Connaissance de soi, Parentalité

Le 16 septembre 2012

La télévision présente les programmes pour enfants ou les émissions à vocation éducative comme un moyen de développer l’éveil de l’enfant, comme une stimulation qui aide l’enfant à mieux se structurer mentalement et notamment à muscler sa mémoire. Or, certains spécialistes accusent la télé de tous les maux : elle rendrait nos enfants violents, elle les abêtirait… Et cela sans que nous puissions vraiment y faire grand-chose.


LES AVIS DES PROS

Albine ALLIGNOL psychologue clinicienne et spécialiste des comportements des jeunes face aux nouvelles technologies 

Dans notre société actuelle, l’écran tient une place majeure (télévision, ordinateur, les téléphones portables, jeux vidéo et internet). Les jeunes « consomment » quotidiennement des images.
Si les écrans de par ce qu’ils proposent peuvent être vecteurs de d’éveil, ils sont à utiliser avec modération et le contenu visionné doit correspondre à l’âge de l’enfant .

A chaque âge va correspondre des programmes et jeux spécifiques.

Durant les premiers mois et premières années de vie, l’éveil et l’apprentissage s’effectue par le biais de la motricité. L’enfant a besoin pour grandir d’être acteur de ses expériences. L’intelligence se développe par la découverte du monde dans une relation en direct.
Avant trois ans, seules les interactions dont l’enfant profite sont les interactions avec une personne ou avec un objet qu’il manipule dans son environnement
Plus tard, il est important d’accompagner l’enfant ; par exemple, lorsqu’il regarde la télévision, il peut être exposé à des images qui lui font vivre des sensations émotions fortes. Les mots d’un adulte peuvent l’aider à « digérer » ces images, faire la part des choses entre réalité et fiction. C’est un temps d’échange important entre enfant et adulte. Il peut faire émerger un vécu propre en lien avec une expérience que l’enfant a eu précédemment.

Serge TISSERON

Serge Tisseron évoque l’idée que les images que nous voyons déclenchent en chacun de nous des résonnances sensorielles (schèmes sensori-affectivo moteurs), en lien avec notre histoire individuelle. Il en déduit donc l’idée forte intéressante que nous ne sommes pas passifs devant les images.

Nous ne sommes pas passifs devant les images

Michael STORA

Michael STORA utilise l’image et les jeux vidéo pour permettre aux adolescents en souffrance d’exploiter cette part active dans la relation à l’image. La créativité et l’imaginaire permettront d’élaborer un vécu souffrant en saisissant l’ado par quelque chose qui l’intéresse.

Au moment de l’adolescence, l’usage d’internet et spécifiquement des réseaux sociaux s’amplifie. Il permet de rester en lien avec les amis et de constituer un groupe. L’adolescent va expérimenter dans la réalité et par les conversations sur internet les relations humaines et consolider ainsi une identité en devenir. Durant cette période sensible, nous devons être attentifs à l’usage que l’adolescent va faire des écrans. Est-il un outil pour être en lien avec les autres ? A-t-il pour fonction de se mettre à distance des angoisses ? L’absentéisme scolaire, le retrait relationnel et la présence d’angoisse sont les trois signes principaux d’une souffrance. Elle doit être accompagnée lors de ce passage complexe qu’est l’adolescence.

