On m’a dit que je ne pouvais pas écrire cet édito de fin d’année comme si rien n’était arrivé. Que les deux séismes de 2015 méritaient des mots. Mais sur la tuerie de ceux de Charlie et le massacre des joyeux du Bataclan et des autres, tellement de choses ont été dites : des paroles justes, des témoignages poignants, des explications géopolitiques… de grands noms de la pensée ont tenté de mettre de l’ordre dans le chaos, du sens dans l’absurde.

Alors nous ? Que pouvons-nous faire ?

Derrière les morts et les tragédies, ce sont nos valeurs qui ont été attaquées.
La liberté est blessée ? La fraternité se relève.
Garder cet élan de rassemblement, faire vivre la solidarité au jour le jour est une réponse contre la barbarie.

On peut aussi rappeler que le traumatisme des attentats est d’autant plus fort que, quoiqu’on en dise, nous vivons dans un pays paisible : 0,85 homicide pour 100 000 habitants par an, soit 50 fois moins qu’au Moyen-Âge*. Les guerres sont moins meurtrières : au XIIIè siècle, Gengis Kahn avait éradiqué 20% des habitants de la planète ; en 2005**, le pourcentage de morts dus aux conflits approchait 0. Puisse la trajectoire de l’humanité garder ce cap.

Je dirais qu’une place est particulièrement forte. C’est la nôtre. Un proverbe africain nous rappelle que lorsqu’il n’y a pas d’ennemi a l’intérieur, l’ennemi à l‘extérieur ne peut nous atteindre. Alors faisons place nette dans nos têtes et dans notre coeur. Que notre art de vivre soit comme un sachet de thé, qu’il colore le monde.

* Source ONDRP
** Source Steven Pinker

Photo Evelaine Lochu