Ah ! Je vois votre regard égrillard s’alanguir sur ce titre… Encore des propos érotiques s’attardant sur des pratiques SM ! Eh bien non ! Il y est certes question de chaînes et de réseaux, mais c’est pour mieux vous faire ressentir le changement en cours et l’importance d’une conception novatrice du monde numérique en train d’émerger. Un nouvel internet, rien que cela !

Jusqu’à une époque récente, les échanges de valeurs – monétaires et financières –, les transferts d’informations importantes – un acte de commerce, un titre de propriété, un brevet ou une propriété intellectuelle – ou les stockages de données nécessitaient le recours à des tiers de confiance : banques, notaires, agences spécialisées, data centers dédiés. Leur existence, avec pignon sur rue, établissait la confiance qui est à la base de toutes les transactions. Mais voilà que la défiance s’est installée. Au lieu de confier la gestion et la mémoire d’opérations à des organismes d’État ou internationaux, ou encore à des banques, certains utilisent des blockchains : les « chaînes de blocs », en français, qui désignent des données numériques cryptées et stockées en grand nombre sur des serveurs disséminés de par le monde.

En 2009 apparaissait le bitcoin, la plus connue des monnaies numériques, dites cryptos monnaies, du fait de l’usage de la cryptologie pour traduire, échanger et stocker les valeurs ainsi échangées, hors de tout contrôle institutionnel. Un algorithme permet les échanges de valeur (ou d’informations) au moindre coût, de façon indéchiffrable et indestructible mais également non manipulable par ceux-là mêmes qui ont en charge de les valider et de les stocker. Tout ce montage crypté est finalement extrêmement gourmand en énergie électrique et des recherches sont en cours pour en réduire l’empreinte écologique.
Il y a du libertaire – s’affranchir des pouvoirs établis – dans cette conception nouvelle de la réalisation des opérations commerciales ou financières. Mais aussi du libertarien*, qui consiste à ne se fier pour la bonne gestion de l’économie qu’à la primauté des marchés. En utilisant les blockchains, même si chaque acteur économique est responsabilisé dans ses échanges avec des tiers, il agit à l’intérieur d’un monde où tout ce qui a de la valeur a forcément un prix.
La blockchain : un monde libre de choisir ses chaînes…
Ce n’est pas un peu SM, ça ?

 

Georges DUSSAUCE

Libertarien* : Courant de pensée, essentiellement aux États-Unis,
s’inspirant des théories libérales de F. Hayek (économiste autrichien du
milieu du XXe siècle) et fondant sa réflexion sur le principe : « Ce qui a
de la valeur a un prix, tout le reste est pure invention ».