Aurélien TRONCHON coordinateur de prévention

Nous en sommes tous convaincus, la société dans laquelle nous évoluons est une société de l’image.
Dans cette société l’image est multiple. Elle représente ce que nous désirons être aux yeux des autres mais aussi ce que les autres nous donnent à voir. La télévision et les outils numériques servent désormais de support à ce désir d’exister aux yeux des autres. Ce désir de voir ce qu’ils sont, de voir les histoires qu’ils nous racontent. Or dans le même temps la société évolue vers une société du loisir ou plutôt du temps libre.
L’INSEE lors de son rapport de 20101 nous apprend que sur les 5h de temps libre que nous avons par jour, nous passons en moyenne 2h30 devant un écran.
La rencontre de l’image mobile, celle de nos écrans, tends à s’effectuer de plus en plus tôt dans la vie des enfants. Que ce soit à l’aide d’un téléphone tactile ; fascinante expérience que celle d’un tout jeune enfant maniant le Smartphone, pointe d’une technologie d’ « adulte » ou bien dans le canapé devant des programmes « spécialisés » sur des chaines de télévision elles-mêmes spécifiques. Les enfants sont initiés par les parents à entrer dans cette société d’image.
Il est difficile de résister au répit que nous offre la télévision les dimanches matins ou lorsque les enfants semblent en dehors de tout contrôle. Ces images qui paraissent les capter, les apaiser et parfois même les éduquer sont souvent livrées telles quelles sans décodage.
Plus que de limiter le temps passé devant les écrans, il me semble nécessaire de prendre du recul sur notre rapport à ceux-ci. Il nous faut accompagner les plus jeunes générations non seulement dans leur initiation mais aussi dans la gestion des tensions occasionner par l’usage.

En bref 

Limiter le temps de télévision, d’Internet, de jeux vidéo à un temps raisonnable suivant l’âge des enfants.
Avant 3 ans la télévision est fortement déconseillée.
Jusqu’à 4 ans : pas plus de 20 minutes.

Avant 3 ans

Un tout-petit n’a pas encore la maturité nécessaire pour suivre le fil d’une histoire, même s’il s’agit d’un dessin animé. De plus, il ne peut pas fixer son attention plus de 20 minutes d’affilée. De plus, il faut savoir qu’au-delà de 20 minutes, son cerveau entre dans une phase passive, proche de celle qui précède le sommeil. Il est donc inutile et même nocif de le laisser hypnotisé face à l’écran qui ne lui apporte plus rien. Pour éviter de couper une histoire, chose que les enfants de cet âge acceptent mal, procurez-vous des cassettes composées de plusieurs petits récits. Repérez également les émissions pour les petits sur votre programme. Deux solutions : soit celle qui vous semble correspondre à votre tout-petit tombe à un moment propice de la journée, soit vous décidez de l’enregistrer. Dans les deux cas, faites-en un rendez-vous à un moment précis de la journée, pour aider votre enfant à se détendre avant d’aller dormir, au retour du square…

Ce moment agréable va lui servir de repères. Si vous ne cédez pas, il va vite comprendre que la télévision doit rester un plaisir ponctuel.

A partir de 4-5 ans

Un enfant peut rester le temps d’un film devant le petit écran, sans risque de s’abrutir. En revanche, il a encore besoin de vous pour décrypter l’intrigue, se faire expliquer des subtilités morales qui lui échappent encore. C’est l’âge des « pourquoi », des « comment » à la chaîne, et votre présence à ses côtés pendant la projection est tout à fait indispensable. Ce n’est qu’à ce prix que la télévision acquiert une véritable utilité éducative. Vous pourrez l’aider à situer les personnages, à démêler les malentendus et la mauvaise interprétation qui ne manquent pas de se produire à la première projection.

Evidemment, vous n’êtes pas obligé d’assister au passage de la même vidéo vingt fois de suite, sauf si cela vous fait vraiment plaisir. En matière d’émissions à la télé, là encore, faites une sélection précise, au niveau des sujets. Oui pour les émissions sur les animaux, la nature, les dessins animés…. Et passez la consigne à la baby-sitter ou à la nounou, en vous montrant ferme sur la question. Il arrive trop souvent que les personnes de garde aient recours à cette solution de facilité.

