Prenez du chanvre, très bon isolant naturel fibreux. Prenez de la chaux, connue pour sa capacité à gérer l’humidité, et sa résistance bactérienne et fongique naturelle. Mélangez les deux, ajoutez de l’eau, vous obtenez un béton de chanvre. Ce mix permet de bâtir, d’isoler et de décorer. Tout ça à la fois, et avec une empreinte carbone minimisée.

C’est quand même moins simple qu’il n’y paraît.

Des formulations précises prennent en compte la taille de granulat de chanvre et le type de chaux utilisé. Elles sont issues des retours d’expérience de professionnels, et sont adaptées en fonction de leur destination : construction porteuse, isolation, enduit, support, épaisseur, pour l‘intérieur ou l’extérieur, conditions lors de la pose… La chaux est un matériau sensible qui peut réagir en fonction de multiples paramètres, dont l’hygrométrie du lieu et les températures.

Le béton de chanvre, est une découverte très récente (1986) mais ses ingrédients, sont connus de l’humanité depuis des milliers d’années.

Depuis quand utilise-t-on la chaux ?

On ne le sait pas exactement, mais il y a 14 000 ans des fondations de chaux ont été construites en Turquie. On retrouve aussi la chaux dans les pyramides d’Égypte et on sait que les Celtes en répandaient dans leurs champs pour les fertiliser.

Le chanvre, c’est l’une des premières plantes domestiquées par l’homme dans le monde.

On l’utilisait il y a 5 000 ans et depuis le IIe siècle en France pour sa fibre, dans des cordages, des vêtements, dans la fabrication de papier… Puis, en 1940, en raison d’un usage ‘à la marge’ comme psychotrope, sa culture fut interdite. Elle est aujourd’hui réhabilitée mais reste très réglementée. La filière chanvre est principalement orientée vers le marché de l’isolation écologique. Elle semble s’organiser autour d’une école nationale du chanvre à Mende, de groupements de professionnels toujours en recherche de nouvelles applications, et de cinq chanvrières françaises qui produisent et transforment la plante en chènevotte répondant aux normes de la construction.

Et le mélange chaux-chanvre ?

C’est en 2011, que fut construite en Haute-Loire la première maison en béton de chanvre banché. Une réalisation Alexis Monjauze. www.eco-architecte.com. La preuve que les mélanges chaux chanvre peuvent remplacer avantageusement les constructions en béton et acier. Encore faut-il que cela se sache… Dans ces pages, nous vous invitons à découvrir une rénovation d’une très grande bâtisse, à côté de Raucoules, dans laquelle le béton de chanvre a été mis en oeuvre en enduit isolant par l’entreprise de maçonnerie et pierres de taille Fabien Michel.

 

 

Rénovation et transformation d’une ferme en gîte

La ferme de la Pèze sur la commune de Raucoules est entourée de près. À l’origine, c’est un bien des parents de Thierry Mounier. Lorsqu’il devient propriétaire de cette imposante bâtisse de 500 m2, la question se pose de son devenir. Faire une habitation de ses deux corps de ferme mitoyens ? Beaucoup trop grand. Les transformer en appartements ? Il ne se sent pas l’âme d’un promoteur. Avec son épouse Marie- Lise Masson, Thierry décide de reconvertir les deux tiers de cette grande bâtisse qui jouxte leur habitation en un beau gîte écorénové. Le projet est ambitieux. « On le fait une fois et on le fait bien… ou bien on ne le fait pas. » Huit ans de réflexion, entrecoupés de réunions avec l’architecte Carole Masson, avant que le projet ne se dessine vraiment. C’est les vacances de Noël, le soleil d’hiver caresse les pierres de la façade, la voie Fluvia et le chemin de Saint-Jacques qui passent tout près les narguent gentiment : évidemment qu’un tel lieu saura séduire une clientèle ! Marie-Lise et Thierry se décident pour une création de salle de réception d’une capacité de 170 places associée à un gîte de 40 couchages répartis dans des chambres spacieuses. Une grande attention sera portée au choix des matériaux, sains et nobles, et au confort thermique et phonique.

La bâtisse de la Pèze, c’est 40 créations ou modifications d’ouvertures, une extension pour abriter la chaufferie, la création d’un mur de soutènement tout en pierres de récupération taillées sur place, et surtout du béton de chanvre en doublage de mur et en finition enduite.

Le couple a choisi de travailler avec le maçon Fabien Michel, réputé pour son sérieux, au savoir-faire pointu, orienté préservation du patrimoine bâti et écologie du bâtiment. Celui ci souhaite faire la promotion du chanvre dans la construction, il a donc invité des architectes, des artisans, mais aussi des clients et Strada à la visite de cet imposant chantier, en cours depuis 2 ans. Les chiffres sont impressionnants : 525 m2 de dallage béton, 700 m2 de rejointoiement intérieur à la chaux, 450 m2 d’enduit isolant chaux chanvre…

Fabien Michel. Après des études en histoire de l’art, il s’installe en 2003 comme tailleur de pierre. De fil en aiguille, il prend un apprenti, puis un salarié et est aujourd’hui à la tête d’une entreprise de maçonnerie de 25 personnes à Saint-Pierre-Eynac, sans l’avoir vu venir, dit-il. C’est à lui qu’a été confié le chantier ambitieux de la Pèze.

