Devant moi le néant, et à l’intérieur de mon être un vide.

Extraits de séances : – « C’est insupportable, pour moi ce vide c’est l’expression de ma faiblesse » – « Ce vide me dit que je ne suis rien, il me fait honte » – « Ce vide m’anéantit, j’ai seulement envie de pleurer » Je ne supporte pas ce vide, vous comprenez ? Je n’en veux pas !

Si je tape le mot « vide » sur un moteur de recherche, je suis rapidement convié à consulter des pages concernant la philosophie, la physique et le quotidien. Au quotidien, le vide, on imagine bien ce que c’est : un truc ou il n’y a rien, ou plus rien et ça n’est souvent pas terrible. En philosophie et en physique déjà, c’est autre chose : il est question d’Être, de Matière, et d’Existence… Ha ! je me rapproche de mon sujet.

Le psy que je suis se dit qu’à force de le rencontrer chez ses patients – à peu près là où on se demande qui on est finalement – à force de l’avoir expérimenté soi-même de façon plus ou moins douloureuse, à force de le voir si promptement évacué des conversations et en général de la majorité des actes du quotidien, à force, il se dit qu’il doit y avoir là quelque chose d’important, d’intéressant et peut-être même fondamental dans ce vide.

J’ai alors tenté une expérience de méditation, une concentration, et j’ai accepté mon propre vide, je m’y suis laissé aller. Cela n’a pas été sans peine, difficile de laisser passer tout ce que l’on a en tête, de se vider l’esprit, de se concentrer au-delà. J’ai dû abandonner les pensées pratiques : les choses à faire, le travail, la petite famille, les pensées agréables et désagréables, l’inconnu, l’impensable et son cortège de craintes et d’angoisse ; j’ai dû dépasser la pensée, chercher juste un point de conscience, soi-même entre terre et ciel. Soi-même dans le sens de : je suis un être conscient. Accepter le vide, posé sur terre, projeté vers… le point le plus haut que je puisse atteindre. J’y suis allé. Je me suis rendu compte que j’y étais, moi, pleinement présent. Je me suis regardé, posé au milieu de ce vide, moi au milieu d’un paysage lunaire, témoin de l’agitation du dehors ; et aux confins de ce vide toutes ces choses très familières de mon quotidien. De là j’ai vu des choses drôles, des choses tristes, des choses importantes et d’autres insignifiantes. D’abord extrêmement angoissant, ce vide – quand on l’accepte – devient plutôt rassurant parce qu’il est constant, invariable, et surtout, parce que c’est le mien, à moi seul. Au milieu de ce vide, j’ai découvert quelque chose d’unique : ma conscience.

Quand on accepte d’y aller voir, le vide s’installe entre soi et l’extérieur. En lâchant juste un instant notre quotidien, les perspectives changent, ça se dénoue, ça se renoue, ça se délie, ça se relie. En échappant à toute matérialisation, le vide en reste alors fondamentalement à l’origine, il est là, entre ma conscience d’exister et ce qui est en dehors de moi. Au moment où j’écris, le vide est pour moi un endroit d’où je peux relire et relier, remanier « moi et le monde ». Le quotidien très matériel me rattrape, je sors du vide, mais j’y retournerai avec plaisir et curiosité, continuer d’interroger ainsi cette façon que j’ai d’être moi dans ce monde.