Le 10 août 2026

Adapter la rénovation au type de construction

L’avènement du béton au début du XXe siècle a profondément changé la typologie de nos habitations. Notre usage du logement a également beaucoup évolué au-delà de sa fonction première, à savoir une barrière entre un extérieur hostile et un intérieur protecteur. Depuis, tout se construit plus vite, avec plus de confort et d’espace mais peut-être moins de durabilité. Quoi qu’il en soit, lorsqu’on se lance dans une rénovation énergétique, on différenciera bien le bâti moderne (1914-2005) du bâti ancien (avant 1914). Les logements très récents seront encore à traiter différemment.

Mettre 12 cm de laine de verre sur un mur parce que la loi dit qu’il faut un « R » (résistance thermique) de 3,75 m2.K/W, c’est prendre un raccourci qui peut engendrer des problèmes, par exemple en créant des points de condensation.

Voici quelques pistes pour rénover intelligemment votre habitat en fonction de sa date de construction.

Le bâti moderne (1914-2005)

bati moderne

Le bâti moderne est généralement construit en parpaings ou béton, moins sensibles à l’eau que les constructions plus anciennes composées d’appareillages de pierres hourdés de terre*.

En isolation, le bati moderne accepte techniquement presque n’importe quel produit, minéral, végétal ou animal.

Cependant, on obtiendra un confort supplémentaire en utilisant des matériaux denses comme la laine de bois, performants en déphasage thermique, et donc limitant les surchauffes estivales, surtout en toiture.

D’une manière générale, l’usage de matériaux biosourcés – bois, liège, paille, chanvre, ouate de cellulose, textile recyclé, laine de mouton… – est aussi justifié par son plus faible impact environnemental lors de sa fabrication et pendant sa durée de vie.

Lorsque le logement a été bien construit, l’étanchéité à l’air est bonne. Dans les années 70-80, on faisait un gobetis intérieur à la chaux parfois. Mais cette bonne pratique s’est perdue pour aller au plus vite et au moins cher, avec l’usage de membranes pare-vapeur peu efficace si elles sont mal mises en œuvre, ou encore de produits industriels quelques fois chargés en COV (Composés Organiques Volatiles).

La ventilation, quant à elle, est souvent mal traitée dans les bâtis modernes. Un balayage (entrée d’air dans les pièces sèches et extraction dans les pièces humides) est réglementaire (obligatoire ?) depuis 1982 mais il a rarement été mis en place. Il faudra y remédier faute de risques sanitaires. Les services publics estiment à 19 milliards par an l’impact socio-économique de la mauvaise qualité de l’air. Certains aèrent bien le matin mais le mieux est d’installer une VMC simple ou double flux.

Les bâtiments modernes ont peu d’inertie, ce qui confronte leurs habitants à des écarts importants de températures au long de la journée. C’est le cas notamment en intersaison dès qu’un rayon de soleil réchauffe l’intérieur ou bien quand votre voisin vient discuter 5 minutes à la porte d’entrée. Une rénovation est l’occasion d’y remédier avec l’apport de masse, comme par exemple l’utilisation de briques plutôt que plaques de plâtre voire même de terre crue et une dalle au sol qui stocke les calories.

Beaucoup de maisons plus récentes ont d’ailleurs le même problème de manque d’inertie à cause d’une conception bioclimatique pas encore aboutie.

* Appareillage de pierres hourdées de terre : C’est le type de mur en pierres du bati ancien. L’espace entre les pierres taillées extérieures et intérieures est comblé avec les déchets de taille de pierres et la terre locale argileuse, prise sous la couche de terre végétale.

La pierre est très conductrice de chaleur et étanche. La terre fait l’isolation, même faible, et la capillarité des parois.

A découvrir : chaux chanvre, des exemples d'utilisation malins

Le bâti ancien (avant 1914)

Bati ancien

Construit en pierres locales, il représente 20 % du bâti altiligérien (INSEE 2016). Le bâti ancien a des performances intrinsèques intéressantes (durabilité, inertie, isolation). Il aura fallu attendre la réglementation de 2005 pour revenir à ce niveau de qualité thermique dans le moderne.

Le bâti ancien n’accepte pas toutes les solutions de rénovation car il est plus sensible à l’humidité que les constructions récentes.

Le tout premier point est donc de supprimer la présence d’eau dans les murs en drainant les abords, en dévoyant une source et en réparant la toiture si besoin.

Ensuite, le transfert de vapeur d’eau dans les parois doit être géré en l’orientant vers l’extérieur en hiver et vers l’intérieur en été, ce qui écarte les enduits ciments et les isolants étanches de type polyuréthane ou polystyrène… Combien de maisons en pierre ont pourtant été recouvertes ou rejointées au ciment ?

