PLANTES SAUVAGES AU JARDIN :
MORTELLES CONFUSIONS

Cet été il m’est arrivé une anecdote qui aurait pu se révéler nocive pour ma santé si je n’avais pas été attentive. Dans le parterre de persil plat semé au printemps, j’ai vu quelques pieds fleurir. Intriguée, puisque le persil est bisannuel, je l’observe de plus près. Ses feuilles sont un peu plus découpées que le persil mais surtout, sous les ombellules, de longues bractées pointent vers le bas et me font penser immédiatement à la petite ciguë (Aethusa cynapium). Je vérifie dans les bouquins (on est jamais trop prudent !). L’intrus sûrement identifié, je le mets hors d’état de nuire car la petite ciguë fait partie des plantes potentiellement mortelles qu’il est préférable de ne pas laisser monter en graine.

Quand on pratique la cueillette sauvage, il est impératif d’être toujours prudent.
Lorsqu’on consulte une description de plante, chaque mot est important d’où l’importance de connaître un minimum le vocabulaire botanique. Les règles de cueillette font appellent au bon sens, elles concernent autant les plantes que les champignons.

Les règles de cueillette

  •  On ne consomme JAMAIS une plante dont on n’est pas sûr à 200 % de l’identification. On photographie la cueillette ou on garde un échantillon de la plante pour en faciliter l’identification en cas d’intoxication.
  • Dans la nature, on cueille la plante convoitée pied par pied et non par brassée. Autrement dit on prend le temps de bien observer chaque prélèvement pour éviter de ramasser et de mélanger plusieurs espèces dont certaines pourraient être toxiques. Cela arrive chaque année lors de la cueillette de l’ail des ours parmi lequel peuvent pousser le colchique et le muguet, dont les feuilles sont très semblables… et très toxiques.
  • Au jardin potager, on reste prudent car toute plantule qui émerge dans un semis n’est pas forcément issue des graines semées. Il est important de connaître les plantes que l’on fait pousser.
  • On cesse immédiatement de manger si la plante a un goût inhabituel ou désagréable. La nature est bien faite, il parait que souvent les plantes toxiques ont un goût désagréable.
  • Après ingestion, si vous avez le moindre doute ou des symptômes, digestifs ou autres, contactez sans délai un centre antipoison avant de consulter un médecin ou de vous rendre aux urgences.

Les apiaciés en détail

J’ai plus de 30 ans de pratique de la botanique, mais je reste toujours hyper vigilante lors de mes cueillettes, même au jardin et surtout quand il s’agit d’une plante de la famille des Apiacées. Cette famille, autrefois appelée Ombellifères, comprend beaucoup d’espèces comestibles comme la carotte ou le panais, des aromatiques (fenouil des Alpes plus connu sous le nom de cistre), des médicinales (angélique) mais aussi des plantes toxiques voire mortelles comme la petite ciguë qui peut tout de même atteindre 1 m dans les terrains humides – et la grande ciguë (Conium maculatum) dont quelques grammes suffisent à un tuer un homme en bonne santé.

C’est donc une famille qu’il est important de savoir reconnaître. Le caractère primordial des Apiacées est la forme de l’inflorescence, appelée ombelle car elle ressemble à un parasol. Elle est formée de rameaux, plus ou moins nombreux, partant d’un même point et s’élevant à la même hauteur.

Descriptif des apiacées

Dans cette famille, l’ombelle est le plus souvent composée de deux étages présentant une architecture régulière. Les fleurs sont alors réunies en très petits parapluies, les ombellules (en rouge sur le graphique), portées sur des pédoncules partant d’un même point sur la tige. La grande ombelle peut porter au point d’attache des rayons une collerette de bractées et les ombellules une collerette de bractéoles. Lors de la détermination des plantes de cette famille, il est important de noter le nombre de rayons, la présence ou l’absence de bractées et de bractéoles ainsi que leurs formes.

La nature est facétieuse, elle aime jouer avec les formes ce qui crée parfois des confusions. Le terme ombelle est souvent employé à tort dans certains documents comme pour les fleurs de sureau (Sambucus nigra et Sambucus ebulus). Pourtant à y regarder de plus près l’insertion des fleurs de sureau se fait sur plusieurs niveaux, ce type d’inflorescence porte le nom de corymbe. Les sureaux ne sont donc pas des Apiacées.

Il existe d’autres critères pour déterminer avec sureté le nom d’une espèce d’Apiacées, comme l’odeur et la présence ou non de poils. De nombreux supports sont à la disposition du cueilleur. Il faudra en consulter plusieurs. Attention aux applications sur smartphone qui peuvent être utiles mais qui sont loin d’être fiables à 100%.

Et souvenez-vous :  si vous avez un doute, renseignez vous avant de manger !
plutot une phrase de fin pour dire que le plaisir de manger sauvage depend de la prudence :
Mieux vaut être prudent quand on mange des plantes sauvages, mais quel plaisir !