En général, les références à notre animalité portent une connotation dévalorisante et violente ; on évoque la bassesse de nos instincts primaires, la rudesse de la compétition entre mâles pour séduire les femelles, la sauvagerie des prédateurs… Et si, comme Darwin l’a argumenté, il y a continuité entre les fonctions cognitives animales et humaines, alors nous vivons dans un monde impitoyable ! Pour rester en vie, faire partie des meilleurs, de ceux qui perpétueront l’espèce, on devrait se livrer des luttes sans merci.
Et moi, j’ai pas envie.

À Strada, on préfère voir les verres à moitié plein que ceux à moitié vide, tirer profit des expériences positives au lieu de s’apitoyer sur notre sort. En matière d’éthologie aussi, on a plutôt tendance à repérer chez les animaux des stratégies de coopération au lieu de fonctionnements concurrentiels et égoïstes… dans la famille rouge-gorge par exemple on observe que les parents participent à part égale à la construction du nid et au nourrissage des petits ; au sein d’une colonie, des tisserins d’Afrique, posés en rang le long d’une branche, passent les fruits de l’arbre à ceux qui ne peuvent les atteindre ; plusieurs espèces de mésanges, associées à des sitelles et des passereaux, s’organisent en ronde pour chasser ensemble ; Olivier Putz, notre rédacteur-naturaliste, nous a raconté comment renards et marmottes cohabitent sur le même territoire, s’en partageant les ressources, les renards – prédateurs des marmottes – ne croquant pas leurs accueillantes voisines mais, quand le besoin s’en fait sentir, allant chercher pitance plus loin dans le vallon… L’homme, en matière de coopération, ne fait-il pas mieux que ses congénères du règne animal ?

A Strada, nous rencontrons régulièrement de drôles d’oiseaux qui laissent présager d’horizons plus pacifiques et solidaires. Dans la famille des entrepreneurs, des oiseaux rares réinventent la façon de travailler ensemble et de partager les richesses produites. (c’est notre sujet entreprise Partager pour aller plus loin, page…). Leurs gènes confiants et généreux modifient nos perspectives d évolution*. Darwin en bégaie de confusion et nous, quand les comportements s’affranchissent des normes de domination au profit d’un idéal de bien-vivre ensemble, et bien, on applaudit des deux ailes.  JA

* Le modèle de Darwin, qui argumente la théorie de l’évolution à partir de la «sélection naturelle» et de la «sélection sexuelle», a été controversé notamment par Joan Roughgarden dans Le gène généreux,pour un darwinisme coopératif.