LOUIS

LOUIS

C’est toujours un régal de lire Bruno Frappat*. Il y a quelques mois, par une journée maussade, il écrivait sa tristesse et son impression de solitude, après la disparition de l’abbé Pierre et de sœur Emmanuelle. Ces deux êtres hors norme manquaient à l’humanité…

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Ces personnalités exceptionnelles nous ont légué leur message et leur exemplarité, mais par bonheur, ils ne sont pas les seuls, ainsi font de même, les innombrables gens ordinaires que nous côtoyons ou que nous fréquentons.

Personnellement, j’ai souvent le sentiment d’être accompagné par des référents. N’en est-il pas ainsi de beaucoup d’entre nous ? Qui n’a pas parfois l’impression de ressembler à ses parents et d’agir à leur exemple ? Qui ne porte pas la marque du milieu dont il est issu ou dans lequel il évolue ? Il est flagrant d’en faire le constat à la radio (situation dans laquelle nous ne sommes pas  distraits par l’image) : des personnages politiques ont le timbre, le rythme et les arguments de  leur leader, des  ecclésiastiques ont le ton qu’ils ont à l’église, des enseignants celui qu’ils ont à l’école, et des gens dits ordinaires, des accents  (au sens propre et figuré) qui relèvent pour une large part d’un mimétisme inconscient de leur modèle !

Des êtres me guident. Ce sont des personnes aimées, admirées, avec lesquelles j’ai partagé mon existence, ou d’autres, avec lesquelles j’ai fait un bout de chemin. Peu importe qu’elles soient encore de ce monde ou qu’elles n’en soient plus, elles sont à mes cotés. Ces confidences pourront paraître puériles à certains, mais n’est-ce pas l’enfant qui fait l’homme ?

Quand je bricole, je ne peux m’empêcher de penser à mon père qui était d’une habileté manuelle exceptionnelle. Si je cherche une solution, ou que j’utilise un outil qu’il m’a légué, je lui demande toujours : – Qu’en penses-tu père ? ou, – Tu permets ?

Quand j’ai la tentation de bâcler un travail, un semblant d’étude (j’ai des manies de technicien) ou d’abandonner une réflexion laborieuse, je ne peux m’empêcher de penser à la rigueur et au bon sens d’un ami de mon père, géomètre et métreur de métier. Quand nous avons fait construire notre maison en 1965 il m’a dit : – Louis, à votre place, je ferais doubler les murs ; une maison c’est fait pour durer, ce sera plus confortable et l’énergie, à la longue, ça coûte très cher ! Il m’a dit cela il y a quarante cinq ans ! Et un mois avant de mourir, dans ses 85 ans, à l’hôpital, il révisait son anglais !

Quand je me sens de mauvais poil ou que je suis dérangé, je revois comme si c’était hier, dans la période mystique de mes vingt ans, en plein hiver et dans la neige, l’accueil que nous fit un moine hôtelier à la porte de son monastère. Transi de froid dans sa robe de bure, et les pieds violets dans ses sandales, il vint au devant de trois jeunes gens, engoncés dans leurs canadiennes qui s’extirpaient d’une 2 CV surchauffée pour leur dire : – Entrez vite, j’ai fait un grand feu dans la cheminée et une boisson chaude vous attend ! Quel exemple !

Quand, en cette période de crise, des responsables de tout bord causent d’éthique, de responsabilité sociale et de respect, entendre ce jeune chef d’entreprise me dire : – « Si j’ai choisi ce métier à risques, c’est pour satisfaire mon ambition de travailler en équipe » fut d’abord une surprise. Puis, d’apprendre qu’il avait mis ses actes en cohérence avec ses convictions en arrêtant une journée entière son entreprise pour que ses salariés réfléchissent et s’expriment sur la meilleure façon de travailler ensemble, réjouissant non ?

Enfin, en matière d’exemplarité, je dois dire que je garde une profonde admiration pour la génération de mes frères aînés qui avant, pendant, et dans l’après guerre, a pris des risques, parfois énormes, pour bâtir un monde meilleur. Elle a marqué durablement la France d’aujourd’hui en poursuivant un idéal de devenir ensemble… On pourrait même citer des noms de gens de Haute-Loire, du fondateur des VVF par exemple, mais sa modestie en pâtirait.

Bruno Frappat, président du directoire du groupe Bayard Presse, éditorialiste à La Croix et quotidiennement blogueur !