KSSS KSSS KSSS – CRRR CRRR CRRR – TSSS TSSS TSSS…

 

Sous cette apparente simplicité sonore saccadée, il y a bien des richesses musicales insoupçonnées…
Orthoptères. C’est le nom un peu « barbare » pour nommer ce groupe. On les appelle habituellement des grillons, des criquets, et des sauterelles.
Ils chantent ?… Non, pas vraiment. Ils n’ont pas de cordes vocales. On dira plutôt qu’ils stridulent : ils produisent des sons en frottant différentes parties de leur corps. Rechercher
une partenaire, draguer, combattre un autre mâle, délimiter son territoire… La femelle stridule aussi parfois, notamment pour signifier qu’elle accepte l’accouplement.

 

Des insectes violonistes

Les criquets, par exemple, possèdent sur leurs pattes arrière des petites protubérances. Les pattes sont déplacées de haut en bas et les fémurs frottent contre une nervure saillante striée de
l’élytre (l’une des deux ailes dures). Cette nervure est appelée râpe stridulatoire ou pars stridens. Un peu comme un archet sur la corde.
Pour les sauterelles et les grillons, le frottement se fait au niveau des deux élytres entre elles. La râpe stridulatoire est sur l’aile du dessus, face inférieure. Le grattoir, ou plectrum,
est situé sur la face supérieure de l’aile du dessous. Chez les sauterelles, les élytres restent à plat sur le dos. Celui de gauche recouvre celui de droite. Chez les grillons, lors de
la stridulation, les deux élytres sont relevés et oscillent en ciseaux, le droit recouvre le gauche.
Notre oreille perçoit les sons de 15-20 Hz jusqu’aux environs de 20 kHz. Au-delà, il s’agit d’ultrasons. Nous entendons donc les criquets qui stridulent aux environs de 10 kHz, les grillons
qui grésillent à des fréquences de 2 à 8 kHz, mais pas ou très peu les sauterelles car elles stridulent entre 15 et 40 kHz.
L’étude du « chant » des orthoptères avec des détecteurs d’ultrasons a de quoi passionner ! On a découvert que chaque espèce avait son propre sonagramme de stridulation, avec un
rythme, une fréquence et un timbre uniques !

En avant la musique !

Le compositeur Jim Wilson a ralenti des enregistrements de stridulations de grillons. « I discovered something very mystic and complex… almost human. » Quand les pistes sont
superposées, on entend des « voix » qui s’harmonisent lorsqu’il y en a plusieurs ! Un chant structuré avec des strophes, des phrases, et un refrain ! Les grillons accordent leurs chants entre
eux comme s’ils suivaient les instructions d’un chef d’orchestre ! Une surprise de taille et un enregistrement accusé d’abord d’être un canular puis confirmé. Il semble que les grillons
communiquent en chœur dans une dimension « temps » différente de la nôtre : à vitesse normale nous ne percevons que des rythmes simples et répétitifs, alors qu’à vitesse ralentie
et ensemble, c’est une communication acoustique mélodique riche et magique ! À la façon de l’aiguille du tourne-disque sur le vinyle : un même disque en vitesse 33 tours ou 45, et le
résultat est très différent.
Quant à la chanteuse d’opéra amérindienne Bonnie Jo Hunt, elle a eu le privilège d’accompagner au chant la musique des grillons ! Une composition très apaisante et carrément
envoûtante !

 

Sabine TEYSSEYRE
Accompagnatrice en montagne
bourdigadrayes.blogspot.fr