On assurera également la continuité de la capillarité, c’est-à-dire qu’on guidera l’humidité vers sa surface de séchage, en mettant en œuvre des matériaux adaptés, surtout sans vide ni lame d’air. Si on ne choisit pas les bons matériaux, on risque d’avoir de la condensation dans les murs entrainant sa détérioration ainsi que celle des éléments en contact comme par exemple des poutres bois scellées dans le mur.

Pour freiner la pénétration de vapeur d’eau dans les murs, les anciens faisaient un enduit plâtre mais il n’était pas isolant. Une solution adaptée est le béton de chanvre qui isolera et corrigera en même temps les irrégularités du support. Si vous choisissez de la laine, un enduit chaux de 20 à 30 mm est conseillé afin de gérer et diriger l’eau vers les joints puis vers l’extérieur.

Attention enfin à prévoir une bonne ventilation, inexistante à l’origine dans ce type de logement que vous venez d’étancher.

Les charpentes et plancher sont à protéger des risques de concentration d’humidité amenant à la ruine. En toiture, l’erreur courante consiste à rajouter une isolation sous rampant sans laisser une lame d’air de ventilation entre la volige bois et l’isolant. N’oubliez pas non plus de poser un écran sous toiture et un pare vapeur côté intérieur.

Chaque projet est différent et il s’agit ici de quelques généralités.

S’il fallait retenir une seule chose c’est que vous devez avant tout comprendre comment votre bâti vit et ce que vous attendez de lui. Ayez un sens critique vis-à-vis des solutions courantes proposées par les industriels, documentez-vous auprès d’organismes neutres ou faites-vous accompagner a minima pour le choix des solutions adaptées en cas de doute.

Mur contient de l'eau

Les murs contiennent de l’eau ! Dans l’ancien, il faut gérer la continuité de capillarité pour éviter la condensation.

Des études sur la rénovation du bâti ancien :

maisons-paysannes.org

www.rehabilitation-bati-ancien.fr

Amélioration de la performance thermique du bâti ancien, 12 enseignements à connaître.

Téléchargeable sur qualiteconstruction.com

PROGRAMME PACTE RAGE : www.programmepacte.fr

Yohann FANGET – Ingénieur conseil en performance énergétique
Bureau d’étude COHECO – www.coheco.fr – 06 84 12 65 68

  Photo FANGET

A découvrir

Cochon charbon au fumoir

Recommandation

Du 02 août 2026 au 23 août 2026

Expositions

Cochon charbon au fumoir

Le Fumoir est une sorte de cabinet de curiosités. Son initiateur, Bernard Turle, s’amuse à donner à voir des associations fertiles, graves ou drôles, parfois fumeuses. Des oeuvres éclectiques font. liens avec les histoires un peu foutraques du lieu (on ne spoile pas). Quant à l’installation.Cochon Charbon, elle joue avec les.variations.de.couleurs.(de peau).entre.sarcasme et facétie.

Programmée en off du festival d’Auzon, cette expo-installation temporaire vous livre une raison de plus d’aller faire un tour dans la cité médiévale du Brivadois cet été.

 


INTERVIEW

STRADA   Bernard Turle, vous avez ouvert une galerie à Auzon…

Bernard TURLE  Le Fumoir n’est pas une galerie permanente. Chaque année, le 1er dimanche d’août, l’association AuzonToujours organise Arts dans le village. Des artistes et artisans investissent les rues, les caves, les granges d’Auzon. Le Fumoir est l’un de ces espaces temporaires d’accueil de la culture. Il s’associe également à d’autres activités culturelles de la Petite Cité de Caractère. Par exemple, l’installation Cochon Charbon s’inscrit comme en « off » du festival d’Auzon 2026 (2 /22 août).

SA D’où vient le nom : Fumoir ?

BT C’est le terme employé dans les actes de propriété du lieu. Jusqu’à la fin du  XXe siècle, c’était un saloir et précédemment ç’avait été un fumoir. On y salait et fumait saucissons et jambons.

SA Le « Cochon » du titre de l’exposition a-t-il un lien avec cela ?

BT C’est l’un des liens, oui. Il en existe d’autres. J’aime les histoires que racontent les maisons. Or, dans ces murs vivait jadis une dame qui avait une truie, qu’elle promenait en laisse [sans rapport avec le Pornocratès de Félicien Rops !]. C’est en hommage à elle que l’une des premières expositions du Fumoir, Cochonailles, présentait de la charcuterie en laine, exécutée par Aiguilles et Pinceaux, un groupe d’Auzonaises qui, à leur manière, perpétuent une tradition d’activité liée au textile dans les campagnes d’antan : à Auzon, c’était plus spécialement la passementerie.

