Ce trimestre automnal qui s’annonce nous fait remembrer (remembrance / la mémoire) les éphémères douceurs de l’été. C’est à la lettre B que nous allons tenter de faire hommage par trois mots de la lingua occitana. B, comme le baisar de l’amoureux, B comme la becassa qui donne vie à la croûle (la passée des bécasses à la nuit tombante) et aussi B comme le chantre occitan du théâtre libre, honoré par Philippe Caubère en ce juillet 2013 en Avignon, qui nous offrit un exceptionnel  Mémento occitan d’André Benedetto :

Fantômes d’un pays qui n’a pas existé 
Autrement que par sa culture et par sa langue 
L’Occitanie dans sa robe de sel et d’ocre
Abandonnée de tous vous rend ici visite

Les textes qui  les suivent sont des créations de circonstance, « à la forme des chansons de geste » agrémentées d’un peu de modernité grivoise. Les mots en italique soulignés  vous exposent  la polysémie des termes et constituent les traductions les plus communément admises.

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Baisar 

Aurais-je jamais le courage de lui conter qu’aux ourlets de sa bouche
Mes lèvres assoiffées s’enhardissent à espérer ses douceurs ?
La prime aube de mon amour fait tant solitaire ma couche
Dans l’espérance insatiable de sa tendre ardeur.
J’augure un lendemain qui débouche
Sur le sourire du bonheur
D’un baiser louche.
Becassa 
Le regard élargi aux lueurs crépusculaires
La main assurée sur le noyer de la crosse
Un nemrod asservi à ses oculaires
A la croûle perçut l’évanescente rosse.
La bécasse en ses glanages pendulaires
De la frondaison vers les jarosses
Vint narguer de ses ondes ailaires
Notre hérault bien peu véloce.
De retourner aux chasses ancillaires
Se décida notre St Hubert trop précoce.
Bordèu 
Averti de mon âge d’homme par une digne « bleta »
Mon père attentif au bon usage de ma « bica »
A mon étonnement adolescent confia le remède de la « brandar »
Sentant mes amitiés trop prudentes, il me mena au « bordèu ».
Là, gente et opportune dame me proposa sa « boca »
Par de suaves et répétées assimilations me fit « benerança »
Atteignant l’extase à la vie d’ange de ma « bassaqueta »
traduction : L’a pris la gaule avec son pénis. Le père lui a payé une branlée au bordel avec une belle bouche qui lui donna le bonheur, la bourse soulagée…