J’ai une voisine qui, chaque été, lave son linge au lavoir du hameau « pour le plaisir. » C‘est un truc qui ne serait jamais venu à l’idée de ma grand-mère, née au début du siècle dernier, elle qui toute petite a du s’affairer à des tâches domestiques difficiles. L’arrivée de la machine à laver dans son quotidien fut une sorte de petit miracle qu’elle n’aurait pas boudé, ne fusse qu’une fois par an. Par contre, bien après que le prêt-à-porter eût rendu les vêtements accessibles, elle continua a  tricoter. Quand elle n’eut plus personne à habiller, elle changea simplement de taille d’aiguille et se mit au canevas. Une façon sans doute de garder le lien avec ce qu’elle avait toujours fait de ses mains, par utilité mais aussi par goût… Ce qui me rappelle l’histoire de ce vieux chinois qui refusa d’utiliser la poulie pour tirer l’eau du pluie, arguant que si tout son coeur et tout son corps ne participaient pas au travail, alors l’eau ne pourrait être bonne… 

Est-ce à dire qu’il faut refuser le progrès et ses outils, mettre de côté la machine à laver et retourner au lavoir, tisser sa laine et fabriquer ses vêtements ?

Bien sûr que non, mais cette voisine, ma grand mère et le vieux chinois nous rappellent tous les trois, chacun à leur façon, que quoi que l’’on fasse, le mieux est de le faire avec satisfaction.

Mettre son attention, son coeur dans l’instant, dans une action, un projet ou même une relation, c’est ce qui fait  « le sel de la vie », ou plutôt son épice…  car pour prévenir les maladies cardiovasculaires on ne mettra pas trop de sel dans nos plats ! nous conseille la diététicienne en page 39. Mais dans ce numéro de Strada, on se régalera à suivre le parcours pimenté de libres-penseurs comme Philibert Besson, politique inclassable et rebelle natif de Vorey, ou les solutions fameuses d’autonomie énergétique de Fabrice André, ou encore les rituels délicats de Coral, autant de façons de tricoter avec contentement nos liens avec le monde…