C’est sans doute la question que les citoyens français se posent quand ils lisent les nombreux témoignages qui ont fleuri suite à « l’affaire Vincent Lambert ». Le grossissement médiatique d’histoires dramatiques véhicule l’idée fausse que ces affaires sont fréquentes et réduit parfois maladroitement et souvent drastiquement la question de fin de vie a un un seul choix binaire ”Pour ou contre” ; est-ce bien là la seule question qui devrait sortir de ce drame familial ? Et le rôle du soignant devra t-il se limiter à simplement accompagner le choix de fin de vie ? Nous, soignants, n’avons nous pas le devoir de soignant et de citoyen de justement, éclairer la réflexion du malade – réel ou potentiel- qui est en face de nous ?
La loi Leonetti de 2005 permet de répondre à la majorité des situations, encore faut-il qu’elle soit connue et appliquée… Elle donne la possibilité de la sédation palliative ; elle propose à chacun d’entre nous d’écrire et donc de réfléchir à ces directives anticipées – dans le cas de Vincent Lambert, la question aurait pu être posée en amont, avant la décision de réanimation ; la loi actuelle impose la réflexion pluridisciplinaire et elle condamne l’obstination déraisonnable, alors que peut-on attendre de plus d’une nouvelle législation* ?
La loi donne un cadre, mais plus le cadre est souple, plus il peut s’adapter à l’individu : est ce qu’une nouvelle loi pourrait répondre aux attentes individuelles de chacun ? et est elle nécessaire ? Peut-on donner une réponse définitive au questionnement de la vie ?
Pour quelles raisons serait-ce à la médecine de condamner à mort certaines formes de vie ? On peut toujours s’interroger sur le sens de certaines existences, en état de conscience minimale mais doit-on pour cela se limiter à les faire se terminer plus tôt ? Doit-on pour gagner du temps abréger celui de l’autre ?
D’autres propositions sont à inventer.  Coincés entre l’obstination déraisonnable et la non assistance à personnes en danger – malgré les performances technologiques et l’humanité – les soignants ont dû apprendre la collégialité ; et, quand la vie n’est vraiment plus supportable, ne peut-on pas simplement faire référence à la loi actuelle – la sédation palliative – avec l’accord de celui qui a pensé à le dire, se référant à ces directives anticipées ? Au lieu de se cantonner à une réflexion binaire, ne pourrait-on prendre le temps d’éduquer les gens à penser à eux, penser à ce qu’ils souhaiteraient pour eux ? Est-ce si difficile de prendre le temps de penser à soi, au sens de sa vie ? à sa mort ? Doit-on laisser aux politiques le poids de cette décision, et se dire que notre approche de la mort après s’être laïcisée, puis médicalisée, s’est finalement politisée ? et que notre vie se limite à : « alors l’euthanasie, vous êtes pour ou contre ? »`

Elisabeth Brouillat, adhérente à RESOPAD
RESOPAD 43 est un réseau de soins palliatifs et d’accompagnement médico-psycho-social à domicile. Resopad 43 adhère à la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs : la SFAP. Il s’efforce de préserver la meilleure qualité de vie possible jusqu’au décès. 04 71 04 73 20 www.resopad43.org

* Les rapports sur la situation de fin de vie sont récents,une nouvelle loi est en cours d’élaboration alors que le Comité Consultatif National d’Ethique ne préconise pas de changement.

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