecin de campagne et de montagne sur le plateau du Mézenc dont le cœur balance entre haute Ardèche et Haute-Loire. Autrefois enseignant en lettres classiques au Puy-en-Velay puis en classes préparatoires au Lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, ce pêcheur, marcheur, rêveur, poète a entre autres publié Les Fayards et autres bons compagnons, Aux champignons et De tous bois aux éd. Hauteur d’homme.
Conférence le samedi 25 avril à 16h30.
« Il y a bien longtemps, j’ai écrit ces deux vers pour conclure un poème :
Je me prends pour un arbre
Qui se prend pour un homme
Je voulais indiquer la belle circularité imaginaire qui relie les postures de l’arbre et de l’homme. On dit qu’il ne manque à l’animal que la parole pour s’approcher de nous. De même ne manquerait-il à l’arbre que la marche ? En vérité, il ne manque de rien et ce qu’il perd en mobilité il le rattrape en durée. » Pierre Présumey
Véronique Béné est née en Algérie et a grandi à Clermont-Ferrand. Graphiste indépendante, à Paris puis ici, elle a toujours tenté de ramener du dessin dans ses propos. En 2007, elle rejoint le temps long du haut Allier d’où elle compose des carnets de voyage plus ou moins ou lointains. Près de la vieille abbatiale de Chanteuges, où elle vit, elle a trouvé un espace de nature, cousu de forêts et de rivières, qui lui a donné le goût de développer une sorte de mythologie personnelle. Sur son Blog du lézard, parmi ses récits de voyages figure « cet autre centre du monde ».

« Arbres : Le tourment de leurs écorces et ce geste orant de leurs branches lorsqu’ils soulèvent l’oiseau pour l’offrir à l’azur. On les disait piliers du monde, axe cosmique et ancêtres des hommes. Autour d’eux tournaient les météores et s’ordonnait un monde qu’ils avaient eux-mêmes contribué à faire naître. Je vois leurs racines plongeant comme des mains dans la mémoire de l’humus. Leurs branches sont des fonctions fractales géométrisant le ciel. Le vent des mythes anciens fait frémir leurs feuilles. » Véronique Béné

Vincent Jolfre est né au Bouchet-Saint-Nicolas. Il découvre la photographie à 22 ans alors qu’il travaille en fonderie à Lyon. Après sa formation, il quitte la grande ville et revient en Haute-Loire, son espace de prédilection. Photograveur puis photo journaliste pour le quotidien L’Éveil, il exercera longtemps dans le milieu des arts du spectacle. À ce jour, la lumière naturelle qui imprègne les paysages retient toute son attention.
« L’hiver offre une dramaturgie toute particulière, notamment avec ces arbres dépourvus de feuillage. Ensemble ou parfois isolés, ils créent des ambiances souvent surréalistes. Comme l’écrivait Jules Renard, voici venu l’hiver, saison où « les arbres sont en bois ».
Parmi les temps forts de ce rendez-vous, la diffusion de deux documentaires de MUSEO Films.
En avant-première le vendredi 24 avril à 19 h, La Forêt de la princesse, entre visible et invisible suivie d’une table ronde avec le réalisateur Jean-Pierre Duval, de l’auteur de ce film Ernst Zürcher, ingénieur forestier, docteur en sciences naturelles, professeur et chercheur en sciences du bois, surnommé « Monsieur Arbre » en Suisse et de la romancière Anne Sibran.
Puis le samedi 25 avril à 19 h, Les arbres remarquables au cœur de la biodiversité suivi d’une conférence de Catherine Lenne, chercheur en physiologie végétale, maître de conférences à l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand.


De l’Arbre au Livre 3e édition de Lire en Arzon Festival du livre à Craponne-sur-Arzon 24 et 25 avril 2026
Posté par Corinne Pradier