L’arbre emblématique des régions du sud de la France, qui respire d’habitude le bon air de la Méditerranée, s’installe de nouvelles racines en Haute-Loire. 

Sur les coteaux escarpés des gorges de la Loire, une association a restauré les anciennes terrasses. Écrin pour les ruines du château de Léotoing, courbures faisant écho à ses tours et aux méandres du fleuve, parenthèses soulignant le passé du site… Les constructions de pierre sèche en forme d’écailles mise en oeuvre par l’association Cetanella abritent déjà des plantes aromatiques, des fruitiers et de récents plants de vignes renouant avec la tradition vinicole du lieu. Le massif Central fut grand pourvoyeur de vin, oublié un temps des attaques du phylloxéra alors que les ceps des régions traditionnellement productrices rendaient l’âme sous ses assauts. Il est resté des murets et quelques souvenirs, ravivés par des amoureux du lieu, du patrimoine vivant et de la biodiversité.

Les murailles en ecaille

J’y croise Sébastien, qui a fait de cet endroit son bureau sur l’horizon. Aujourd’hui il est là pour planter des oliviers  « j’ai vu des gens qui s’agitaient et j’ai proposé de leur donner la main ». Michel, prêt à défendre bec et ongles le site et ses terrasses de toute atteinte réelle ou supposée, la pelle à la main. Le murailler Pierre Omeilhier, prestataire-maitre d’oeuvre de la restauration des pailhàs, venu cette fois amicalement participer à ce geste symbolique, mettre en terre les premiers plants d’olivier, et généreux de récit sur les bâtisseurs.  « Il y a 20 ans le projet de restauration de terrasses en pierre sèche était décrié, on ne croyait pas à sa raison d’être et le savoir-faire s’était perdu avec les morts des deux guerres. Le concepteur des jardins de Cluny, Arnaud Maurières, sollicité par l’association, est à l’origine de l’architecture complexe des murets en écailles, qui s’imbriquent les uns dans les autres. ». Denis Lavenant, après une carrière dans l’industrie, s’est reconverti en sylviculture. C’est le mécène de cette opération « un mini mécène, avec des mini moyens » corrige-t-il. Il n’empêche qu’il finance, plante et s’engage à entretenir la trentaine d’oliviers de l’oasis de Léotoing. 

Une aubaine. L’homme se préoccupe du changement climatique en sylviculture, il agit dans un esprit durable, sans coupe à blanc ni monoculture. Ici c’est un projet un peu particulier. Il se trouve qu’il a une oliveraie au Portugal, fabrique de l’huile et a déjà l’idée d’oliveraie en Auvergne quand il apprend que l’association cherche des porteurs de projets pour cultiver sur des terrasses ancestrales, pas exploitées depuis peut-être des centaines d’années… Il est conquis par l’équipe, son fonctionnement solidaire, par le lieu et son sol, léger, profond, idéal pour les oliviers. pas d’argile mais beaucoup de matières organiques et drainantes. Les dix variétés différentes sélectionnées sont équipées génétiquement pour résister au climat d’ici, rustique, de moyenne montagne. Elles sont auto-fertiles, n’ont donc pas besoin des pollinisateurs de cultures voisines. Elles seront laissées tranquilles pendant un an, puis recevront une taille de formation. La taille en charpentière est appropriée ; elle maintient 3 branches maîtresses disposées en triangle avec des angles à 60° permettant au soleil de rentrer et de faire mûrir les olives, protégées à l’intérieur de l’entonnoir ainsi formé.

« D’ici 5 ans on aura des olives. Si on récolte 400 kg, on sera contents. Nous pourrons en extraire une centaine de litres d’huile. Notre expérience peut donner des idées à d’autres, leur faire prendre de la graine. ».

Murailler et sylviculteur

Bientôt de l’olive auvergnate ? 

Claudine Cormerais, initiatrice du projet, vit sur place. Elle est  une présidente d’une ténacité rare et d’un activisme communicatif et inattendu pour une octogénaire. « On invente une nouvelle façon de mobiliser la société civile avec du participatif, du collaboratif et du mécénat. Nos membres sont des porteurs de projets, des scientifiques, des amateurs et des professionnels… qui s’enrichissent mutuellement. Face aux changements climatiques, nous apportons une réponse globale : de la biodiversité, de l’autonomie alimentaire,  une économie circulaire de proximité, un échange sociétal ville/campagne. ».

Olives Auvergnates



CE QUI NOUS ANIME

La conscience d’exister dans un « écosystème », la volonté d’avoir une action sociale forte en tissant du lien, de s’inscrire dans des projets de transmission de savoir faire traditionnels – notamment en agroécologie et en « pierre sèche » -, la volonté de participer à la création d’une dynamique économique locale à forte valeur ajoutée au sein d’un site ressource, tous ces engagements ont unis les membres de CETANELLA (au nombre de 28 en 2022).

L’association a pour volonté et aspiration fondamentales de faire vivre, valoriser, partager, initier, sensibiliser, transmettre, fédérer les valeurs de respect du vivant et de protéger la biodiversité face au changement climatique.

