A l’origine, Edith et Damien souhaitaient une maison en pierres. Ils en ont visité quelques-unes, elles avaient toutes un inconvénient : trop petites, trop grandes, trop éloignées, ni faites ni à faire, trop de travaux… C’est alors devenu une évidence : quitte à investir dans une maison, autant qu’elle leur plaise vraiment, que ce soit un investissement intéressant sur le long terme, avec une construction aux performances énergétiques et environnementales qui devancent les normes à venir. Ils ont affiné la vision de leurs rêves grâce aux nombreuses visites. Pour leur deuxième acquisition, ils visent aussi un bon confort. Ils sont curieux des nouveautés en bâtiment, ouverts à des techniques moins conventionnelles, et souhaitent réaliser eux-mêmes une grosse partie des travaux de second œuvre. Le couple a donc toutes les cartes en main pour faire sortir de terre une maison écologique passive.

Cohérence dès la conception

Pour une bonne conception bioclimatique, il faut faire avec le terrain. Celui d’Edith et Damien est en forme de triangle et pentu. Où positionner la maison ? Ce sera en limite de propriété tout en haut du terrain, pour chercher le maximum d’ensoleillement — et donc d’apport d’énergie solaire — et avoir une vue à 360 degrés.

La pente ne leur permet pas le plain-pied de leurs rêves, comment pallier ce handicap ? Faut-il obligatoirement passer par une maison cube pour faciliter l’ensemble des travaux ? Le couple sollicite Sylvain Mansard, Sylvain Mansard Entreprise EcoAltiPlans, qualifié en tant que Bureau études Thermiques & Plans et lui demande de les accompagner dans leur démarche de construction écologique. Avec lui, grâce à ses conseils et son soutien, ils vont s’engager dans une construction qui répond aux exigences du passif et rassemble un condensé de bonnes idées pour vivre bien et consommer peu.

Qu’est-ce qu’une maison passive ?

L’objectif est clairement identifié : Atteindre une dépense énergétique et environnementale infime, jusqu’à 90 % d’économie de chauffage. Ces critères sont validés selon 4 niveaux de performances Maison Passive et dépendent de l’environnement, les exigences ne sont pas les mêmes sur la côte d’Azur et sur les contreforts du Meygal ! Afin d’obtenir le label Maison Passive sur le département de la Haute-Loire,  il faut :

  • Consommer moins de 15kW/m2 en chauffage, ventilation incluse ;
  • Consommation totale de moins de 120 kW/m2/ an d’énergie primaire, ce qui veut dire s’appliquer à choisir des équipements peu énergivores : four, frigo, congélateur, aspirateur, ampoules…
  • Avoir une étanchéité à l’air performante : n50 < 0,6 /h, certifiée par un test ;
  • Limiter la surchauffe : moins de 10% des jours de l’année doivent connaitre des pics de température dépassant les 25°C ;
  • Menuiseries triple vitrage ;
  • Ventilation double flux haut rendement.

Une forme simple mais pas cubique

Les plans de Sylvain Mansard emportent la totale adhésion d’Edith et Damien. L’ensemble s’organise autour d’une forme simple, ramassée mais pas cubique, avec une partie sur pilotis ; une grande terrasse sur pilotis avec une orientation sud et sud-est qui optimise l’apport solaire l’hiver.

L’accès se fait par le niveau inférieur, à côté des deux portes de garage, en utilisant une montée d’escalier fermée qui permet aussi de rejoindre l’autre terrasse au nord-ouest ; depuis celle-ci on assiste à de somptueux couchers de soleil, l’été, sans souffrir des rayons du soleil l’été grâce à l’avancée de toit. En mi-saison, les brise-soleil ont toute leur utilité.

 

 

 

L’espace de vie est rassemblé à l’étage, alors que le niveau inférieur est occupé par un spacieux garage / atelier / espace de rangement, un cellier et une cave improvisée dans la partie souterraine qui s’est avérée plus profonde que prévue initialement.