Et il y a un troisième lien : la Légende du Cochon d’Auzon. Au Moyen-Age, les Anglais assiégèrent la forteresse. Les habitants étaient affamés. Il ne restait plus qu’un cochon. Une bergère proposa de ne pas le tuer mais de l’engraisser avec ce qui restait comme maigre pitance. Ceci fait, on le laissa échapper. Le voyant débouler, rose et dodu, les Anglais s’exclamèrent : « Si leurs cochons sont si gras, c’est qu’ils ont de quoi tenir un long siège ! » Et ils décampèrent.

SA Hormis la rime, pourquoi associer charbon et cochon ?

BT Cette année, nous ouvrons la cave du Fumoir, doublant la surface d’exposition. Or, cette cave a, par le passé, servi de soute à charbon, il en restait des morceaux : ils sont exposés… L’une des histoires que racontent les maisons des environs, c’est celle des mines, dont la Taupe, entre Auzon et Sainte-Florine. Le thème du festival d’Auzon 2026 est « Couleurs, Mouvements… ». J’ai tout de suite pensé au noir du charbon. Le noir, pour certains, n’est pas une couleur, pour d’autres il les englobe toutes ; en Occident, il est plutôt négatif, ailleurs il peut être signe de puissance, positif. Le noir, comme thème, est d’une richesse infinie. J’aime la formule de Bachelard : ‘Le noir est le refuge de la couleur’. D’un point de vue artistique, la notion de ‘noir’ est inépuisable : le noir est une ‘couleur’ profonde comme la roche du promontoire sur lequel est posé notre village médiéval. Le noir est contour : à la Renaissance, il sert de fond à des portraits, fait contraste avec la peau rose des modèles européens.

SA Donc, cochon, charbon… que voit-on dans l’installation… ?

BT C’est une sorte de cabinet de curiosités… Des œuvres – et de simples ‘choses’ – éclectiques qui tournent autour de ‘Cochon Charbon’. La plasticienne Carla van der Werf, qui travaille sur le passé, la mémoire, la géologie… montre des fusains et des modelages de mineurs… L’Italien devenu arlésien Federico Dix, qui expose à Paris, Venise et Florence, montre des photos où le N/n/oir domine. En hommage aux immigrés italiens qui sont venus travailler dans les mines du coin, Odile Bat apporte des touches vives avec son interprétation en laine de la nourriture italienne. Nathalie Titeux a exécuté, en métal de récupération, un puits et, en picassiette, un cochon (elle a des antécédents célèbres : le cochon est très présent en art depuis longtemps… Rops, Koons…).

SA Vous avez expliqué d’où vient le cochon, d’où vient le charbon. Mais où se situe l’articulation entre les deux ?

BT Le noir et le rose sont deux facettes différentes d’une même réalité. N’ oublions pas les cochons noirs… les sangliers… Pour un festival que j’organisais dans le Midi, j’ai écrit le livret d’un spectacle intitulé Rose-Nègre sur l’épopée de la musique noire américaine, avec des musiques de Roland Seilhès. L’installation poursuit donc en quelque sorte un travail entamé plus tôt sur les variations des couleurs de peau. Les Indiens ne parlent pas de nous comme des Blancs, ils disent : Roses. Pour Cochon Charbon, l’articulation a jailli d’une image. Le mineur a été victime, on en a aussi fait un héros. On trouve dans les greniers des pays miniers de vieilles cartes postales en couleurs, éditées autrefois à l’occasion de la Sainte Barbe, patronne des mineurs. Ce sont manifestement des mannequins qui prennent la pose, le visage bien rose. Ces images contrastent fortement avec les représentations de mineurs entassés dans l’ascenseur ou pliés en deux, pioche à la main, couverts de poussières noires (sans parler des trieuses, souvent oubliées par l’histoire officielle des mines). Leurs visages m’ont fait penser au blackface, la tradition théâtrale qui voulait qu’un comédien blanc se grime en Noir. A sa manière, le mineur est un blackface. Et aussi esclave que le Noir de la colonisation. Voilà d’où vient le souhait d’associer cochon et charbon : on aurait pu choisir comme titre ‘la chair et le charbon’ ou ‘le rose et le noir’.

SA Le Fumoir a beau être un espace modeste et temporaire, il résonne d’associations multiples et fertiles…

BT Comme un cerveau, un univers contradictoire et mystérieux mais savamment organisé ! Et avec l’ouverture de la cave, il approche peut-être d’une vérité profonde : celle de l’esprit du lieu ? L’esprit d’Auzon ? »

 

AUZON (43) Galerie Le Fumoir