A partir de 7-8ans

Passez un contrat de confiance. A cet âge, il est possible de le laisser seul devant le poste, ce qui ne veut pas dire le laisser totalement livré à lui-même. Sélectionnez ensemble les émissions qu’il peut regarder, et donnez à votre enfant des consignes et des limites qu’il ne doit pas dépasser. Il y a un moment où vous devrez laisser à votre enfant une marge de manœuvre par rapport à la télévision. Faites-le progressivement, sans attendre trop longtemps, car cette marque de confiance va aussi l’aider à se prendre en charge et à ne pas se soûler d’émissions débiles dès que vous avez le dos tourné.

Décidez ensemble du créneau de la journée où il peut allumer le poste, surtout si c’est en votre absence. Après ses devoirs, ou au moment du goûter par exemple. Pour information, le temps qu’il passe devant la télévision à cet âge et si possible par la suite, ne doit pas excéder deux heures quotidiennes. S’il a tendance à se mettre devant l’écran au moindre temps libre, proposez-lui d’autres activités. Sans parler de la lecture ou des activités extérieures, la consultation d’un CD-ROM ludique, qui lui permet d’être actif, est toujours préférable à une après-midi télé non-stop.

Les erreurs à éviter

  • Allumer systématiquement la télévision dès que vous rentrez à la maison.
  •  Multiplier les postes dans la maison. Un dans votre chambre, l’autre dans la cuisine ou au salon. Votre enfant risque de penser que cet objet est totalement indispensable en toutes circonstances.
  • Laisser votre enfant zapper dans tous les sens. Rien de pire pour favoriser la déconcentration.
  • Le laisser seul devant l’écran. Même lorsqu’il est plus grand. Certaines scènes violentes ou amoureuses prennent des proportions importantes dans son esprit et risquent ensuite de l’obséder. Vos explications sur le moment peuvent désamorcer immédiatement le problème.
  • N’hésitez pas à Interdire tel ou tel programme si vous l’estimez inadapté à votre enfants ou si il ne correspond pas à vos valeurs éducatives.

Pour en savoir plus

Assistez à la conférence-débat Dangers et bienfaits de la télé par Albine Allignol et Aurélien Tronchon, invités des Ateliers parents de l’Emblavez. Salle polyvalente de Saint Etienne Lardeyrol le vendredi 12 octobre 2012 20h30

Le lendemain, samedi 13 octobre de 9h30 à 11h30, un atelier permettra d’approfondir ce thème de façon plus personnelle avec des exemples concrets de notre quotidien. Ouvert à tous – Pendant l’atelier, les enfants sont accueillis au relais assistance maternelle de St Etienne Lardeyrol. Renseignements et inscriptions au 04 71 03 75 35 et 06 81 36 12 85


D’autres rendez vous parentalité ? consultez les strada’dates


Commentaires

  • Callipédie (@Callipedie)

    Votre excellent article est à mettre en parallèle avec l’article paru dans le numéro de septembre de la recherche.

    Les jeux vidéo violents ont un impact positif sur le cerveau pour la vision, l’attention et la créativité.
    Ce sont les études d’une équipe de l’université de Genève qui le démontrent. Allez écouter l’interview de la responsable Daphné Bavelier sur TEDx : http://wp.me/p2mzNG-9G

  • TRONCHON

    Une distinction est à faire entre une image totalement subie, celles reçut de télévision, et les images dans lesquelles l’interaction est possible. Pour les jeux vidéos, effectivement des compétences peuvent être développées. Nuançons tout de même car si sur le point de vue cognitif des changements positifs sont perceptibles, n’oublions pas que les effets sur la place et les interactions dans l’environnement proche sont aussi à prendre en compte. Sur ce point, les aspects positifs retirés de l’utilisation des jeux sont plus pondérés.

  • Bébés, enfants, ados… Tous accrocs aux écrans ? | strada-dici.com | claranceenjoy

    […] des images. Si les écrans de par ce qu’ils proposent peuvent être ….See on http://www.strada-dici.com Share this:TwitterFacebookJ'aime ceci:J'aimeSoyez le premier à aimer […]

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