PRESSOPHILE

Je suis pressophile, m’a-t-il écrit, mais ce n’est pas dangereux.
Venez me voir et je vous en dirai plus…

Invitée à entrer, je franchis le seuil d’une ancienne étable, les vaches l’ont désertée il y a bien longtemps, des centaines d’outils les ont remplacées : des fers à souder d’avant la fée électricité côtoient d’anciens outils de travail du bois. « Ils ont appartenu à mes ancêtres « , précise René, « l’hiver on travaillait à l’intérieur, le bois, et puis mon grand-père était sabotier, ce qui explique la profusion… ». René avance dans l’étable, pousse une porte et là…

« Il y a 30 ans, dans une brocante, j’ai acheté un fer qui ressemblait à celui qu’avait ma grand-mère dans le temps… et puis j’ai continué… » Du sol au plafond, des étagères contre les murs et de grandes tables au milieu de la pièce sont recouvertes de fers à repasser. Je ne sais où regarder, c’est incroyable, combien peut-il y en avoir dans cette pièce ?  » J’ai arrêté de les compter quand j’ai atteint le 1 000e », répond René…

Pressophile, serait-ce donc une maladie ? On pourrait dire de tous les collectionneurs qu’ils ont un petit grain de folie. Ils attrapent un jour un virus qui les pousse, dans un état de fébrilité, de tension, à rechercher leur objet de prédilection. Le pressophile, ou collectionneur de fers à repasser, porte une grande attention à tous les détails. Ce qui apparaîtrait insignifiant à des profanes comme nous livre les secrets d’une époque, raconte l’histoire de la société et l’évolution des techniques, des pratiques, et du design.

 

La collection de René explore le génie inventif de l’homme.

Et d’explications en explications, nous voici nous aussi accrochés par sa quête : grâce aux connaissances de René, chaque objet est porteur d’indices et on se prend au jeu de vouloir résoudre les énigmes. Quel est le matériau utilisé ? Les premiers fers étaient en fer travaillé à la main, puis en fonte ; ici de la tôle émaillée, là de la porcelaine, de l’inox, et l’apparition du plastique. Les poignées rondes, fabriquées à partir d’une seule pièce de fer carrée, sans soudure, puis en bois isolante. On déchiffre les marques, on sourit devant les dessins naïfs qui
les décorent. On s’enthousiasme devant le pliage ingénieux de ce fer de voyage qui, une fois retourné, se transforme en réchaud, et cet autre, le cabri-fer, dont l’équilibre savamment étudié le fait se relever tout seul, sans risque de brûlure, ou encore celui-ci auquel on a ajouté un repose-pouce. On suit, médusé, l’histoire des énergies : le fer qui chauffe sur le poêle
et qu’on saisit avec un chiffon – le fer à braise, sorte de poêle miniature avec sa cheminée et le réglage du tirage – le fer à lingot, dans lequel on insère une pièce de métal portée au feu
– le fer à méta-alcool, qui fonctionne avec une pastille d’alcool solidifié – ou encore le fer à gaz…
On cherche le premier fer électrique… « C’est un Calor de 1917 », répond René sans hésiter.

 

 

Ce qui semblait une lubie un peu cocasse s’avère passionnant. On aimerait que d’autres profitent de cette exposition ; René Vocanson aussi, il souhaite qu’un jour un musée récupère son trésor. En attendant, il fait visiter à qui demande. Mais on vous avertit, René nous a menti : la pressophilie est une maladie contagieuse.

Visiter la collection de René Vocanson à côté d’Yssingeaux 04 71 59 10 60

 

Texte et photos Joëlle ANDREYS

Mais qu’est-ce que vient faire cet objet photo ci-dessus dans la collection de René ? C’est un fer à coque, pour repasser l’intérieur des coiffes, il en existe aussi pour
reformer les soutiens-gorge.