Les pierres du chantier

Dans un pays de granit, on construit en granit. Quand les ouvertures ont été créées on a récupéré les pierres à bâtir. Pour les encadrements, faute de carrière sur place, on a cherché une pierre ressemblante ailleurs : le granit de Creuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le débord de toit est remarquable. Au dessous de la cheneau aluminium presque invisible dans une arête très sobre, pas de chevrons mais des pierres de la carrière de Blavozy, découpées à la scie numérique qui reprennent à l’identique les courbes des corniches existantes. « On s’est donné la peine de refaire comme c’etait avant avec l’envie que ce soit beau !  » raconte le propriétaire.

 

 

 

Marie-Lise Masson et Thierry Mounier

A côté de leur projet de gîte, ils élèvent des vaches laitières, des vaches allaitantes et de magnifiques bufflonnes d’un noir rutilant. La mozzarella de Haute-Loire, elle vient de chez eux ! Ferme du brin d’Auvergne à Lapte.

 

Les propriétés du béton de chanvre

Léger

La masse volumique apparente du béton de chanvre est d’environ 350 kg/m3. Ce n’est pas un gros porteur mais il est parfait pour les architectures légères comme les surélévations,les extensions, une dalle isolante en rénovation d’étage, une réfection de toiture… ou associé avec une structure porteuse. Sur une ossature bois, le compromis écologique est top.

Performance thermique

Avec 30 cm de béton de chanvre projeté on obtient un R (m2.K/W) de 4. L’autre avantage du matériau c’est qu’il combine à la fois les caractéristiques d’un isolant et d’un mur, ce qui lui confère

une bonne inertie thermique. Les murs en béton de chanvre sont capables de stocker de la chaleur, comme les monomurs en brique.

Déphasage thermique

Compter 10 h environ pour que la chaleur ou le froid traverse un mur en béton de chanvre (de 30 cm).

Confort hydrique

Régule l’humidité et assainit l’air ambiant. Compte tenu de la porosité naturelle de la chènevotte, le béton de chanvre assure des transferts de vapeur d’eau entre milieu intérieur et extérieur et contribue ainsi au confort intérieur des bâtiments.

Performance acoustique

Il affaiblit et absorbe les sons. Un mur de béton de chanvre de 30 cm offrira à lui tout seul un affaiblissement de 59 dB (c’est équivalent à la performance d’un complexe parpaing creux de béton de 20 cm + 8 cm de laine minérale + 1 cm de plâtre), et, en plus, il affiche un coefficient d’absorption de 0.8 (pic entre 400 et 500 Hz).

Résistance au feu

Le feu ne se propage que très lentement dans le béton de chanvre. De plus, il n’engendre pas de chute de débris enflammés et les fumées occasionnées sont très faibles. C’est donc un matériau qui peut être utilisé pour des bâtiments collectifs ou recevant du public, en association avec une structure porteuse en béton, bois ou mixte (bois/béton).

Résistance aux insectes et rongeurs

Il est très peu, voire pas du tout, sujet aux attaques par les insectes car il ne contient pas d’albumine et possède un fort pourcentage en silice. Il est donc biocide mais aussi bactéricide.

Stabilité sismique

Sain

Pas de composé organo-volatils. La moitié de la production européenne de chanvre est en France, où il est cultivé sans OGM.

Ecologique

Alors que le béton ‘classique’ est gourmand en eau, en extraction de sable, et émet énormément de gaz à effet de serre, le béton de chanvre participe à la décarbonation ! 1 hectare de chanvre capte 15 tonnes de CO2, contre 2,2 tonnes pour 1 hectare de maïs.

Mise en oeuvre

Vu les dimensions du futur gîte du Pézé, si le béton de chanvre avait été mis en oeuvre manuellement, il aurait fallu être très, très patient. Pour venir à bout de ce chantier, le processus a été élaboré en collaboration avec l’école nationale du chanvre de Mende. La projection fut donc mécanique, sur ossature le plus souvent noyée, jusqu’à 30 cm d’épaisseur de Bétons Chanvre Tradical sur le mur nord à isoler. Deux machines indépendantes font le travail : une machine malaxe le lait de chaux, l’autre carde la paille de chanvre et la souffle. À l’intérieur du tuyau que tient l’opérateur, (sur notre photo) la chaux est brumisée en périphérie, le chanvre est au centre. Le mélange se fait directement sur la surface. Un particulier qui voudrait opérer lui-même se trouverait confronté à de grosses difficultés : le matériel conséquent et la technicité de la mise en oeuvre. En particulier la gestion de la quantité d’eau qui va jouer sur le temps de séchage… On pourrait comparer avec le fonctionnement d’une chaudière à pellets, qui apprécie un taux d’humidité et une taille de granulat constants. D’où l’intérêt d’organiser la filière chanvre autour de professionnels qui échangent sur leurs retours d’expérience et élaborent des normes pour travailler de façon plus efficace, confortable et sécurisée. C’est ce qui se passe naturellement en Haute Loire, avec quelques artisans et architectes, curieux et collaboratifs. Ils constatent que le béton de chanvre dans les habitations est un produit pérenne et sain.