Sur les hauteurs de Rosières, une maison rouge en contrebas de la route apparait à travers les feuillages. Cette construction individuelle en ossature bois et poteaux poutres, habillée d’un bardage de douglas peint  en rouge à la façon suédoise, s’ouvre largement au sud sur le panorama des sucs du Velay Volcanique et à l’ouest plonge sur la vallée d’où émerge la silhouette caractéristique du château de Lavoûte sur Loire. Hervé, Sandra et leurs deux enfants ont aménagé ici en mars mais c’est depuis 2 ans que les travaux ont débuté. 

Pas de label maison passive ni de BBC, mais un condensé de bonnes idées qui devance les exigences de la RT 2012 et les dépasse sur certains aspects.

 

Hervé est thermicien à ERE 43 depuis les débuts de la SCOP lorsqu’elle était encore une association ; il y réalise les diagnostics thermiques. Ses connaissances acquises en BTS électrotechnique et en license Energies renouvelables se sont élargies à la thermique des bâtiments.Tout ça pour vous dire que cet homme a plus de bases que le commun des mortels pour définir des choix judicieux en matière de chauffage et d’isolation.

Hervé part donc sur les critères qu’il connait bien des bâtiments basse consommation (BBC). Mais il ne fera pas contrôler sa construction pour obtenir un lable. D’une part parce que le BBC exige des matériaux aux normes françaises, trop contraignants à son goût. D’autre part, comme il fait beaucoup de choses lui-même, il ne pourra pas justifier de son travail comme un artisan le ferait. Son prêt à taux zéro ne sera pas doublé, l’exonération de la taxe foncière ne passera pas de 2 ans à 5 ans alors que « je pense que sur certains aspects, ma maison va au delà des critères BBC», mais baste ! Hervé retrousse ses manches et se met au travail.

 

Les plans

Le couple souhaite une maison simple dans la conception et la distribution des pièces. 150 m2 habitables, un garage en annexe « un bâtiment de récup des années 50 qui appartenait aux Mines de Saint Etienne…». L’architecte Alexis Monjauze fait les plans et dépose la demande de permis de construire. Acceptée.

 

Le choix du bois-énergie

«J’aurais pu aller plus loin vers les critères d’une maison passive (NDLR : c’est à dire que l’activité au sein de la maison et l’ensoleillement suffisent à chauffer l’habitat)  mais cela nécessitait un surcoût important et je préfère brûler quelques bûches plutôt qu’avoir un bâtiment passif. En Haute Loire, on n’a pas de risque de surexploitation des ressources forestières. Au contraire, consommer du bois, c’est entretenir la forêt et générer de l’activité économique localement.» Hervé s’arrange avec un voisin propriétaire forestier, utilise un peu de bois d’affouage d’un bien de section dont ses parents sont bénéficiaires, récupère quelques bois de scierie. Avec 6 stères par an, il chauffe ses 150 m2 et la moitié de son eau chaude sanitaire pour 4 personnes. « Si j’avais 1 ou 2 hectares, la seule croissance de la forêt couvrirait sans doute mes besoins en combustible. »

 

Un fourneau-bouilleur granulés/bûches et des panneaux solaires 

D’un côté le plaisir du foyer : derrière la porte vitrée, on voit se consumer soit les bûches soit les granulés. Hervé et Sabine apprécie la réserve de granulés et la programmation. « On arrive toujours dans une maison chaude parce qu’on a programmé la combustion des granulés. On replace des bûches et elles brûlent sans qu’on ait rajouter des papiers et du petit bois pour l’allumage. La fonction «granulés» s’arrête alors automatiquement et reprend si besoin pendant la nuit.»

De l’autre côté, à gauche, la partie cuisinière avec une surface en vitrocéramique où l’on peut faire mijoter des petits plats ou carrément faire cuire les pâtes, et au-dessous : le four, toujours à température.

Un système de circulation d’eau chaude intégrée au fourneau bouilleur, couplé à un répartiteur, envoie l’eau dans un ballon. Quand l’eau du ballon est à la température souhaitée, on bascule l’eau vers un autre ballon qui sert de réserve et alimente le mur et le plafond chauffants de la salle de bain.

Le 2ème ballon, celui de stockage, est également relié à 5m2 de capteurs solaires pour chauffer l’eau sanitaire en été quand la cuisinière est en vacances, je veux dire par là : quand on n’utilise pas le fourneau bouilleur.

Et l’électricité dans tout ça ?

La consommation est minime.

Le programmateur, le lanceur d’explosion et le circulateur ont certes besoin d’électricité pour fonctionner. En cas de coupure, Hervé a bidouillé son circuit en ajoutant un thermo-syphon qui permettrait de continuer à utiliser le fourneau bouilleur sans risque de surchauffe. Mais si jamais on devait se passer de chauffage une journée, la température ne s’abaissera pas au dessous de 19° affirme Hervé. Pourquoi ? Parce que cette maison a été construite de façon à ce qu’elle ait de l’inertie thermique. Comme nos vieilles maisons en pierre, mais les courants d’air en moins.

 

De l’inertie pour du déphasage 

L’intérêt des maisons construites en pierre, c’est que si on les chauffe régulièrement, leurs bons gros murs font tampon et restituent lentement la chaleur emmagasinée. Ce que l’on appelle le déphasage thermique c’est cette capacité des matériaux à ralentir les transferts de chaleur, par exemple en ralentissant la pénétration de l’énergie du rayonnement solaire le jour pour mieux la récupérer la nuit, une capacité appréciée en été dans les maisons sur-isolées qui se trouvent en surchauffe. « souvent, les artisans préconisent une isolation importante du sol»  C’est le cas lorsqu’on installe du plancher chauffant pour le plaisir de marcher pieds nus. Mais chez Hervé, on préfère profiter de la fraicheur de la dalle l’été, quitte à enfiler une paire de chaussettes l’hiver. Pour avoir un maximum d’inertie thermique, il préconise cloisons lourdes (carreaux de plâtre et enduits terre), isolation en fibre de bois plutôt qu’en laine de verre, mur de refend et dalle isolée seulement en périphérie. « La dalle de ma maison se trouve sur un lit de gros cailloux d’un peu plus d’un mètre d’épaisseur, je profite de la température de la terre, constante, à 12,13 °C.»

 

Quelques prix 
Cuisinière, fourneau bouilleur de 7000 à 10000 €
Ballon d’eau chaude 1000 €
Ballon de stockage + panneaux solaires, posés, 7000 €
Circulateur + diverses fournitures de plomberie pour création d’un mur et d’un plancher chauffants de 20 m2 : 2000€
Nota Strada :  Ces prix sont très approximatifs ils varient en fonction de nombreux paramètres. Par exemple pour la cuisinière, on pourrait citer : l’esthétique, le polycombustible, la surface en vitrocéramique, le circulateur d’eau chaude intégré…

 

Fiche technique  
Architecte : Alexis Monjauze
Etude thermique : ERE 43
Caractériques : Ossature bois, poteaux-poutres, bardage en douglas 
Cloisons en carreaux de plâtre revêtues d’enduit terre
Sols revêtus de linoléum naturel
VMC double flux
Isolation 40 cm de fibre de bois en toiture, 24 cm en parois
Menuiseries en double vitrage bois/alu
Fin de travaux en 2012