Nous voulons :

  • Réhabiliter le patrimoine ancestral des terrasses et ses paysages de moyenne montagne
  • Mettre en place une économie circulaire en circuits de proximité
  • Privilégier le collectif dans une démarche de démocratie participative 
  • Nous reconnecter avec la terre et faire l’apprentissage du temps long
  • Être exemplaire et viser une possible duplication de notre projet agricole expérimental qui s’inscrit dans un échange sociétal ville/campagne

 NOS OUTILS – NOS MOYENS 

Depuis sa création en juillet 2016, l’association CETANELLA Oasis de Léotoing, membre du réseau des Oasis en tous lieux de Pierre Rabhi, s’est constitué un patrimoine foncier (7 hectares) de terres agricoles et de terrasses, soit par acquisition, soit en signant des baux emphytéotiques.

L’aménagement des terrasses, parcelles vierges de tout intrant depuis plus d’un siècle, préservent la biodiversité, offrent un habitat favorable aux écosystèmes, luttent contre le lessivage des terres arables, favorisent la polyculture…de plus la technique de construction à pierre sèche réutilise sans maçonnerie le matériau trouvé sur place et garantit la tenue et la stabilité de l’ouvrage dans le temps. Ces murs souples et drainants sont un dispositif anti érosif, leurs anfractuosités, le maintien de l’humidité et l’inertie thermique de la pierre sont favorables aux cultures à forte valeur ajoutée, comme celle de l’oignon doux des Cévennes ou du safran, par exemple.

Notre objectif est de mettre à disposition d’exploitants agricoles, des terrasses préparées pour accueillir des cultures en « bio » : maraichage, vigne, plantes aromatiques, médicinales, petits fruits rouges, arbres fruitiers, apiculture…

Depuis plusieurs années, des chantiers participatifs encadrés par un murailler professionnel ont permis de restaurer ou de réhabiliter des dizaines de mètres linéaires de murets traditionnels en pierre sèche qui soutiennent ou délimitent les terrasses qui entourent le village médiéval de Léotoing.

Ont été menés : 

  • Des études agronomiques qui ont confirmé la pertinence des cultures citées ci-dessus
  • Le défrichage et dessouchage de 2 hectares, la création de rampes d’accès aux terrasses
  • Une étude hydrologique pour prospecter la ressource en eau sur les terrasses
  • Des inventaires botaniques et ornithologiques en partenariat avec le Conservatoire Botanique National du Massif Central, le Conservatoire des Espaces Naturels, la L.P.O.
  • L’entretien paysager de ces terrasses et autour du sentier de la biodiversité, en convention avec la communauté de communes de Brioude Sud Auvergne 
  • Des études architecturales, avec l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Rennes, pour l’avant-projet d’un éco lieu en éco construction et des estimations de mise en oeuvre. Il accueillera activités de formation, stages et animations ; dépôt d’un dossier en Mairie

Ont été créés :

  • Un verger conservatoire de griottiers
  • En partenariat avec le Conservatoire Botanique National du Massif Central et le lycée d’Yssingeaux, création d’un jardin sur les terrasses en écailles dans le cadre d’une filière labellisée « Végétal local » : collecte de végétaux, suivi de la mise en culture dans une pépinière locale de 700 plants représentant la biodiversité locale puis plantation sur site fin 2021. 

En parallèle, ont été développé notre communication sur internet et les médias, la recherche de financements, la recherche des futurs exploitants agricoles, leur accompagnement ainsi que des rencontres avec les partenariats locaux.

NOS CHANTIERS ACTUELS, NOS PROJETS 

Activités

  • Poursuite de la réhabilitation et de l’entretien des terrasses autour du village
  • Accompagnement à l’installation de porteurs de projets en agroécologie
  • Développement des chantiers participatifs et des animations

Productions bio sous le label « succulentes terrasses »

2020 : Miel : installation d’une quinzaine de ruches
       Création d’un jus de griotte à partir de notre verger
2022 : Installations d’exploitants agricoles
       Vigne en agroforesterie (arbres fruitiers entre les ceps de vigne)
       Plantes aromatiques et médicinales
       Petits fruits rouges
       Oliveraie expérimentale 
2023 : Installations prévues
       Petit élevage de poules pondeuses
       Plantation d’un hectare de mûriers pour production de vers à soie dans le cadre du renouveau d’une filière de soie française 
       Petit élevage de chèvres angora  

Animations

Programme touristique de découverte du patrimoine local : Accueil de visiteurs, de groupes scolaires pour sensibilisation aux enjeux environnementaux et au dérèglement climatique.Par exemple les prochains « rendez-vous aux jardins » de juin 2022 et une conférence sur l’histoire hydrogéologique du territoire autour de Léotoing . Fête de la griotte, marché de Pays, … (en prévision 2023)

Formations (en cours d’élaboration)

A la pierre sèche, savoir-faire alliant patrimoine et écologie des paysages de terrasses

En agroécologie, des contacts sont en cours avec un maître composteur

Un stage bien-être, nutrition, diététique, avec plusieurs thérapeutes est à l’étude pour juin 2023

En éco-construction et habitat écologique, un groupe de travail en lien avec des écoles nationales d’architecture se mobilise