Il est deux heures de l’après-midi, un camion avec une remorque porte-char s’arrête sur le bord de la route. Le chauffeur descend de sa cabine, détache l’engin sur la remorque, le démarre et s’enfonce avec lui dans la forêt. Je n’ai pas vu repartir le camion, mais le soir quand j’ai retraversé la forêt, il manquait 3 hectares de bois !
Tous ceux qui aiment à se promener entre Mézenc et Meygal ont remarqué ces tristes trous dans les bois. Bien souvent, ces coupes rases ne sont pas replantées, le terrain nu est envahi par les ronces. Il faudra plusieurs années avant que des arbres ne réapparaissent. Nous sommes un collectif de citoyens et d’entreprises qui nous alarmons de l’état de nos forêts. Nous sommes des propriétaires, des gens du pays, des amoureux de la forêt, des soucieux de l’environnement, des sportifs, des professionnels de la forêt et de la seconde transformation du bois.
Nous voulons montrer que la forêt n’est pas seulement l’affaire de quelques grands financiers du bois, prêts à piller les ressources que nous ont léguées nos anciens. Nous voulons que la forêt fasse partie des grands projets de développement de notre pays, qu’elle soit l’occasion de renforcer notre tissu
artisanal tant dans les métiers de la forêt que dans ceux du bois et qu’elle renforce notre potentiel touristique.

Nous avons des idées pour que cela change
– Proposer des animations autour de la forêt pour renforcer notre lien avec elle et faire connaître ses bienfaits.
– Faire se rencontrer tous les acteurs de la forêt : les propriétaires, les travailleurs de la forêt, les scieurs et marchands de bois, en y incluant aussi les artisans de la seconde transformation du bois (charpentiers, menuisiers, ébénistes…). Organiser un marché local du bois.
– Acheter des parcelles de bois et les laisser se développer selon nos propres critères et non pas selon ceux que le monde financier veut nous imposer.

Pour sauver nos forêts, nous aurons besoin de beaucoup d’énergie !
Vous êtes propriétaire, travailleur de la forêt, artisan ou simplement soucieux de notre environnement : si vous voulez que nos plantations deviennent de vraies forêts, alors rejoignez-nous !
Vous pouvez vous investir à nos côtés, mais aussi simplement nous faire savoir votre intérêt pour notre action.

COLLECTIF FORÊTS DE HAUTE-LOIRE
foretsdessucs@orange.fr

L’état de nos forêts et leurs enjeux

En Haute-Loire, la surface boisée est plus importante que dans les autres départements. Dans les zones où il existait une activité traditionnelle historique autour des forêts, elles sont plutôt bien exploitées. En revanche, les zones forestières apparues plus récemment, comme le Mézenc et le Meygal, souffrent d’un mauvais entretien et d’une exploitation arbitraire. Rappelons que dans la seconde moitié du XXe siècle, l’État, pour compenser la disparition des petites exploitations agricoles, a pris en charge le coût de plantation d’arbres sur les terrains agricoles. L’accroissement du volume de bois devait permettre de récupérer en 50 ans les pertes des exploitations agricoles. Il en fut autrement.

 Une situation préoccupante

Les agriculteurs reconvertis en propriétaires forestiers n’avaient aucune culture forestière et personne ne leur a expliqué qu’une plantation demandait un peu d’entretien. C’est ainsi qu’on trouve des plantations impénétrables, où la moitié des arbres sont morts étouffés par les autres et où ceux qui ont survécu montent à 25 mètres pour un diamètre inférieur à 20 cm. Aucune lumière ne parvient au sol, rien ne pousse sous les arbres et aucun animal ne s’y aventure. Le bois n’a aucune valeur. Si la plantation avait été éclaircie et ébranchée, les arbres restants devraient atteindre une hauteur de plus de 30 mètres pour un diamètre supérieur à 50 cm et des jeunes pousses d’arbre seraient prêtes à remplacer les arbres prêts à être abattus.

Beaucoup d’erreurs ont été faites en plantant des arbres inadaptés au terrain. Je pense notamment à des épicéas plantés sur des zones humides. L’eau empêche les racines de s’enfoncer dans le sol, et j’ai vu des épicéas qui avaient poussé à l’abri du vent et qui étaient tombés du fait de leur propre poids ! Ailleurs, j’ai vu des sapins de Vancouver qui forment des sapins géants dans leur habitat d’origine mais qui meurent très rapidement à cause de leur faible résistance aux parasites dans nos montagnes. En plus, ils sont inutilisables pour la charpente car très fragiles et leur performance thermique n’en fait pas un bois pour le chauffage. Les seuls débouchés du Vancouver que j’ai trouvés sont le sapin de Noël ou la papeterie.

Les plantations sont morcelées en de toutes petites parcelles. Les propriétaires sont souvent partis ailleurs, et les successions font que la connaissance des propriétés a disparu. On estime que seulement 1/3 des propriétaires connaissent leurs plantations et savent où elles se trouvent, 1/3 ne savent pas où sont situées leurs plantations et 1/3 ne savent même pas qu’ils possèdent une plantation.

Le tissu économique local de la forêt a disparu. Les scieries se sont regroupées en de grosses unités et acheter quelques arbres par-ci par-là ne les intéresse pas. Le petit propriétaire forestier n’a guère de solution : exploiter lui-même sa parcelle et vendre son bois ou attendre qu’un négociant vienne lui proposer d’acheter tous les arbres de sa parcelle. Lorsque le négociant aura acheté suffisamment de parcelles contiguës il pourra lancer le chantier et une nouvelle coupe rase va apparaître.

Quels reproches faisons-nous à cette nouvelle méthode d’exploitation de la forêt ?

Le premier est d’ordre économique. La forêt rapporte de moins en moins d’argent aux propriétaires. Les métiers de la forêt disparaissent. Les charpentiers, menuisiers, constructeurs utilisent de plus en plus des produits bois qui ne viennent pas de Haute-Loire. On estime que 80% des bois utilisés en construction dans le département ne proviennent pas de Haute-Loire.

La disparition du tissu économique local provoque une perte de savoir-faire qui à terme sera certainement néfaste à notre pays. Bientôt nous n’aurons dans nos forêts que quelques conducteurs d’engins, spécialistes « presse bouton », qui ne sauront même plus ce qu’est un arbre. Un jour ici, le lendemain ailleurs, ils ne connaîtront rien de notre pays.

La forêt n’est pas seulement un capital financier. C’est un bien commun dont nous profitons tous ! C’est d’abord un réservoir de biodiversité inestimable. (La place nous manque ici pour faire la liste des bienfaits de la forêt sur la faune de notre pays, mais j’espère pouvoir revenir une autre fois sur ce sujet.) La forêt est aussi un capital touristique important. Imaginez qu’il n’y ait plus que quelques forêts gérées par l’ONF entourées de parcelles impénétrables !

Sans la forêt, notre eau n’aurait pas la même qualité, les inondations pourraient être plus importantes. Les chasseurs perdraient une grande part de leur territoire de chasse et de leur gibier.

La forêt stocke du CO2 dans le sol et protège la terre. Dans le cas de coupe rase, le gaz carbonique est rejeté dans l’atmosphère et la terre est lessivée par les intempéries.

François Guilbert