On entend souvent parler des pratiques scandaleuses de groupes qui versent des indemnités indécentes à leur dirigeant et rémunèrent grassement leurs actionnaires alors même que leur activité périclite et que des plans sociaux sont annoncés. La réalité de l’entreprise ce n’est pas la malhonnêteté de ces quelques cas… Ceux qui font l’entreprise en France sont les millions d’entrepreneurs qui se serrent la ceinture quand le bénéfice n’est pas au rendez-vous, et que l’idée d’avoir à licencier leur personnel rend malade. Il manque un label d’entreprise éthique à décerner à celles qui ont de bonnes pratiques sociales, qui font évoluer le salaire de leur dirigeant en parallèle de la moyenne des salaires de l’entreprise et qui décident d’une répartition des bénéfices entre actionnaires, fonds propres et investissements qui soit équitable socialement et raisonnable pour la pérennité de leur activité. Les sociétés coopératives (par exemple) s’inscrivent bien souvent dans ces pratiques.DSCF0758

Laurent Calteau, constructeur de yourtes artisanales installé dans un nouvel atelier à Coubon, a choisi le statut de société coopérative pour son entreprise No Mad Yourte. Affilié à la S.C.O.P Pollen à Aubenas, il est salarié de son entreprise alors qu’il gère son activité en toute autonomie depuis 2010. Sa liberté d’action est à l’image de sa liberté de penser, ou est-ce l’inverse ? Toujours est-il qu’en travaillant au jour le jour avec d’autres entrepreneurs, ils ont mis en place un système économique qui bouleverse notre façon d’appréhender l’économie et l’organisation de l’entreprise.

« J’ai travaillé pour moi dans le bâtiment, le commerce, la restauration et j’ai souvent vécu comme un échec mes expériences d’embauche ; j ‘avais besoin de pouvoir compter sur des gens qui prennent leurs responsabilités mais ça me paraissait difficile de trouver des personnes pour travailler avec moi. » Las de devoir jouer un rôle hiérarchique qui ne lui convient pas, il démarre seul l’activité de construction de yourte et c’est avec son frère qu’il s’associe en 2012 pour déménager à Coubon dans une ancienne menuiserie qui offre, en plus d’un grand atelier lumineux, 3000 m2 de terrain arboré pour exposer ses yourtes et les Tepee de son frère. Il confie la gestion de contenu internet à Jézabel, auto entrepreneuse. La mission initiale se transforme en travail de bureau et les commandes s’accélèrent. Finalement Jézabel est là à plein temps pas seulement pour No Mad Yourte mais aussi pour son travail de communicante indépendante. Mickael BADIN rejoindra l’équipe à la rentrée  : il démarre une activité dans le domaine de la fourniture d’énergie renouvelable (photovoltaïque et petit éolien) pour les particuliers, notamment pour les sites isolés, et travaille avec Laurent sur la conception d’un système pour rendre les yourtes autonomes. Il aura son bureau dans une yourte sur le terrain à côté de l’atelier, et projette de faire une installation témoin, ouverte au public.

« On se partage le même lieu et on se partage le travail » : jusque là pas de révolution dans la mutualisation de moyens mais venons-en aux détails, qui font toute la différence.

« C’est un aménagement entre individus un peu expérimental » explique Laurent Calteau.

Une fois par semaine, on fait le point pour connaitre la disponibilité de chacun, prévoir la quantité de travail qu‘on peut consacrer aux différentes activités et sur laquelle on s’engage, mais libre à chacun de s’organiser comme il le souhaite. Ainsi Jézabel amène parfois son bébé au bureau et le mercredi après-midi, les enfants des uns et des autres sont souvent à l’atelier ou dans le parc… pas besoin de garderie. C’est Liberté, Flexibilité et Humanité dans le travail.

« A la fin de chaque mois, en fonction des ressources disponibles, on définit un taux horaire, identique pour chacun   Pincez-vous, vous ne rêvez pas : « Il n’y a pas de tarif déterminé pour la prestation de chacun, tout le monde est rémunéré de la même façon ». Oui, voici un entrepreneur qui ne se rémunère pas pour son idée, son savoir-faire ou son expérience, mais qui pense que tous les acteurs de son activité servent un intérêt commun, et donc doivent être rémunérés de la même façon, uniquement en fonction du temps passé. Et il agit en conséquence.

Les avantages économiques ne se font pas attendre ; « en cédant (ndlr : gratuitement) des morceaux de mon activité, j’en ai retiré plus de bénéfices » assure Laurent. La motivation génère de la réactivité et les réponses aux demandes des clients ne se font plus attendre ; le chiffre d’affaire progresse, la qualité de vie aussi : « je n’amène plus de travail à la maison, c’est génial ! » s’exclame t-il, ce qui fait rire Jézabel  : « pour moi c’est l’inverse, je suis contente d’y penser quand je rentre chez moi, d’imaginer de nouvelles solutions… »

Voilà une entreprise où tous les intervenants qui collaborent ont la même envie qu’elle fonctionne ; on y entend « cette équipe me donne de l’élan, sans elle, je m’ennuierais » et « en partageant, on va plus loin que seul ! » .

Etonnant, tout ça, non ?

Evidemment, ce fonctionnement s’appuie sur une implication de chacun de ses « moteurs », et sur une belle confiance entre eux. Ensuite, on voit bien que le niveau de rémunération n’est pas tout, loin s’en faut : l’intérêt pour le travail, la reconnaissance mutuelle et l’utilité sociale qu’on y trouve sont tout aussi importants. Enfin, on peut ajouter que les systèmes (sociétés, associations, coopératives…) sont des cadres nécessaires, mais c’est surtout la manière dont les hommes habitent ces systèmes et les font vivre qui est essentielle.

_DSC0159 P1050261 P1200760 _DSC0021 _DSC0006

 

La vidéo est réalisée par Y Media

www.ymedia.fr