CAFE DES SIMPLES, SANS CHICHI

Camille m’accueille derrière son bar, souriante, un torchon sur l’épaule. Elle me prépare une limonade et un petit muffin maison et je m’installe au comptoir. Deux tables sont occupées sur la terrasse, sous les remparts d’Auzon, au pied de l’ancien chemin de ronde de ce joli village médiéval fortifié, devenu une sorte de jardin communautaire, fleuri de plantes aromatiques et médicinales. « Les simples », c’est le nom qu’on donnait aux plantes médicinales au Moyen Âge. Les monastères avaient généralement un « jardin des simples », permettant de confectionner des remèdes de toutes sortes. Baptiser son café le « Café des Simples » était à la fois un hommage à la tradition qui perdure dans le village et une promesse de service : un lieu convivial, où il fait bon siroter un café en toute simplicité

On partage, on rit, on rencontre.

Depuis juillet 2021, toute l’année, 5 jours par semaine, Camille sert des boissons mais propose aussi de la petite restauration saine, de saison et locale :  du « grignotage de salon de thé » : un plat unique type salade, quiche ou club sandwich et un dessert fait maison dans un local délicatement décoré, où les meubles chinés et le poêle à bois donnent envie de s’attarder à bouquiner un des livres de bibliothèque en sirotant un thé. En été, la terrasse offre la vue sur les remparts et permet l’organisation de concerts ou de représentations théâtrales. Camille propose d’ailleurs des événements fréquents : trocs de graines et de boutures, préparation de kéfir et kombucha, soirées jeux de société, concerts, spectacles, et même, en hommage à sa patrie d’origine : soirée choucroute au coin du feu ! Une ribambelle d’habitués côtoie les nouveaux clients lors de ces animations, gratuites ou à prix libres : on partage, on rit, on rencontre.

T’imagines si on avait un bar ?

C’était l’objectif de Camille : faire de son café un lieu qui crée du lien social. En racontant comment est né ce projet, elle me parle du village où elle a grandi, en Alsace, où les bars fermant les uns après les autres, on déplorait le manque de lieux chaleureux où se retrouver. Elle me raconte sourire en coin qu’elle avait toujours eu envie d’ouvrir un bar,  « comme tout le monde, non ? A la fac avec mes copains, on se disait « t’imagines si on avait un bar » mais ça semblait une idée irréalisable, juste un rêve loin d’être à ma portée ». Puis, après des études et un emploi dans la communication, peu épanouissant pour elle, Camille a rejoint son compagnon en Auvergne et a trouvé un job de serveuse dans un bar à cocktails clermontois où aucune expérience particulière n’était requise. Elle s’est alors rendue compte qu’ouvrir son propre bar était à sa portée.

Un projet soutenu par la commune

En arrivant à Auzon, Camille s’est mise à réfléchir plus sérieusement. Le village, pourtant dynamique, manquait d’un lieu chaleureux où se retrouver. Elle est allée à la rencontre du maire pour tâter le terrain : il déplorait aussi le manque d’un café dans sa commune. Emballée par son projet, la municipalité propose de rénover un local qui se libérait afin d’en faire un lieu accessible au public, juste à côté de l’épicerie associative. Il y a un grand jardin pour la terrasse, un parking et une potentielle dynamique commerciale. Un arrangement est trouvé : la mairie s’occupe de la rénovation et de la mise aux normes, Camille sera locataire du lieu et de la licence IV mais elle financera son installation.

Une page blanche

Après quelques mois à se former (formation d’hygiène obligatoire et permis d’exploiter la licence IV), à récolter des financements auprès de la banque et de la  Plateforme Initiative Issoire Brioude Sancy qui soutient les initiatives entrepreneuriales locales, Camille se lance dans les travaux d’aménagement. Elle chine une déco à la fois précise, sobre et accueillante. Elle s’équipe et se fournit auprès de producteurs locaux (son café vient du torréfacteur altiligérien Grains de sucs, les tisanes Happy Plantes de Volvic, son fromage de la Bergerie du Suc des Grives, son vin du caviste Marcon, les bières de la Brasserie des Couzines sont aussi du coin !). Elle fait intervenir des amies designeuses pour l’identité visuelle du lieu (le logo, l’enseigne, les cartes de visites) inventant un blason moderne aux tampons fleuris qui rend hommage à l’histoire médiévale d’Auzon et aux Simples.

En juillet 2021, le café ouvre ses portes : les clients s’approprient petit à petit le lieu et Camille se réjouit d’être « la nouvelle du village ». Le café des Simples était une page blanche, permettant d’accueillir et d’être accueillie chaleureusement, sans les cancans communs aux petites bourgades. Elle se réjouit du temps convivial passé avec ses clients. Elle se lie même d’amitié avec certains, peu importe l’âge et l’origine. La communauté américaine du village est enchantée d’avoir un lieu de vie où la patronne se régale à les accueillir dans leur langue.

Entreprendre seule

Petit à petit, Camille adapte ses horaires et son offre en fonction des demandes de la clientèle : elle propose une petite restauration légère et dans ses cordes, étend ses plages horaires, repère les jours moins fréquentés où elle peut se reposer. Elle tâtonne, se questionne, parfois pleine de doutes.  C’est d’ailleurs ce qui lui semble le plus difficile : entreprendre seule. Il n’y a pas « d’école de café », c’est la débrouille quotidienne. Elle regrette parfois de ne pas avoir d’associé.e pour organiser, prendre des décisions, pour se soutenir mutuellement. La charge mentale d’une entreprise pèse lourd : Camille veut satisfaire ses clients mais elle sait aussi que la satisfaction de la clientèle dépend de la forme de la gérante. L’équilibre économique est difficile à tenir : elle veut garder des produits de qualité et des tarifs raisonnables tout en ayant un minimum pour vivre ; trouver le juste milieu. Il y a quelques mois, elle a néanmoins eu l’accompagnement de l’association 1000 Cafés, qui aide les cafés ruraux à se développer, ce qui lui a permis quelques réajustements, notamment comptables.

Le café a fêté son premier anniversaire. Les habitants d’Auzon (et même de plus loin) sont au rendez-vous, l’agenda des animations se développe petit à petit. A long terme, Camille aimerait proposer une régularité dans ces événements assurant un lien social fort et pourquoi pas un jour, pouvoir employer quelqu’un afin d’avoir une offre de restauration plus développée.

Pour aller au café de Camille ?
Café des Simples
13 rue des anciens francs
43390 Auzon
06 48 01 70 18
[email protected]