Une enveloppe performante et étanche

Etant donné la typographie du site, le trio tranche pour un habitat supporté par un sous sol fermé en béton banché doublé de 100 mm d’isolant. Il ne permet pas l’accès à la partie chauffée, cette solution évitera les ponts thermiques d’un escalier intérieur.

La partie habitat passive est composée d’une structure verticale haute performance de type ossature bois et CLT (bois lamellé croisé) dont l’isolant atteint + de 265 mm de fibre de bois.

L’ensemble est recouvert d’une couverture mono pente avec 600 mm d’isolation permettant d’avoir une hauteur stratégique de 2,50 m sous plafond.

Afin d’être abrité et pour créer un tampon thermique, l’accès au sous sol et à l’entrée de la bâtisse s’effectue par un escalier placé dans un sas vitré au nord et nord-ouest, très utile en toute saison.

La clef de la maison passive c’est l’étanchéité de l’enveloppe ; une exigence qui ne coûte pas forcément très cher, mais demande du travail de mise en œuvre.

 

 

 

Dans le cas de la maison d’Edith et Damien, vous l’avez compris, la partie étanche a été limitée à la partie habitable, située à l’étage.

Concrètement, dans quel ordre s’y sont-ils pris ?

D’abord, attendre une période sèche pour le terrassement car le terrain est argileux.

Ensuite, la maçonnerie du 1er niveau.

Puis le solivage de bois de l’étage, bati avec des solives autoporteuses et de l’OSB formant ainsi des caissons garnis de 320 mm ouate de cellulose. « Une fois que la maçonnerie était prête, les artisans de LignaTech ont posé les caissons fabriqués en ateliers et la charpente. En 4 jours seulement, le bâtiment était hors d’eau, hors d’air » s’extasie Edith, très contente par ailleurs que cette entreprise soit aussi exemplaire au niveau du traitement des déchets, des matériaux utilisés et de la performance d’étanchéité à l’air exigée par le label des maisons passives.

Et après ? Eh bien il leur a fallu passer toutes les gaines techniques… un sacré travail : « Rien ne se fait tout seul…». Une spécificité technique de cette maison, c’est qu’elle est organisée sur un plenum, c’est-à-dire, dans le jargon du bâtiment, un espace vide entre les deux niveaux : très pratique pour faire passer les gaines techniques : électricité, ventilation, eau, téléphone… Une solution qui limite les problèmes d’étanchéité et n’exige pas de rajouts de caisson étanche pour chaque liaison !

Etanchéité nécessite ventilation

Une bonne étanchéité n’est pas ce qui coûte le plus cher mais elle demande de la compétence et beaucoup de rigueur à toutes les étapes de la construction, ainsi qu’un travail de précision. Alliée à une ventilation performante, l’étanchéité évite l’apparition de points de rosée (condensation au contact d’une surface froide), d’humidité, de moisissures, et garantit la pérennité d’un bâti sain.

Pour ne pas perdre les calories de l’habitation quand on aère, la solution réside dans la VMC double flux. Avec la Ventilation Mécanique Contrôlée double flux il y a échange de calories entre l’air intérieur chaud qui sort, et l’air extérieur froid qui entre et cela sans que l’air vicié ne se mélange à l’air frais.

Légende VMC : VMC de la marque Paul, silencieuse, avec des conduites accessibles qui se nettoient donc facilement. Une fois par mois, en faisant son ménage, on aspire les filtres. La notice technique spécifie de les changer tous les 3 mois, mais Edith a remarqué qu’avec cet entretien, ils durent beaucoup plus longtemps.

Pas besoin de chauffage

Pas de chaudière, ni cheminée, ni poêle ? Eh bien non ! Seulement un radiateur électrique d’appoint dans le salon et un sèche serviette dans la salle de bain, confort oblige. « Nous les utilisons ponctuellement entre novembre et début février et on est bien toute l’année ! », conclut Edith.

Un condensé de bonnes idées pour vivre bien et consommer peu

N’isoler que ce qui doit l’être

L’accès par la montée d’escalier au nord est fermé mais pas étanche. Pas la peine de mettre du budget isolation là où ce n’est pas nécessaire.

