J’ai rencontré Fabienne et Robert au salon du bien être de Sainte Sigolène, ils présentaient leurs activités de thérapeutes, elle réflexologue et Fleur de Bach, lui relaxologue. Très vite la conversation a dévié sur leur maison. Le couple venait juste d’emménager dans un lieu hors du commun et n’en revenait pas du tour qu’avait pris leur vie. « On a quitté notre maison d’Aurillac pour préserver et faire vivre un lieu spirituel dans le Pilat, à coté de Saint Just Malmont, un trésor. »

Cette fois, nous vous faisons découvrir une maison qui ne brille pas par son design ou son architecture mais par son histoire et l’énergie zen très spéciale qui l’habite.

 

Un lieu historique de spiritualité

Bouddhistes tous deux, Fabienne et Robert hésitaient entre pratiquer à plein temps la méditation dans le Cantal où ils s’étaient installés et intégrer un projet collectif. Il se trouve qu’à mi chemin entre deux centres bouddhistes qu’ils fréquentent – la congrégation monastique du Bost près de Clermont Ferrand et celle de Montchardon en Isère – se trouve cette région du Pilat qu’ils affectionnent ; on leur transmet l’information qu’une dame de 90 ans a justement une maison ici, dans laquelle de grandes figures bouddhistes ont séjourné. Au milieu d’une forêt, devant une grande prairie en bas de laquelle coule une rivière… un lieu enchanteur et sauvage qui ne se trouve qu’à 10 minutes de la ville de Firminy. Pourtant, cette maison et ses 8 hectares de forêts sont en vente depuis plusieurs années, sans succès… Elle semblait attendre Fabienne et Robert, le couple idéal pour préserver et faire vivre le trésor qu’elle recèle. Fabienne est lama, et Robert a fait de nombreuses retraites zen, tout deux souhaitent consacrer leur vie à la pratique et la transmission spirituelle : « Nous ne souhaitions pas devenir propriétaires, mais la vie nous a amené ce cadeau. C’est aussi une charge qui demande une certaine exigence. Elle donne du sens aux années qui nous restent. »

Lorsque le couple vient pour la première fois, la prise de contact entre la vieille dame et ses potentiels acquéreurs ne ressemble pas à une visite immobilière mais plutôt à une transmission spirituelle. Chaque endroit a été foulé par des maitres ; partout une anecdote à raconter, une référence à donner, la présence de reliques et une atmosphère incroyable.

L’accès se fait par une piste forestière, elle met tout de suite dans l’ambiance.

Il me faut vous préciser que la visite commence par la circumvolution* autour d’un stupa (photo), érigé en 1986 sur un lieu choisi par un des plus grands maitres bouddhiques contemporains. Ces constructions, extrêmement codifiées, sont traditionnellement remplie de mantras, de formules ou de textes sacrés, de reliques, d’offrandes…

Pour l’instant le lieu est protégé par des grillages qui seront très vite supprimés car comment ouvrir un lieu d’accueil si il y a des barrières ?

Une association culturelle vient d’être créée. Dès septembre, auront lieu ici des méditations pleine conscience ouvertes à tous.

Des murets en pierre sèche (photo) courent le long de la prairie et entre deux habitations, jusque loin dans la forêt… des teinturiers vivaient ici au siècle dernier se souviennent les habitants du hameau voisin.

Apres nous être rafraichis sur la terrasse à l’est à l’ombre d’un cèdre (photo) planté en 1970 par Deshimaru, l’un des illustres maîtres bouddhistes zen qui habita un temps ici, ils m’emmènent vers une bâtisse immergée dans les pins(photos ci-dessous). Elle est magnifique. Parfaite pour une chambre d’hôte de caractère, en pierre et en bois et de nombreuses ouvertures. Avec son toit qui descend bas, recouvert de tavaillons, elle a un charme fou. Mais ses nouveaux acquéreurs en ont décidé autrement. Ils vont lui rendre sa fonction religieuse. Ici, il y avait un trône, sans doute une ou plusieurs statues représentant Bouddha. Ce fut un lieu de recueillement, il le redeviendra.