Un puits canadien

Un puits canadien, une tranchée de 100 mètres de long et de 2 mètres de profondeur, préchauffe de l’eau glycolée dont les calories vont permettre de préchauffer l’air frais de la VMC, naturellement, par la géothermie. Une solution très simple à mettre en œuvre, mais à laquelle il faut avoir pensé avant les travaux de terrassement !

Un chauffe-eau solaire

Un chauffe-eau solaire individuel (CESI) est un dispositif de captage de l’énergie solaire avec des panneaux fixés en sur impositions sur la couverture. Ce système est destiné à fournir totalement de l’eau chaude sanitaire (ECS). En conditions climatiques favorables, le CESI permet de compléter, voir de totalement remplacer le chauffage de l’eau par d’autres sources énergétiques (électricité, énergies fossiles, biomasse…).

           

Du local !

Dans la mesure du possible, Edith et Damien ont fait leurs achats localement et les quelques artisans qui ont collaboré sont de Haute-Loire ou d’un département voisin.

Des matériaux simples à mettre en œuvre

Pas de doublage en placoplâtre sur leurs murs bois. Ils ont privilégié le Fermacel, « on peut le poser directement contre le bois, sans rajouter une structure, et il a une bien meilleure inertie » explique Edith, décidément calée sur beaucoup de domaines ! Sur le solivage bois du sol, ils ont mis des plaques de Fermasol qui permettent la pose directe de carrelage ou de plancher, au choix.

Une réserve de chaleur

Dans le salon, un mur monté en brique de terre crue crée une masse de grande inertie thermique qui fait aussi un parement phonique à la partie nuit de l’habitation.

Une réserve d’eau

Les eaux de pluie sont récupérées dans une réserve d’eau de 3 000 litres qui sert pour le jardin.

Faire les choses soi-même

Isolation intérieure, sols, carrelage, plomberie, électricité… le couple s’est occupé de la presque totalité des travaux du second œuvre. Il en faut du courage et de la patience ! Quand ils ont emménagé il y a deux ans, la terrasse sud n’existait pas encore. Sur la structure en acier galvanisé réalisée par Jean-François Coste, ils ont géré l’habillage bois. Lorsque nous leur rendons visite, Edith peint le garde-corps de la terrasse sud… Encore aujourd’hui, ils continuent de faire des travaux par eux-mêmes, petit à petit.

Brise-soleil

Qui dit grandes ouvertures vitrées, dit brise-soleil. Assistés par le logiciel PHPP qui prend en compte beaucoup de données environnementales, les calculs du BET EcoAltiPlans optimisent leur efficacité. Ils permettent d’avoir une température agréable toute l’année.

S’intégrer dans le paysage

C’est le travail de l’architecte que de proposer un bâti qui s’intègre harmonieusement dans le paysage, mais la finition aussi joue un rôle important. Le choix de bardage bois en Douglas, pur jet d’aubier, c’est-à-dire le cœur du tronc, permet de se passer de traitements car le bois est résistant naturellement. Le couple a choisi de passer un saturateur gris vieilli qui lui donne un aspect uniforme et évite les aléas d’un vieillissement anarchique. Du coup, il s’intègre encore mieux dans le paysage.

Aménagement gain de place

On aime les portes coulissantes qui font gagner de la place, le meuble-bureau dont ils ont enlevé les pieds pour le fixer au mur, le plan de travail de la cuisine qui sert aussi de table, le cellier attenant qui permet de ranger discrètement…

Se faire plaisir

Un bain norvégien, spa en bois complètement hermétique, déniché aux Chalets de l’écureuil à Tence, a pris place sur la terrasse. Une bonne flambée et on profite du plaisir de l’eau chaude en extérieur, sans le bruit des bulles des jacuzzis électriques.

   

La maison passive c’est aussi simple que cela : prévoir l’intégration bioclimatique, monter un bâti étanche, ajouter une bonne isolation, et des ingrédients qui rendent le plus possible autonomes avec le moins d’impact environnemental possible. La conclusion d’Edith : « On y vit bien toute l’année ! »