 

La maison principale (photos ci-dessous)a été reconstruite dans les années 70 sur ce qui devait être une ancienne ferme.

 

 

Avant d’entrer, mes hôtes m’invitent à découvrir de petites pièces cachées sous la grande terrasse (photos ci-dessous)qui borde la maison principale. Donnant de plain pied sur la prairie, elles pourraient être utilisées pour servir d’appartement indépendant, mais Fabienne, enthousiaste, a d’autres projets : elle a tout de suite décelé le potentiel pour en faire des cellules de retraite. Il n’y aura donc pas d’appartement classique, mais des hébergements exigus et minimalistes pour personnes souhaitant s’isoler en vue de pratiquer intensivement.

Toujours sous la terrasse, le garage n’abritera pas la voiture qui restera au parking mais sera aménagé en salle de méditation laïque. La porte sera remplacée par une grande baie vitrée avec vue sur la pente herbeuse protégée par des arbres majestueux. Le lieu est magnifique et isolé, sans aucun vis à vis, il se prête parfaitement à des pratiques méditatives.

Entrons !

Sur trois cotés la maison est bordée de terrasses. Nous pénétrons par la porte d’entrée ouest. Le rez de chaussée comprend une grande pièce et une cuisine. Robert, peintre et ancien galeriste a la compétence et le goût pour restaurer. Une fois la pièce vidée de meubles jugés trop encombrants, elle a été isolée par un doublage placo, et peinte à la farine. Le sol en tomettes hexagonales de terre cuite rouges à été préservé. Un poêle a bois a pris place dans la cheminée. On reste simple et proche de la nature.

 

Dans la cuisine, même sobriété : tout ce qui pouvait être gardé l’a été. On aime la crédence.

A l’étage les chambres. Rien ne serait à signaler si il n’y avait la chambre des maîtres (photo ci-dessous). Elle a été occupée par d’éminents sages à la renommée internationale, mais aussi par le XVIè Karmapa, puis par son successeur le XVIIè Karmapa, le chef actuel de l’école karma-kagyu du Tibet, surnommé le lama à la coiffe noire. Est ce l’authenticité du mobilier ?  L’ancien lit bateau en bois massif ? Les tissus colorés ? La finesse du bureau ? Ou l’invitation du fauteuil ?  La fenêtre qui ouvre sur le faitage des pins ? Je penche plutôt pour l’influence de l’histoire qui m’a été contée, et la paix prégnante du lieu. Je reste assise plusieurs minutes dans un silence mental.

Nous montons d’un étage. Attention, me prévient Robert dans un sourire, nous nous rapprochons du réacteur. Stupeur. Le trésor est ici. (photos ci-dessous)

Trois imposantes statues de Bouddha nous regardent. Devant elles sont disposées des statuettes, des offrandes et des bougies. Sous la pente du toit, de modestes étagères abritent des textes sacrés, certains écrits à la main et enluminés d’encens, encore enveloppés dans des tissus. C’est un fond documentaire rare et en même temps un trésor d’objets rituels de grande valeur pour les bouddhistes. L’inventaire n’est pas terminé mais il a déjà été identifié une édition en 108 volumes du Kangyour en sanscrit, un recueil de textes canoniques tibétains qui reprend les paroles du Bouddha Siddhartha Gautama, et des calligraphies de Deshimaru.

Le lieu est très chargé, m’expliquent Fabienne et Robert. Les statues emplies de reliques sont comme des présences éveillées. Un cadre et des outils inespérés pour transmettre le bouddhisme contemporain et initier des personnes à la méditation.

 Ce n’est pas une maison, c’est un trésor spirituel  insistent ses propriétaires.

 

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